‹ Lord ByronChapitre 111 sur 116 · CHAPITRE DOUZIÈME. 3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME. 3l

Vient ensuite la terrible diatribe de lord Byron contre Técole romantique.

«r Les efforts de la populace poétique d'aujourd'hui, pour obtenir un ostracisme contre Pope, s'expliquent aossi aisément que la sentence de l'Athénien contre Aristide : ils ^nt las de Tentendre toujours appeler « le Juste. 9 C'est aussi pour leur existence qu'ils com* battent; car si Pope garde son rang, ils tomberont. Ils ont élevé une mosquée auprès d'un temple grec de la plus belle architecture; et , plus barbare que les peuples auxquels j emprunte cette figure, ils ne se sont pas contentés de leur grotesque édifice, ils ont encore voulu détruire le glorieux monument si beau et si pur qui existait avant eux, et qui les menaçait, ainsi que leurs ouvrages, d'une honte étemelle. On me dira que j'ai figuré (et que je figure peut-être encore) au nombre de ces écrivains : il est vrai , et j'en rougis. J'ai été un des constructeurs de cette nouvelle tour de Babel, origine de la confiision des lan» gues; mais jamais, du moins, je n'ai (ait partie des envieux destructeurs du temple classique élevé par notre prédécesseur. J'ai aimé, j'ai honoré la réputation et le nom de cet homme illustre; j'ai préféré sa gloire à ma vaine renommée, et aux frivoles* applaudissemens de la foule des « écoles » et des prétendus poètes qui croient l'égaler, où même le surpasser. Plutôt que sa couronne perdît un seul fleuron , il vaudrait mieux que tout ce que ces hommes ont jamais

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écrit, ainsi qut' moi, fût employé à « envelopper Jes poivres et les ëpices, ou à tapisser les cellules de Bedlam et de Solio. (*)

« Beaucoup de gens croiront à la sincérité de ce vœu; beaucoup d'autres n'y croiront pas. Vous savez, Monsieur, si je dis vrai, et si je n'ai pas toujours exprimé la même opinion dans mes lettres particulières et dans ce que je destine à Timpression. Je regarde ce siècle comme celui du déclin de la poésie anglaise: ni les égards dus aux autres, ni les sentimens dVgoIsme que je puis éprouver, ne m'empêcheront de voir et de proclamer cette vérité. Il ne peut y avoir de symptôme plus frappant de la corruption du goût que cette continuelle dépréciation de Pope. »

En écartant la question du talent de Pope , cette dispute me semble aussi oiseuse que la précédente. Ce sont les mêmes querelles de mots qui faisaient en France, dans le siècle dernier, les Gluckistes et les Piccinisies. Car ici encore la vérité est dans lui juste milieu. On peut dire beaucoup de choses en fsiveur de la poésie didactique, ou composée de préceptes moraux , maïs ce qu'û y a de certain c'est qu elle sera peu ou point lue. Vouloir séparer la morale de la vie et des actions humaines, c'est montrerime belle personne morte. Il y a une foule d'évènemens et de caractères qui renferment une morale d'autant plus frappante

(*) Mauoniclt fout.

CHA.PITRE OOUZlèUE. SlQ

que les nuances en sont plus délicates. Un poème qui se compose d'observations justes, de caractères bien vrais , de descriptions intéressantes, d'événemens vraisemblables, et motivés comme dans la vie réelle, ne saurait manquer, je crois, d'être moral. Tandis que des préceptes dont la bonté et Tutilîté ne sont pas prouvés par des &its, se réduisent à une bonne théorie qu'on admire, mais qu'on pratique rarement.

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