CHAPITRE SIXIÈME. * I
aentiment de leur peine avait presqu égaré ma raison;
mais je voulais monter jusqu'aux grilles de ma fciietre, ci contempler encore les hautes montagnes avec des yeux aimans.
«Je les vis.....; et elles étaient les mêmes; elles n'a*
valent pas changé comme moi. Je vis dans l'air leurs S(unmets couronnés de neiges étemelles , et le lac se déroulant au-dessous, et le Rhone, dont les eaux bleues coulaient avec rapidité; j entendis les torrens se précipiter et bondir au-dessus des roches escarpées et des buissons déracinés; je vis, dans le lointain, les
I dioii^t of tbis and I wu glad ,
For tboaght of tbem bad made me mad.
But I was curious to ascend To my barr'd wii^dows, and to l>end Once more, apoD tbe monolaiiis bigb , The quiet of a loviog eye.
I saw them — and thcgr were tbe same, Tbey were not cbaaged like me in frame; I saw tbeir tboosand years of snow
On high — their wide long lake below.
And the blue Rhone in fullest flow; I beard tbe torrents leap and gusb (Ker cbanneU'd rock and broken bush; I saw tbe white-wali'd distant town , And whiter sails go skiuuniug down ;
Io8 XX>RD BTROH.
murs blanchâtres de la ville, et les voiles plus blanches encore des barques qui sillonnaient les eaux.
(cVis-à-vb de moi, il y avait une petite île qui sem* blait me sourire; la seule que je pusse voir; une petite île verte ; h peine me paraissait-elle plus grande que ma prison; mais il y croissait trois grands arbres; la brise des montagnes y soufflait; les ondes se brisaient doucement sur son rivage, et elle était ënialllée d'une multitude de fleurs de couleurs brillantes et d'un parfum ravissant. Les j)oissons nageaient près dos murs du château, et tous paraissaient joyeux. L'aigle passa y'portë sur l'aquilon; il me sembla qu'il n'avait jamais volé aussi vite qu'il me parut voler alors. De
And then there was a little isle.
Which ID mj very face did smik.
The only one in riew; A small green iiJe , it Sfcm'd no more Scarce broader than my dungeon floor ^ But in it there were three tall trees , And o'er it blew the moantatn breeze , And by it there were waters flowing , And on it there >vcrc young flowers growing.
Of gentle breath and hue.
The fish swim by the castle wall, And they seemed joyous each and all; The eagle rode the rising Llast, Melhought he never flew so fast As then to me seemed to fly, And then new tears came in my eye.
CHAPITRS SmkËUL. IO9
nouvelles. lannes remplirent mes yeux; je me sentis troublé..... , et je regrettai d'avoir laissé ma cliaine. Quand je redescendis, Fobscurite de mon triste séjour tomba sur moi , comme un fardeau pesant. C était comme la tombe nouvellement creusée , qui se refermesui^ Tètre que nous cherchions à sauver; et cependant mes bibles yeux, frUguës de tant d'images, avaient presque besoin d'un tel repos.
xnr.
a 11 s'écoula des mois , des années , ou des jours ; j'en • i^ore le nombre. Je ne les comptais point ; je n'avais plus d'espoir qui me fît désirer d'abréger leur durée, ou qui dissipât l'humide brouillard qui voilait mes
And I felt tronbled — and would fain I bad not left my recent chain;
And Avhen I did descend again, The darkness of my dim abode Fell on me as a heavy load; It was as is a new-dug grave, Qosittg o'er one we soiigbt to save , And yet my glance, loo uiuch o|jpicât, Had almost need of such a rest
It might be mouths or years ^ or' days, I kept no count— I took no note, I had no hope my eyes to ndse ,
And clear lliem of their dreary mote.
At bst men came to set me free,
I ask'd' not why, and reck'd not where;
no LORD BTAON.
yeux. Des hommes vinrent enfin me mettre en liberté. Je ne leur demandai pas pourquoi y ni où ils voulaient me conduire. 11 m'était devenu indifférent d'être en* chaîné ou libre ; j avais appris à aimer jusqu'à mon désespoir; et , quand ils parurent enfin , et que tous mes liens furent brisés , ces murs pesans étaient devenus pour moi une retraite qui m appaitenait toute entière; et j'é{)rouvai une sensation presque aussi pé» nible que si on était venu m'arraclier une seconde fois de ma demeure. J'avais lié amitié avec les araignées de ma prison ; j'observais leurs travaux silencieux ; j'aimais à voir les souris se jouer au clair de la lune; et pourquoi aurais-je été moins sensible que ces ani«
It was at length the same to me« Fettered or fetterless to be :
I leani'd to love despair.
And thus when thej appeared at last, Aud all my bonds aside were cast , These heavy walls to me had grown A hermitage — and all my own !
And half I feh as they were come To tear me from a second home :
With spiders I had friendship made , And watch'd them in their suUeo trade , Had seen the mice fay moonlight play , And why should I feel less than they?
We were all inmate:^ of cue jilace, And 1, the monarch of each race, Had power to kill— yet, stnmge o tell !
CHAmUS SIXI^E. Ill
Dttux? Nous étions tous liabitans d'un même lieu, et moi, roi de toute leur race, j avais le pouvoir de les tuer; cependant, chose étrange! nous avions appris à vivre en paix. J'aimais jusqu'à mes chaînes, tant une longue habitude nous fait ce que nous sommes. Je soupirai en retrouvant ma liberté. »
Que de grandes et simples images ! Comme la nature est vivante et belle aux yeux du malheureux qui la contemple au travers des grilles d'un cachot!
