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prit avec facilité les éléments des langues de TOrient, mordit difficilement au français. En 1804, il passa quelque temps chez un abbé de Roufigny, émigré improvisé pédagogue par la misère ; mais il y passa son temps à boxer ou à faire de l'escrime, au grand scandale de notre abbé, qui ne comprenait pas qu'on ne préférât pas à tout sa jolie grammaire. C'est au mois de novembre 1806 que se trouva prêt ce volume de poésies par lesquelles Byron se proposait de débuter in petto dsiXis le monde des lettres, en traversant d'abord une antichambre d'amis. Le premier exemplaire en fut offert à M. Bêcher, gentleman sage et éclairé, qui lui donna d'excellents conseils, et mêla à de justes éloges de justes reproches. Comme tout premier livre, celui de Byron ne trahissait qu'à travers un fonds de réminiscences et d'imitations, l'originalité encore vacillante. M. Bêcher lui fit sentir le danger de se présenter aussi prématurément au public, si restreint qu'il fdU avec un habit d'emprunt, pris au vestiaire poétique, et qui pouvait faire crier : au voleur! par plus d'un contemporain, Moore par exemple. Docile à ces justes critiques, et sentant que l'heure de son hégire n'était pas encore arrivée, le jeune lord souffla bravement sa lanterne à peine allumée. En d'autres termes, il jeta au feu, tout entière, cette première édition, tirée seulement à cent exemplaires in 4*», dont il n'existe plus guère que celui qu'il s'était réserva et un (Ju'il ne put rattraper à Edimbourg, où il l'avait envoyé.
Cette déférence héroïque pour de sages conseils et de sages reproches prouve que l'orgueil de Byron venait d'une source plus haute et plus pure que la vanité, et n'était chez lui que le sentiment parfois irrité de sa
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valeur. Il prouve aussi qu'une direction amie, souple et ferme à la fois^ eût victorieusement triomphé de ces écarts de caractère où l'on a vu Télan impérieux d'une ambition égoïste, et qui n'étaient que le piaffement de la force impatiente. Cet aigle dont bientôt il fut impossible de mesurer l'essor et de fixer l'aire vagabonde et solitaire, eut au début, comme bien d'autres, des tendresses et des naïvetés de ramier. Sa lettre à lord Clare, du 6 février 1807, où il reconnaît doucement et noblement des torts de susceptibilité, ses excuses à son ami Delaware, qu'il avait offensé par un soupçon injurieux, témoignent d'un cœur qui ne demandait pas mieux que de s'apprivoiser, et qui ne s'est effarouché que de désespoir. Cette lettre à lord Clare témoigne aussi, il faut le dire, tout en faisant la part de la fiction dans cette comédie du scepticisme et du désabusement, contemporaine de la première barbe, d'une lassitude et d'une amertume précoces. Tout dépend en effet du caractère et du tempérament. Il est des hommes, et ce ne sont pas les moins forts, qui se sentent dégoûtés dès la première ivresse de plaisir. La première déception engendre parfois la satiété, et Byron était de ces nageurs vigoureux qui, en plongeant dans la débauche, touchent le fond du premier coup. A qui a de bonne heure goûté sur la montagne le sobre enivrement des grandes pensées, la volupté des. sens est une déchéance, et l'alcôve une prison. Les âmes fortes ne respirent que dans la pureté. Byron étouffa. bientôt, en ces premiers efforts de novice qui se fait roué. L'ange en lui pleurait vite sur la bête repue. Le poëte revint purifié, par le dégoût même de sesexcès, à la poésie et à cette seconde édition, vraiment
définitive, digne pour ses amis de faire oublier la première, et pour le public de commencer une renommée.
C'est en janvier 1807 que parut jce volume de Juvenilia, sans titre, première, informe et anonyme offrande à Apollon dans un sacrifice à huis clos. Le 13 janvier, il adressait ce premier ouvrage à son ami le docteur Pigot, à Edimbourg, en lui annonçant les augmentations, les corrections eties suppressions qui le rendaient nouveau et presque chaste, par opposition à cette première édition auto-da^fétée où certaine pièce, sur une certaine Marie (la pécheresse de ce trio où Marie Duff et Marie Ghaworlh représentent la vierge angélique et l'honnête femme), avait soulevé la bile de ce cant puritain qui flairait dans Byron son plus grand ennemi et son plus redoutable adversaire. Cette Marie semble avoir été, à travers le mystère qui l'enveloppe, une bonne et douce filJe, meilleure peut-être que sa condition, dont Byron, à cette époque, montrait discrètement une boucle de superbes cheveux blonds, tribut parfumé de cette Madeleine, avant le repentir, à son trop profane sauveur. Il n'est demeuré, dans les Heures et oisiveté^ qu'une pièce intitulée lAMariCyen recevant son portrait, unique anneau conservé de cette vulgaire chatne, si toutefois il ne s'agit pas là de Marie Chaworth.
