Moore,t. HI, p
victorieux de toutes ses luttes, pur de toutes ses souillures? Jamais, en effet, sa verve poétique ne fut plus forte et plus brillante, plus solide et plus souple à la fois qu'après cette double épreuve des désespoirs et des excès de Venise, cette double et contradictoire trempe dans l'amertume corrosive de ses déceptions et dans la douceur enivrante des voluptés vénitiennes. N'est-ce pas du tourbillon vulgaire et des fièvres profanes de 1817 que sont sortis ce Manfred^ «un de ses meilleurs bâtards, » comme il l'appelle, et les Lamentations du Tasse^ < qu'il considère comme d'assez bonnes rimes*, » et le quatrième chant de ChUde-Harold? N'est-ce pas de 1818, l'année même de sa plus grande décadence physique et morale, Tannée sardanapalesque et plus tard maudite, que sont sortis Marina^ Faliero^ un de ces chefs-d'œuvre du drame lyrique qu'on déshonore en les représentant, et Beppo, et l'ébauche des premiers chants de Don Juan^ poëme railleur et vengeur, commencé en enfer, interrompu sur la porte du-paradis reconquis, entr'ouverte par l'ange des belles, des dernières amours à l'homme racheté, au poète repentant? C'est là une assez belle stérilité. Mais avant de passer le seuil de cette Vita Nuova^ avant de revenir à ces nobles passions qui font les grands hommes, il importe à la vérité et à la moralité de notre récit de montrer le fond de cet abîme où Byron était tombé, où il allait demeurer peut-être sans ce coup de grâce foudroyant d'tin sentiment inspirateur, purificateur et régénérateur. A Tinfluence profonde et salutaire que ce sentiment eut sur sa vie et