Tout déchirant qu'est ce conte, il repose l'âme
des fortes émotions auxquelles lord Byron 1 accoutume. 11 éveille tme sympathie plus générale; il ramène à des sensations plus ordinaires, plus vraies. Non pas que je veuille dire que les tableaux habituek de lord Byron n'aient pas de vérité ; au contraire, ils en ont une désolante, mais relative seulement à un petit nondore d'hommes. A force de s*exalter, on donne à ses (acuités un trop haut degré d énergie; il n y a plus d'accord entre nos désirs et nos espérances; toute l'harmonie de notre vie est détruite ; Timmortalité même semble
In quiet we bad leam'd to dwell— My very chaius and I grew iViciids, So muck a long commimion tends To make as what we are Even I Eegain'd my freedom widi a ^gh.
lia LOAD BTRCHf.
froide et douteuse ; nous sommes des géans enfermés dans une étroite cage de fer, dont les barreaux nous blessent et résistent à nos efforts. Si ce surplus d'existence pouvait toujours se diriger vers un noble but, il serait beau de l'avoir, car il créerait des prodiges de vertu , de génie , de dévoument : mais il égare plutôt qu'il n'éclaire , et trop souvent, il avilit, au lieu d'élever.
Les beautés de la nature n'existent, pour une âme passionnée , qu'autant qu'elles sont en rapport avec les sensations qui l'agitent. Le soleil ne lui apporte pas de joie : le silence de la nuit, la tranquille clarté de la lune , ne calment point son âme, ne lui inspirent pas de douces rêveries.
Les passions ont une force imposante qui en* traîne. Elles ont quelque chose de gigantesque , qui ressemble à Théroîsme. On. cède à cette magie du pouvoir; on devient grand , non comme Dieu , mais comme Tarchange tombé. Cest l'illusion de l'orgueil, non la tranquille supériorité de la vertu. Leur plus grand prestige est de faire croire qu'elles mènent au bien. Appât des ambitieux, elles font dédaigner le devoir pour atteindre plus haut , et nous laissent retomber , froissés , malheureux, et quelquefois coupables.
Les passions sont surtout funestes pour ceux qui les éprouvent. J*ai vu des êtres dont l'existence toute entière avait été la proie de ces fougueux
CHATRE SnuiHE. Il3
orages, et ils m ont appris à connaître leurs funestes effets. Cette vie tumultueuse ne leur avait laissé que de vains désirs, des regrets, et pas un souvenir consolant. Je ne me rappelle jamais sans effroi leur tristesse, leur isolement, et l'espèce de culte qu'ils avaient encore pour les sentimens qui les avaient perdus.
On croit trop souvent que Tenthousiasme est une suite des passions., tandis que c*est seulement lorsque lame est dégagée de leurs entraves , qu'elle peut s élever à la hauteur de cette sensation sublime. H &ut de la pureté de cœur pour être capable d'enthousiasme ^ il faut pouvoir s'élancer hors de soi vers tout ce qui est bon, grand et beau. Cette noble flamme résiste aux années. C'est un feu sacré, qui se conserve dans un cœur pur, et qui nous rédiauffe, quand la vieillesse nous glace. Je l'ai vu briller chez une femme, qui était arrivée à quatre-vingts ans , avec l'âme candide qu'elle avait à quinze. C'était l'être le plus heureux que j'eusse jamais connu. Chaque jour était pour elle un bien&it. Le soleil , qui brillait à travers ses rideaux , lui causait, chaque matin, une sensation délicieuse. Le chant des oiseaux la ravissait. Elle jouissait des fleurs , des eaux, comme un enfant qui les voit pour la première fois. Tous ses plaisirs étaient simples, et elle les décrivait dans un langage poétique ; car un sentiment vrai a toujours de la poésie. Jamais
Il4 i'ORD BYROiV.
personne ne fat moins exigeant, et ne reçut plus de bonheur ; elle le trouvait partout. Un jardin public était pour elle la campagne. N y avait-il pas des oiseaux, des arbres, de l'ombrage, et d'heureux papillons qu'elle voyait voltiger autour dVlle? ,Wy trouvait-elle pas des eniàtis qui lui souriaient, des amis qui se réjouissaient de la revoir. Cette âme jeune avait traversé toute une longue vie sans clouter dos hommes, et jiivsque sans croire au mal. Il y a dans les êtres bons et candides une sympathie céleste qui appelle autour d eux tous ceux qui leur ressemblent , et qui permet ainsi une ignorance presque complète du vice.Les ambitieux, les méchans ne pourraient vivre dans cette tranquille atmosphère , où la vertu les presserait de toutes parts. Aussi, les voit-on s^en éloigner avec effroi , pour se grouper autour de la puissance, de la richesse, qui leur promettent des faveurs corruptrices , et des passions à servir.
Religieuse et indulgente, madame P*** excusait toujours les fautes des autres. La médisance TaiSigeait et la fatiguait. £lle me racontait naïvement un jour qu'un protestant qui venait souvent la voir voulait du mal au pape : c'était son sujet de conversation favori. Quoique anglaise et protestante aussi, elle ne partageait point sa rancune contre le chef de l'église catholique. Après avoir vainement cherché à le guérir de ses préventions,