Dans sa lettre du 6 mars, à son ami de collège, Wil«liam Bankes, qui lui avait écrit franchement son avis, le poète se défend déjà, dans Byron, avec cette fermeté critique qui est la marque de la virilité de l'esprit. Il y fait preuve de cette modestie qui est celle de la force. On sent que l'aile pousse et que s'aiguise le becde ce militantesprit. Ces cent exemplaires d'essai, qui lui
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avaient rapporté les observations de Bankes, les encouragements de lord Woodhouselee et de Mackenzie, épuisés, lord Byron se décida « non sans qvslqves palpitations, » à publier son premier recueil définitif sous le titre aristocratique de : Heures de loisir.
Il n*est pas sans importance de peindre la vie de Byron, durant cette année de vie laborieuse et dissipée à Soulhwell. C'est en cette année 1807, en effet, où l'Université ne le vit reparaître qu'en juin, qu'on peut dire que Byron a progressivement monté lea degrés de cette échelle obscure, au dernier échelon lumineux, d'où il allait s'élancer dans le monde. C'est là aussi qu'il trempa dans l'amertume d'une misanthropie précoce, en même temps que sa cuirasse de fausse insensibilité, cette épée de sarcasme et de révolte dont il allait frapper les institutions et les mœurs d'une société dégénérée.
Les témoignages contemporains de cette époque de sourd bouillonnement, de préparation à la lutte, de* noviciat suprême de la poésie militante, le montrent à la fois sauvage et courtois, selon les personnes, hautain et généreux, se levant et se couchant tard, suivant une déjà invariable habitude, déjeunant seul, et le soir dtnant-un livre sous les yeux, toujours retranché contre les ennuis de la vie domestique, fort atténués cependant par la transformation de lady Byron, dans la réflexion ou la lecture. Chaque jour, sa première visite était pour sa jeune amie miss Pigot, à laquelle il portait à transcrire le tribut de sa veille nocturne; la seconde était pour son aimable mentor littéraire M. Bêcher. Le soir, il prenait un plaisir attendri à écouter miss Pigot à son piano ; parfois il s'enhardis-
sait à chanter avec elle, avec une gaucherie qui n'était pas sans charme, quelque mélodie préférée « La fille de Lodij » ou « Lorsque le temps s'envole avec nos amis, »
Les exercices du corps, pour lesquels il avait un goût et en général une aptitude remarquables, servaient de diversion et de délassement à cette âme chargée de pensées. Il n'était ni habile écuyer ni grand connaisseur en chevaux, louant les siens au passage en les prenant pour ceux d'un autre ; mais il se montrait tireur çpiniâtre et adroit, nageur et plongeur consompfié, ayant pour les armes, les pistolets et les épées, le goût passionné, presque puéril, d'une race et d'un tempérament héréditairement militants. Dans ses promenades il était surtout accompagné de ses chiens, Bran et Boatwain, hôte d'abord jaloux, et plus tard compagnon protecteur de Gilpin, le terrier de mistress Byron.
Up trait du caractère de Byron, à cette époque, et il fut de ceux qui persistèrent chez cet homme amoureux de l'étrange et du merveilleux, c'est la superstition, faiblesse plus commune qu'on ne le croit dans les esprits forts. Il croyait aux pressentiments, aux charmes, aux philtres, aux amulettes, aux prophéties de devineresses et de sorcières. Il s'était fait ainsi de bonne heure une sorte de poétique religion, qui avait remplacé l'autre, que l'absence de foi et de culte réduisait au déisme panthéistique dont ses œuvres et celles de Gœthe ont semé l'évangile.
