‹ Lord Byron, histoire d'un hommeChapitre 78 sur 104 · Moore, t. m, p · texte numérisé non relu

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.elle redoubla aussitôt de bassesse et d'acharnement. C'est à elle, il n'en faut pas douter, qu'on doit attribuer l'inspiration de ces articles soi-disant traduits des gazettes allemandes, par où arrivaient enGn à i Venise même des bordées d'encre empoisonnée. Tantôt c'était le génie de l'hôte illustre de Venise qu'on cherchait à déshonorer en l'accusant d'imitation et même de plagiat* Selon ces critiques atrabilaires l'in-' spiration byi*onienne, réduite à la stérilité, entrait êû condition dans les autres littératures, él Afan/Vedétaitle pâle chef-d'œuvre de la double domesticité deHarlowe et de Goethe. Tantôt l'effort commun conspirait à noircir le caractère et la réputation de Byron par l'épithète, alors dangereuse à Venise, d'admirateur effréné de Bonaparte, et par l'appréciation, et enfin la traduction elle-même de Glenarvon en italien.

Byron tint tête à l'orage avec son intrépidité habituelle, et le même hoûime qui en Angleterre faisait faire des compliments à l'auteur de YAnti^Byronj levait lui* môme l'embargo mis par la censure vénitienne sur le roman-^pamphlet. Mais on comprend^ avec sa nature orageuse et passionnée, l'effort de ce mépris^ le sacrifice de cette modération, le douloureux héroïsme de ce silence. On devine l'effroyable débâcle de bile contenue, rompant ses digues dans l'intimité et coulant à pleins bords dans ses lettres. Ces lettres pleines de cet appel muet du cœur et de l'esprit en détresse, ces lettres où le souci de ses affaires embarrassées, la douleur secrète de son isolement, la fatigue de la Muse elle-même lui inspirent des plaintes si douces et de si énergiques colères, on n'y répond pas ou on y répond mal, « dans le style des romans de Caroline Lâmb» » Irrité, décou-

ragéy éperdu, Byron un moment, cessa de voir son . étoile et s'enfonça dans le bourbier du découragement.

C*est alors qu'on vit le galant voisin du galant marquis de Moncada, à la Mirra, le promeneur équestre des rives du Lido, le nageur émérite, le locataire delà belle villa d'Esté, au consul Hoppner, employer ses prom'enades à cheval, en gondole, à la nage, à creuser un problème, cher au dilettantisme épicurien, celui du croisement des races. Il se lança avec la curiosité plastique du blasé et le libertinage du désespoir, à la recherche des différentes variétés de ce bel sangue dont il a remarqué, sous les fazzioli populaires, le piquant contraste avec la déchéance aristocratique. Ce superbe privilège avait intrigué lord Byron *, et il ne s'occupa qu'à en avoir le mot pendant ce carnaval de 1818, où il s'amusa avec fureur et se divertit avec rage.

De cet état d'incandescence bilieuse et d'ébriété morale témoignent les coups de poing à l'anglaise avec lesquels un jour, il se fait faire place, sa fière et menaçante réponse aux prétentions autrichiennes de mettre en réquisition un de ses quatre chevaux, et de violer ses immunités d'étranger ; le soufflet appliqué à un Vénitien en voiture qui avait nargué le lord à'cheval; ses grognements ironiques chaque fois qu'il est question des gouvernantes anglaises ou du mariage ; enfin ces evohé familiers, ces hymnes à la beauté plastique, à la volupté sincère et à la liberté carnavalesque qui agitent leurs grelots d'une gaieté si triste, à la fin de ses lettres de 1818.

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