CHAPITRE DOUZIÈME. 3l
OU des arts qu'il a créés, ajoute à la poésie des merveilles du monde. Je crois cette association nécessaire pour éveiller plus d'intérêt; mais assurément rien ne peut égaler les beautés poétiques d*un orage, des montagnes, de l'océan. Le poète est ici en opposition avec ses propres écrits. Quoi de plus poétique, par exemple, que la description de Forage sur le lac I^éman dans Childe Harold? £lle ne le cède pas à celle-ci que lord Byron donne à l'appui de ses argumens,
« Je me regarde, dit-il, comme ayant le droit de parler de choses maritimes, du moins à des poètes. Peutêtre qu a Texception de Walter Seott , de Moore et de Southey, qui ont tous voyagé, j'ai fieiit'plus de milles à la îui^c que n'en out jamais fait sur un vaisseau tous les poètes anglais vivan^. J'ai passé des mois entiers à bord; et pendant tout le temps que j'ai habité eu pa)^s étrangers, à peine ai-je perdu de vue Tocéau pendant vingt jours. De plus j'ai été élevé depuis deux ans jusqu'à neuf sur 1< ' hord de la mer. Je me rappelle qu'(>n 1810, étant à bord d'une frégate anglaise qui avait jeté Tancreà quelque distance du cap Sigéc, il s'éleva au coucher du soleil un coup de vent si violent que nous crûmes que le cable se romprait, et que le \ aisseau abandonnerait le lieu de sou mouillage. M. Hobhouse, moi et quelques officiers, nous avions remonté le détroit des Dardanelles jusqu'à Abydos, et nous venions d'arriver à temps. 1-c spectacle d'une
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teinpete dans TArchipel est aussi poétique que possible, les lames étant courtes, rapides et dangereuses, et la navigation difficile et coupée par les îles et par les couraiis. Ijc cap Sigëe , les tumuU de la Troade , Lemnos, Ténëdos, ajoutaient leurs associations à la solennité du moment. Mais ce qui me parut alors plus poétique que tout le reste, c était une quantité (il y en avait environ denx cents) d'embarcations grecques et turques, qui, cliassées de leurs ancrages peu sûrs, manœuvraient contre le vent, les unes fle dirigeant vers Ténédos, d autres vers les îles plus éloignées, d autres vers le large, et quelques-unes peut-être vers l'éternité. La vue de ces petits navires luttant contre le vent, sillonnant 1 écume au milieu du crépuscule, tantôt paraissant, tantôt disparaissant entre les vagues dans Tombre de la nuit, et dont les voiles, d un blanc de neige effleuraient Teau avec autant de vitesse, mais moins de sécurité, que les mouettes qui planaient au-dessus; leur évidente détresse, leurs groupes successifs, la distance qui les fiiisait apparaître comme autant de petites taches blanches et mobiles, leur petitesse y comparée à la puissance du gigantesque élément contre lequel ils se débattaient, et qui faisait craquer la cliarpcntc de notre robuste frégate : leur aspect et leurs manœuvres, tout me frappa comme beaucoup plus poétique que n'auraient pu Tctre sans eux une vaste mer en fureur et les vents mugissans. »
(*) Le» vntlfii du Levaat ne snat pat de grofftr» luile», nui» de coton liliinc.