‹ Lord ByronChapitre 108 sur 116 · CHAPITRE DOOZliCME. ScK · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOOZliCME. ScK

dans les chants qu'il ût paraître plus tard, il ne démentit pas le sens qu'on y avait attaché. Quoi

qu'il en soit , il est triste de voir ce grand homme s'abandonner à d'odieuses personnalités, surtout après le premier délire de la passion et de la colère. Malgré l'extraordinaire magie de poésie, la variété de sensations et d'images, le charme des descriptions quon trouve dans Don Juan, j'avoue que ce poème me semble une éclipse du génie de lord Byron. J'entends par génie cette voix de l'àme qui ne nous parle que de hauts et grands intérêts , qui ne saurait descendre à rien de bas, qui ne s'allie qu'à une grande iorce morale, et qui est l'interprète de tout ce qu'il y a en nous de divin. Dans les premiers écrits de lord Byrou, elle n'est pas toujours pure, elle se mêle trop souvent aux cris des passions; mais elle est presque muette dans Don Juan, ou du moins elle ne se fait entendre que de loin en loin, et encore a&iblie par des railleries anières.

Peu de temps après la publication de cet ouvrage , lord Byron prit partie dans une dispute littéraire occasionnée par une édition des œuvres de Pope, dont le révérend M. Bowles, eo clésiastique protestant, s'était £iit éditeur. 11 l'avait augmentée de réflexions critiques , et d'une biographie dans laquelle il accusait Pope d'immoralité, et donnait au public des détails jusqu'ar lors inconnus sur ses lettres à Martha Blount ,

3lO LORD BYRON.

sur sa vie privée. 11 posait eosuite comme principes invariables de poésie, que « toutes les images tirées de ce qui est beau ou sublime dans tous les ouvrages de la nature, sont plus belles et plus sublimes que les images tirées tie IVzr/, et qu'en conséquence elles sont en elleswémes plus poétiques. » Jugeant la poésie de Pope , d'après cet axiome, M. Bowles prononce qu'elle tient plus de l'art que de la nature. Cette décision , qui se rattachait aux différences qu*on veut établir entre le classique et le romantique, trouva un adversaire dans Campbell , auteur des Plaisirs de l'Espérance, dont le sty le pur, noble et châtié, appartient à lecole de Pope. Dans une défense de ce poète qui précède les specimens de la poésie anglaise, \\ entreprit tie réfuter la doctrine de M. Bowles. 11 donna poiu* exemple de la supériorité de l'art sur la nature , Tirnage d'un vaisseau prêt à être lancé à la mer. Son antagoniste répondit qu'un vaisseau n'aurait rien du tout de poétique sans la j)uissance active et imposante des vents et des vagues. Au milieu de la chaleur de la dispute, le nom de lord Ryron fut cité comme autorité. Il s'était déjà élevé avec fîireur contre l'édition de Pope, dans les Bardes anglais et les criti([ucs écossais. ;*)

Le ton dogmatique et positif de M. Bowles, dans sa controverse avec M. Campbell , j^lus encore, je crois, que ses principes, impatienta lord Byron,

(•) Voyez les notes.

CUAP1XA£ DOUZIÈME. 3 1 1

et, le 7 lévrier i8.ii, il adressa de llaveiine, où il était alors, une longue lettre à M. Murray, en Tautorisant à la (aire imprimer. Elle est fort purieuse. Il y défend Pope avec beaucoup de chaleur et soutient qu'il ne but juger un homme que par V ensemble de sa vie, et non pai* quelques fiiit s isO' lés qu'envenime encore la médisance , toujours acharnée contre le talent. Il attaque avec force la prétendue moralité de la nation anglaise (^). a Le fût est, dit-il, que de nos jours le grand « primum mobile » de l'Angleterre est un jargon li)pocnte qu'on applique à la politique, à la poésie, à la reli^on , k la morale, mais qui est toujours le même multiplié sous toutes les formes. C'est la mode, et tant qu'elle durera elle sera suivie par ceux qui ne peuvent exister qu'en prenant le ton du jour*. Je dis jargm^ parce que c'est une chose toute de mots sans la plus légère influence sur les actions humaines : les Anglais u étant ni plus sages, ni meilleurs, mais beaucou]) plus pauvres et plus divisés entre eux , depuis le règne de ce décorum verbal. »

II passe à Texamen de la doctrine littéraire de

AI. Howies, et s'emparant de 1 uuagc de Campbell, il affirme que le poétique d'un vaisseau ne dépend

(*] ri Tlic trutli is that in these days the gr»nd primum mobiU , of Euf^latid is cant f tant political , rant poetical , caot religious , ciiit moral; but alwAji cant molliplivd through all tlie varieties of life, (i;

(i) JalraMMi iMfaiiawil ohm rmM m vm pirlealiM h \m IwBlê , rB|nri«K« par ilr* Waacc* , «n l«iifage ■ffnlé t>l dr coa«e«lioii. »

3ia LORD BYROM.

point des Vagues; qu'au contraire un vaisseau de

ligne prête sa poésie aux eaux, et augmente celle qu'dles peuvent avoir. « Je ne nie pas, dit-il, que les vents et les vagues , et par dessus tout, le soleil, ne soient extrêmement poétiques, nous le savons à nos dépens par la foule de descriptions qu'on en a données en vers; mais si les vagues ne portaient sur leur sein que de l'écume, si les vents ne poussaient vers le rivage que des algues marines, si le soleil ne brillait ni sur des pyramides, ni sur des flottes, ni sur des forteresses , ses rayons seraient-ils également poétiques? Je ne le crois pas: la poésie est au moins récipi*oque. » Par suite du même système, lord Byron blâme une observation immédiate de la nature dans le peintre et dans le poète, et cependant combien Timitation vraie ne nous ravit-elle pas? Mais il faut y sentir l'âme du poète ou du peintre. Il faut voir les ob* jets k travers les sensations qu'ils ont éveillées : elles ne doivent pas se raconter, mais circuler partout, animer tout comme par enchantement Une copie froide et servile serait insupportable en peinture comme en poésie. Il y a aussi un choix à &ire dans tout ce qui s'offre à l'observation ; mais ce choix fait , pourquoi ne pas chercher à reproduire avec vérité ce qui a plu? A force d'idéaliser la nature on lui ùte sa grâce et sa Uberté.

Lord Byron veut que la présence de l'homme,

Page 1