Moore, t. lil, p. 140. -- 2. Ibid., t. UI, p
Bientôt arrive la fièvre, «f venant de ce que son précepteur et maître, » dit-il ironiquement du boxeur Jackson, « appellerait : dépenser beaucoup trop de « soi-même. »
Le même aveu douloureux sort à d'autres reprises de ses lèvres et de son cœur. Le 15 septembre 1817, il écrit à Murray :
II s^en faut de quelques heures que je n'aie trente ans accomplis, et je devrais compter sur des progrès, du moins quant à ce qui regarde Pintelligence, pour plusieurs années à venir, mais j'ai diablement usé l'âme et le corps en mon temps *.
Tout cela n'empêche pas que, lorsqu'il remontait ce courant d'amertume et de découragement, il ne revînt avec orgueil au sentiment confiant de sa force et de sa destinée. Il reconnaissait, comme tous les vigoureux nageurs, qui ne peuvent s'empêcher de se défendre contre la vague, se sauvent malgré eux et font du suicide un triomphe, il reconnaissait qu'il lui était impossible de se noyer et de s'étouffer dans ses passagères souillures.
Je présume que jamais je ne viendrai à bout de secouer les crêpes funèbres dont l'imagination du public m'a affublé, surtout depuis que ma moralité a fait brèche à ma renommée. Cependant ni cela, ni plus que cela n'a encore éteint mon énergie ; en touchant terre, mon âme rebondit et s'élève plus haut».
Et dès le 28 février, à la page qui suit, dans sa lettre, la confession de sa défaillance physique et morale, il
1. Moore, t. III, p. 277. — 2. Ibid., U III, p. 168. 9 mars 1817.
178 LORD BYRpN.
s*arrêt6 6t> soDgeant à ses ennemis et à leur maligne joie, il se rétracte en ces termes prophétiques :
Si je vis dix ans de plus, vous verrez pourtant que tout n'est pas fini pour moi : je ne veux pas dire seulement en littérature; car cela, ce n'est rien; et quoiqu'il puisse sembler étrange de le dire, je ne pense pas que ce fût ma vocation. En vérité, je vous le dis, vous verrez que je fer^, le temps et 1^ fortune aidant, quelque chose qui, comme la cosmogonie ou création du monde, embarrassera les philpsophes de tous les âges.
Et il terminait, ayant biep la conscience d'arrjver à commencer ce chef-d'œuvre tardif de sa vie renouvelée, mais non la certitude de l'achever, par ces njpts dont l'apparente insouciance cache un si pénétrant soupir : « Mais je doute que ma constitution tienne jusqu'au bout; je Tai, par intervalle, diaboliquenient exprcisée...»
Le 9 avril , dans unq de ces lettres à Murray, marquées plus souvent encore (jue celles à Moore, du fer rouge de son ironie, ayant renvoyé au diable d'où elle venait, la fièvre dont^ il avait senti jusqu'aux moelles l'ardente morsure, il répondait à son éditeur qui l'engageait amipalement à prendre soin de Ipi-méme :
Sur ma foi, c'est ce que je fais; je ne serai pas encQ?;e posthume si je puis l'empêcher. Ijéanmoins pensez seulement h fia que vaudrait une « Vie et avenjiures > pendant que je suis à l'apogée du scandale!... Croyez-vous que je ne me fus«e pas brûlé la cervelle l'année dernière, si je ne m'étais heureusement souveDu que mistress.'... (Oharlment) et lady If.... (Noël), et toutes les vieilles femmes d'Aqgleterre auraient été ravies.... Soyez sûr que je vivrai , ne fût-ce que pour deux raisons ou plus : avant c de partir en paix, » j'ai une ou deux personnes à mettre hors de ce monde et autant à y introduire.
Si je m'en allais avant, je n'auMs pas rempli ma mission. D'ailleurs, quand j'aurai passé la trentaine, je deviendrai dévot; je m'y sens déjà grande vocation^ quand je suis dans une église catholique et quand j'entends Torgue *....
Il y a dans ces derniers mots quelque chose de plus qu'une simple boutade, et nous sommes de ceux qtii y voient le germe d'une tendance sympathique pour le catholicisme, qui eût peut-ôtre un jour amené dans l'esprit de Byron une évolution catégorique et eût jeté dans le giron maternel de l'orthodoxie de fils prodigue, sorti tout meurtri dé sa lutte contre l'intolérance puritaine et le cant protestant. Les influences patriotiques et catholiques qui consolèrent, purifièrent et agrandirent ses derniers joturs, n'auraient pas été étrangères à cette transformation i germe laborieux trop tôt étouffé par la mort, écrasé soUs sdn talon brutal, mais qui a le parfum des bourgeons qui promet* talent un fruit. Ce n'est ni la première ni la dernière fois qu'il embaumera quelques-unes de cei pages énigmatiques et humouristiques où il faUt savoir lire entre les lignes, chercher l'esprit soud la lettre et deviner la sagesse dans la folie^ la vérité sous la fiction, le regret sous le rire.
Quant à ce sentiment persistant, survivant énergiquement à toutes ses défaillances et à toutes ses déchéances, de son génie et de sa destinée, jamais Byron n'en abaissera et n'en amènera le drapeau. Comment eût -il perdu, en effet, cette foi en lui* même, dans la vertu inaltérable de son esprit et de son cœur, lorsqu'il se voyait, au contraire, sortant