‹ Lord ByronChapitre 16 sur 116 · CHAPITRE QUATRliVE · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRliVE

braver ainsi les fureurs de l'ouragan, et s épanouir sans Fabri d'un berceau. Quoique le printemps lui refuse sa rosëe, elle ne languit pas : elle n appelle pas les rayons du soleil.

« Là chante toute la nuit un oiseau inconnu , quoîcpie peu éloigné; ses ailes aériennes sont invisibles, mais ses longs et ravissans accords sont doux comme ceux des liarpes des houris. Ce pourrait être lebuibul,^*) mais son chant, quoique triste, n'approche pas de cette mélodie. Car ceux qui Técoutent ne peuvent laisser cerbeux, mais ils demeurent et pleurent comme s'ils aimaient en vain! Cependant, ces larmes iont si dou-

And bads vnsbdtered hj « bower ;

Nor droops , though spring refuse her shower , Nor woos the summer beam :

To it the livekmg nig^it there nap

A bird misecn*-biit not remote :

Invisible his airy wings, But soft as harp that Houri strings

Uif Jong entrancing note !

It were the Bolbul; {*) but hb throat.

Though mournful, pours not such a strain :

Fur they who listen cannot leave The spot , but linger there and gricTC

As if they loved in yain !

And jet so sweet the tears they shed ,

*Tis sorrow so unmixed with dread , They scarce can bear the morn to break

(') Le (( hiilhul » ou lanuutde ia lOic^ » noms qjae l'on donne au roMÏ^uol en Uneat.

48 LORD BTROV.

CCS, c'est une douleurs! peu mêlée d'aiiiertume, qu'ils oé voieat pas sans regret naître l'aurore qui rompt ce charme mélaneolique. Plus long-temps encore ils voudraient veiller ' t pleurer : son cliant est si beau, si divin 1 Mais quand le jour se répand dans les cieux, cette magi(jue mélodie expire. Il en est qui ont cru (tant les aimables rêves de la jeunesse nous trompent ; et comment oser les blâmer), que ces accords si perçans, si profonds, formaient parfois le nom de Zu- Idka. (*) C'est du sommet de son cyprès que s'ëchap» pent ces sons qui se perdent dans Tair. C'est dans ses cendres virginales que la rose blanche a pris naissance. Une pierre de marbre fut apportée naguère sur ce

That mebiicMj ^eD, And longer yet would weep and wake,

He sings so wild and well !

But when the day-blush bursts from high

Etires that magic melody.

And some baye been who conld befieye (So fondly yoathfol dreams deeeiTe,

Yet harsh be they that blinie).

That note so piercing and profound Will shape and syllable its sound

Into Zn1eika*s name.(^) 'Tis from her cypress* summit heard.

That melts in air the liquid word :

Tis from her lowly yirgin earth That white rose takes its tender birth.

There lale was bid a marble stone;

(*) Voyet les note* a U fin du volume.

cuapitae QUA.TiaàMiw 49

tombeau; le soir la vit placer :1e matin, elle avait disparu Ce ne fut pas le bras d'un mortel qui transporta sur le rivage ce pilier funéraire si fortement fixé. Les légendes d'Iiellé rapportent qu'on le trouva le lendemain aux lieux où tomba Sélim. il est battu par les flots tumultueux, qui roulent son corps privé de sépulture; ou dit qn a lapproche de la nuit , ou y voit reposer une téce livide couverte d'un tuiban : la colonne renversée est étendue aux bords des vagues. On la nomme c loreiller du £uit6me du Pirate. » Aux lieux où elle était d'abord, s épanouit cette fleur de deuil; elle y fleurit encore, humide et seule, paie, glacée, et pure conune les joues de la fieauté qui pleure en écoutant un douloureux récit »

Eve nw it placed— the Bforrow qcme !

It was no mortal aim that bore

Thai deep-fixed pillar to the shore; For there , as Uellc's legends tell ,

Next mom 'twas foond where Selim UsH; ^

Lashed by the tmnbVng tide, whose wave

Denied his bones a holier grave :

And there by night , reclined , 'tis aûd.

Is seen a ghastly turbaned head :

And hence extended by the billow,

Ti$ named the « Pirate-phantom's pillow ! »

Where fii>t it lay that mourning (lower

Uath flourished; flourishetk this hour.

Alone and dewy, coldly pure and pale.

As weeping Bcanty^s check at Sorrow^s tale!

LOUD BY AON.

I^es opinions furent très partagées sur ces deux

pooiues ; on en admirait la beauté , mais on blâmait les sujets, et surtout les passions terribles qui y étaient dépeintes. On compara lord Byron à un volcan qui verse à grands Ûots une lave bouillante sur de fertiles campagnes, et en fait un aride désert couvert de pierres et de cendres, il est vrai que son génie, trop grand pour ne pas agir fortement sur Tame, dégoûte des affections tranqudies : il exalte le cœur, il éveille cette puissance morale assoupie par les lois et les convenances de la société. On veut ce bonheur enivrant qu'il fait entrevoir, on le paierait de sa vie ; on se déhat en vain dans les chaînes de Téducation et de l'habitude, et si on parvenait à les briser, plus malheureux encore, on serait délaissé, avili, méprisé. C'est Ténergie des sauvages transportée au milieu des villes et des salons. Arrêtée par mille obstacles, cette impuissante volonté retombe sur nous et nous écrase.

Pendant quon discutait sur son talent, lord Byron en donna une nouvelle preuve plus éclatante encore que les précédentes. Au mois de janvier 181 4, il publia le Corsiiire, poème en trois chants, dédié à Thomas Moore. Le héros est le même (jue le Giaour cl Svliin; seulement le caractère est plus développé: il a de plus nobles vertus. Le passé cache le commencement d'une vie qui devait être illustre , si les passions et leurs excès

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