LE FANTOME
« Adieu! »
Manfred est de retour dans son château. II ordonne qu'on le laisse seul; mais un prêtre, poussé par un saint zèle, parvient jusqu'à lui. Il a apjjris qu'il possédait de dangereux secrets; qu'il évoquait à son gré les puissances du mal : il vient lui offrir une réconciliation avec le ciel, la pénitence, et sa pitié.
Yct one word more — am I forgiven 7 Farewell!
Sàj, sliail we nMagm?
raANTOM OW AfTASTS.
Farewell!
144 LORD BTRON.
MAHTBED.
a Je t'entends, et voici ma réponse : ce que je puis
avoir été, ce que je suis, reste eiitn» le ciel et moi. Je ne chobirai pas un mortel pour médiateur. Ai-je péché contre vos ordonnances , prouvez-le et punissez-moi.
L ABBÉ
. «Mon fils! je nVi point parlé de punition, mais de pénitence et de pardon ; tu peux encore dioisir : quant aux derniers , nos institutions et notre puissante croyance m'ont donné le pouvoir d'aplanir le chemin qui mène du péché à de plus hautes espérances et à de meilleures pensées. Je laisse au ciel le châtiment.
KAMFSBD. ^
I hear tfaee. Thii is my reply; whatever \ I may bave been , or am , doth rest between 1
HeavcTi aTid myself. — I shall not choose a mortal
To be my mediator. Have I sinu'd
Against your ordinances, prove and pumsh \
ABBOT OF SAUiT IfAUBICB.
My son ! I did not speak of punishment , But penitence and pardon;— with thyself The choice of such remains— and for the bst.
Our institntiotts and our strong belief
Have given me power to smooth the path from sin To higher hope and better thoughts; the ûrst I leaye to heayen— « Vengeance is mine ahme ! »
CHAPITAS SEPTIEME. ,^5
« La vengeance appartient à moi seul, » a dit le Sei-
gneur, el «on serviteur répète en toute humilité ce mot terrible.
iRAJfFRED.
« Vieillard ! il n W pa^ de puissance dans les saints, de charme dans la prière, déforme depënitenco, de marques extérieures de repenHr, de jeûne, d'agonie, et, ce qui Tcmporte sur tout cela, de torturcs intérieures, causées parce profond désespoir qui est un remords sans la crainte de l'enfer , mais qui se suffisant à luinnéme , ferait des cieux même un enfer; li n'existe rie n qui puisse exorciser dW âme indé^ pendante et libre, le sentiment poignant de ses proprès péchés, de ses torts, de ses souffamces, de la vengeance qu'elle s'impose à elle-même. U n'est point
So nitk tbe Lord, and witb ail hambleneu His servant ecJioes back the awful word.
MANFISD»
(Mdman! there û no power in boly men , Nor charm in prayer-nor purifying form Of peniteDce— nor ontward look— nor fast.
Nor agony— nor, greater than all these.
The innate tortures of that deep despair.
Which is remorse without the fear of hell, But all in an sufficient to itself Would make a bell of heaven— can exorcise From out the unbounded spu it, the quick sense Of its own sius, wrongs, sufferance, and revenge
to
1 46 UOKD XTJIOlf.
d'angoisse dans Ta venir, qui puisse exercer une justice aussi rigoureuse que celle qu'exerce sur son âme celui
qui s't'st condainnr.
Le prêtre persiste à lui conseiller une expiation; Manfred répond toujours qu'il est trop tard.
l'abbé.
a 11 ne peut jamais être trop tard pour te réconcilier avec ton âme , et pour réconcilier ton âme avec le ciel.
N'as-tu donc pab d espérance!.... Ceux même qui désespèrent de la vie à venir, se forment quelque vague désir sur la terre , fragile roseau auquel ils s attachent , comme des hommes qui se noient.
MAITFRED.
Oui père! dans ma ji unesse, j'ai eu de ces visions
Upon itself; there is do future paug
Can deal that justice on the self-condemn'd
He deak on bis own soul.
ABBOT OP SJLIHT MAURJCf.
It never can heto.
To reconcile thyself with i^j own soul ,
Ami thy own suul with heaven. Hast thou no hope? 'Tis strange — even tkosc v. ho do despair above ^ Yet shape themselves some phantasy an earth.
To which iiail twig they diiig , like drownllig men.
MAKFRXD.
Av — father! I have had those earthly visions And noble aspirations in luy youth ,
CUAPITA£ S£PTljkME« 1 47
terrestres, de ces nobles aspirations. Je voulais m'emparer de l aine des autres hommes , être le phare des
nations, et m^élever je ne sais où peut-être pour
tomber. Mais, comme la cataracte de la montagne, qui s'ëlanoe du milieu des hauteurs éblouissantes , avec toute sa fougue ëcumeuse, jusfjue dans Tabtme ( d'où s'élèvent des colouues de brouillards , qui devienuent nuages, et retombent en pluie des cieux là elle est abaissée, mais encore puissante. Tout cela nVst plus maintenant, mes pensées avaient pris le cliange.
