Medwin, t. U, p. 143 à
Byron dit à Tltalie, à cette villa Saluzzio sur la coUine d'Albaro, qu'il était venu habiter en octobre et dont les orangers avaient abrité ses 'derniers beaux jours, un adieu qu'il sentait être définitif. Il partait sans illusions, avec ces douloureux espoirs, ces doutes anxieux, que laissent aux plus braves les luttes contre l'impossible et les belles causes à moitié perdues. Il partait pour une de ces entreprises dont on ne revient guère parce qu'elles semblent le couronnement naturel d'une belle vie, la dernière faveur qui précède le coup fatal. Il partait emportant un de ces drapeaux qui paraissent faits pour servir de linceul aux funérailles d'un grand homme, pour cette Grèce enfin, seconde patrie de tous les esprits éminents, où un admirateur d'Homère doit être content de mourir. Il partait seul enfin, et de là, les larmes secrètes du futur archi-stratége seul, laissant aussi dans les pleurs celle qui, partagée entre l'amour de Byron et l'amour de sa gloire, avait eu le courage de se séparer du héros qu'elle ne pouvait suivre, sans avoir celui de n'en pas soufirir.
Le 19 avril 1824, lendemain du jour de Pâques, à six heures moins un quart, Byron rendait le dernier soupir après une agonie douce et fière où tantôt il croyait étreindre des poitrines amies, tantôt commander l'assaut de Lépante, tantôt murmurant «Adieu I » et tantôt criant « En avant 1 »
Nous n'avons pas cru devoir raconter les épisodes peu nombreux de cette année préparatoire, toute entière occupée de négociations avec le comité anglais et le gouvernement grec, troublée de dissidences et d'intrigues, de conflits avec le colonel Stanhope, et de débats avecMavrocordato. L'ennui de cette inaction, le
spectacle de la brutale indiscipline de ses Souliotes, et de l'anarchie des chefs, pire encore que le désordre des soldats, la crainte de voir avorter un mouvement commencé par des volontaires à tête de mercenaires, la prévision de tout le sang nécessaire encore pour cimenter l'émancipation, et de tout le temps nécessaire pour la consolider : toutes ces surprises, toutes ces déceptions, tous ces affronts de la réalité à l'idéal, joints aux influences meurtrières du climat, achevèrent de tuer lord Byron, et d'user l'huile de cette lampe qui se consumait comprimée. Il n'eut que le temps de justifier des espérances et des regrets. Il n'eut que le temps de donner un grand exemple, dans lequel gît surtout, faite d'intentions plus que de services, et de courage plus que d'habileté, la gloire suprême qui illumine son tombeau. Il n'eut que le temps enfin de se montrer administrateur, diplomate, capitaine, de témoigner de ce qu'il eût pu être avec un meilleur sort, dans un pays plus fait pour la liberté, à la tête d'hommes plus disciplinés que ces frustes soldats auxquels il fallait apprendre à la fois la guerre et la civiUsation, et qui n'avaient que du courage.
Et maintenant qu'on a le cadre, que le lecteur curieux demande les figures à d'autres; qu'il compulse et compare les témoignages fort divers du comte Pietro Gamba, de Parry, de Stanhope, et de ce Trelawney, qui ne pouvant défigurer l'âme de Byron, a essayé de calomnier son corps. Ces insinuations profanatrices lui ont attiré une réfutation vengeresse S de la part de celle qui, après avoir refusé la fortune de Byron*, s'est