Moore, t I, p. US à
boxeur de génie. Tout cela est bien anglais : mais nous avons affaire à un Anglais par excellence, au type et au modèle même de Taristocratie britannique au temps des Sheridan et des Fox, des Caoning et des Brummel.
Lord Byron et le jeune gentleman son compagnon voyageaient en poste dans la voiture du lord. Il avait fait partir en avant son jockey avec deux chevaux de main, Bo'swainet Brighton, et un superbe dogue trèsféroce qu'on appelait Nelson. Boatswain, chien favori, et son valet de chambre Frank, étaient derrière la voiture. Tel est l'équipage dans* lequel voyageait lord Byron à dix-huit ans, dans l'été de 1806, époque où l'auberge de la Couronne^ dans la basse ville, à Harrowgate, le compta parmi ses hôtes. On y conserve encore de ce séjour des souvenirs devenus presque légendaires. On s'y souvient de l'épisode tragique qui y mit brusquement fin à la faveur incommode et à la vie querelleuse du dogue Nelson, rival implacable de Boatsvain. Lorsque les deux jaloux se prenaient à la gorge, quatre hommes ne parvenaient pas à les- séparer, et il fallait, pour fermer leur gueule hurlante, y fourrer la pincette ou le fourgon à attiser le feu. Un jour Nelson, qu'on délivrait parfois imprudemment de sa muselière, s'échappa de l'appartement et entrant dansTécu-; rie, y sauta au cou d'un cheval et s'y cramponna de telle sorte, qu'une balle de pistolet put seule lui faire lâcher prise. Lord Byron, qui avait dû ordonner cette exécution, regretta la farouche bête, mais s'attacha d'autant plus à Boatswain, que son concurrent était mort. Mort à son tour, ce dernier devait avoir de son maître une épitaphe d'ami.
A leur retour à Southwell, les deux amis d'une sai-
son, qui ne devaient plus se revoir, figurèrent sur le théâtre de société de Southwell, et ses succès d'acteur enorgueillirent assez lord Byron pour qu'il en ait consigné voluptueusement le souvenir dans ces joumaïuc ou TnémoriauXy canevas d'or pur que Moore a brodé avec de la laine plus souvent qu'avec de la soie:
Dans ma jeunesse, j'étais renommé comme très-bon acteur. Outre mes débats à Harrow, qui furent brillants, je jouai trois soirs de suite, en 1806, sur le théâtre de société de Southwell, le rôle de Penruddock, dans la RotAe de fortune^ et celui de Tristram Fickle dans la farce d'Allingham intitulée : La Gtrouette. Le prologue de circonstance était aussi de ma composition. Les autres acteurs étaient de jeunes dames et de jeunes gentilshommes du voisinage, et le tout produisit le plus grand
effet sur notre bienveillant auditoire '.
Ces représentations, qui firent époque à Southwell, et où Byron déploya, dans l'art avec lequel il rendit le contraste de deux rôles très-différents, l'un sombre, l'autre gai, de remarquables ressources d'expression et dQ mimique, eurent lieu vers la fin de septembre. Le prologue, écrit par lord Byron, est inséré dans les Heures d*oisiveté ; il le composa en courant la poste à son retour d'Harrowgate. Comme il montait en voiture à Ghesterfield il dit à son compagnon : « Pigot, je vais me mettre à l'œuvre eXfUer un prologue pour notre comédie. » Et il l'avait terminé avant d'atteindre Mansfield. Il n'interrompit sa féconde inprçvisation que pour demander la prononciation du mot français début.
C'est ici le lieu de remarquerque lord Byron, qui ap-