L ABBE
Pourquoi?
MANFRED
Je ne pouvais dompter ma nature. Celui qui veut
To make my own the mind of other men.
The cnliglitener of nations ; and to rise I knew not whither — it might 1)C to fall; But fall y even as the mountain-cataract , Which having leapt from its more dazsling height, Even in the foaming strength of its abyss , (Which cast^i up nii.stv coliiimis that becuiiK.' Clouds raining from the rf-ascciidcd skies, j Lies low but mighty ftilL — But this is past. My thoughts mistook themselves.
ABBOT OF lADfT HAUBICB.
And wherefore v> •
MAKFBBO.
1 could nut tame my nature down ; for he
lo.
l4B LOAD BYUOir.
dominer doit savoir servir, flatter , demander, épier tout moment favorable; pénétrer en tout lieU| et être « un mensonge vivant ; voilà ce que doit flûre quiconque veut devenir puissant parmi les êtres vils, et ce sont eux qui composent k masse. Je dédaignai de me mêler au troupeau, même pour en être le chef, pour commander à des loups. Le lion est seul, et je suis seul aussi.
£t pourquoi ne pas vivre, ne pas agir avec les autres hommes?
MANFRED
Parce que ma nature était en guerre avec la vie; et cependant je n'étais pas cruel; Je ne voulais pas créer la désolation , mais la trouver Semblable au vent ,
Must serve wbo fain would sway — and — sooth*— and sue —
And watch all time — and pry into ail place—
And Le a living lie — who would lieoome
A mighty thing amongst the mean, and sQch
The mass are; I disdained to mingle widi
A herd, though to be leader — and of wolves.
The hon is alone, and so am 1.
ABBOT CfF SAtNT MAURICE.
And why not live and act with other men?
Because my nature was averse from life ;
And yet not cruel; for I would not make.
But iiud a désolation : — like the wind.
CHAPITKf SBFTltm. ]49
au souffle de feu du sauvage Simoun, qui n'habite que dans le désert, balaye les sables stériles, oii ne croît pas un arbrisseau qu'il puisse flétrir , se joue au milieu de leurs vagues arides et sauvages, et ne dierche pas à faire des victimes, pourvu aussi qu'on ne le eherehe pas , mais dont la rencontre est mortelle : tel a été le. cours de mon existence. Les êtres qui se sont trou-, vés sur mon passage ne sont plus.
l'abde.
Hélas î je commence à craindre que moi et mes j)areils ne puissions te secourir; cependant , si jeune , je voudrais encore.,...
MAVFRED.
Regarde-moi. It est sur la terre une race de mojtels
The red-hot breath of the most lone Simoom , Which dwells but in the desart, and sweeps o'er The barren aanda which bear no shrubs to blast, And revels o'er their wild and arid waves , And sedccth not , so that it is not sought y But being met is deadly ; such hatli been The coarse of mj existence ; but there came Things in my ptth which are no more.
JkBBOT OF BAOIT MAVRICE.
Alas!
Fgin to fiear that thou art past all aid
From me and from my calling; yet so yowpgiL
I still would
l5o LORD BTAON.
qui deviennent vieux dès leur jeunesse , cL qui, sains aller chercher dans les combats une mort violente , meurent avant leur maturité. Quelques-uns sont tué^ par les plaisirs; d'autres par 1 etude; les uns usés par le travail , les antres seulement d'ennui et de fiiUgue ; quelquefois de maladie, quelquefois de folie; et le plus grand nombre périt le cœur flétri et brisé ; car cette dernière maladie tue plus d'hommes qu'il n'y en a d'inscrits sur les registres du destiu (*). Elle ' prend toutes les formes ; elle porte tous les noms, llegarde-moi ! j'ai usé de toutes ces choses avec excès; et de toutes ces choses, une seule suffisait. Ne t'étonne
Look on mo ! thoro is an order Of mortal on the earth , who do liccomc Old in their youth, and die ere middle age, Without the violence of warlike death; Some perishing oi' pleasurfr-^-tfome of study — Some worn with toil — «orne of mere wcarmcss — Some of disease — and some of insanity— And some of withered or of broken hearts; For this last is a malady wbich slays More than are numbered in the lists of Fate , Taking all shapes , and bearing many names.
Look upon me! for even of all these things Have I partaken; and of all these thbgs,
(•) Ottr pctiRt'c, qui st inhle dnbord obscure . efl <leTclo|)pee plus au Inn<t «1.1M6 Cliildc-Uaiuld. Lord Byroo veut din que, malgré la • perte de se* espérances , de ses afièotiont , on peut encore csitler, quoique la vie du cosar et de l'âme aoit éteinte.