A côté de nobles sentiments et de grandes idées, il avait des petitesses d'an^iour-propre qui eussent été ridicules, si elles ne l'eussent fait souffrir à l'égal des plus profondes blessures. Il ne se consolait pas de cette
difformité de son pied qu'il attribuait, dans ses colères, à la hégueulerie de Mrs Byron (durant raccouchement sans doute), à qui il ne pardonna jamais d'avoir mieux aimé un défaut à son enfant qu'une atteinte à sa pudeur, H tenait aussi d'elle une disposition à l'embonpoint qui n'élait que fâcheuse et qu'il cherchait à prévenir comme un affront fatal. Dès son entrée à Cambridge, il se soumit, pour arriver à la maigreur idéale du dandysme^ puissant alors comme toutes les modes, à un système d'entratnement bizarre où les bains chauds et les bains froids, le manège, la boxe, l'abstinence et l'orgie jouaient un rôle assez fantasque, et, en dépit de tout, impuissant à brider cette bouffissure naturelle à sa constitution.
Son jov/mal de cette époque nous découvre la montagne d'érudition amassée par l'infatigable curiosité de son esprit. Dans le bilan de ces prodigieuses lectures, cosmopolites et encyclopédiques, il compte jusqu'à quatre mille romans, colossale nourriture d'une insatiable imagination. Dans cette vaste ruche, toutes les poésies du monde avaient déposé leur miel. La partie consacrée aux écrivains anglais eût fait plier sous son poids toute autre mémoire que cette mémoire héroïque. C'est aux heures d'enivrement solitaire, lorsqu'il mesurait sa force de production à cette force d'assimilation d'un esprit herculéen, qu'il s'indignait de Tobscurité même d'un nom armorié, et aspirait à ces couronnes que l'admiration d'un peuple grave sur un tombeau. C'est dans un de ces moments d'ambition, d'orgueil et d'espérance, qu'il écrivait ces vers, témoignage éloquent et caractéristique de l'état, en ces nobles heures, de son esprit'et de son cœur enflammés
de cet amour de la gloire dont l'autre amour, à Cambridge, si Ton peut donner ce nom à des passions d'Université, ne fit, en essayant de l'arracher, qu'enfoncer le irait. Quelle image de femme pourrait remplir une âme qui contient l'infini et réfléchit l'éternel?'
Cher Becker, vous me dites de me mêler aux hommes, et je conviens que le précepte est sage. Mais la retraite plaît à mon âme et je ne veux pas descendre jusqu'à un monde que je méprise.
Si le sénat ou les camps réclamaient mon courage , peutêtre, poussé par l'ambition, marcherais-je en avant; peut-être, au sortir de mon enfance, à la fin de ces années d'épreuves, lutterais-je pour conquérir un nom.
Dans la caverne de TEtna, le feu s'agite invisible en son secret repaire, puis se révélant au monde, gigantesque et terrible, aucun torrent ne peut l'éteindre, aucune barrière l'arrêter.
Oh! la soif de gloire qui brûle dans mon sein me fait vivre aussi, mais pour la postérité! Si, avec le phénix, je pouvais m'élever sur des ailes de flammes, je voudrais comme lui expirer au bûcher.
Pour la vie d'un Fox, pour la mort d'un Chatam, quelle censure, quel danger, quels maux je brave/'ais! La vie n'a point fini oti finissait leur souffle, et leur gloire illumine la nuit de leurs tombeaux.
Ces nobles sentiments, exaltés par la vie solitaire et chaste que Byron menait à Southwell à ce moment, il les porta intacts à son second séjour à Cambridge en 1808. C'est là que nous allons le retrouver, pour le suivre à Nev\rstead, au milieu de l'orgie fantastique où il célèbre sa majorité, et à Londres où il en accomplit le premier acte avec une fierté désespérée. Ce désespoir d'une lutte et d'un isolement précoces, le jeune lord le devait aux douloui'euses révoltes de son esprit,
humilié dans la débauche où, un moment, on eût dit qu'il voulait Tétoufler. U le dut aux faciles déceptions des faciles amours, au dégoût enfin de ces frivoles suc* ces de prodigue et de roué, où il nous faut l'accompagner en nous voilant les yeux. Il le faut afin d'avoir, homme et poëte, le Byron complet, le Byron vrai, le Byron humain, ondoyant et divers, doué de grandes qualités et de grands- défauts ; le Byron tour à tour ange et bête, au front d'ange et aux pieds de bouc, dont le vin généreux, mais non pur, a des gouttes narcotiques et d'autres empoisonnées, dont l'arc immortel s'est tendu parfois dans la boue, ce Byron enfin dont la vie et la poésie réfléchissent tour à tour l'enfer et le ciel.