CHAPITRE HCITIKME. l
Le sujet de Parisina est écrit en caractères de sang, au milieu des plus gracieuses images. Le commencement est plein de mélodie et de charme. Hugo, vaillant jeune homme, ûls naturel du marquis d^Este, aime Parisina ^ femme de son père. Il paie son crime de satéte. Parisina devient foUe. Le discours que Hugo adresse à son père avant de mourir est teri ihle. II y a peu de réflexions dans ce poème , il est court; les faits y sont pressés. J'ai oui dire qu*on en avait j>ublié une traduction eu vers français; je n en puis parler^ puisque je ne Fai pas lue; mais malgré mon enthousiasme pour les œuvres de lord Byron , je ne desire point les voir passer dans notre poésie. Plus je sens la grandeur, la force de son génie , plus je suis convaincue qu'on ne nous en donnera jamais que de paies imitations. L'accent du poète, son sentiment, l'énergie des expresr»ious, \oilà ce(|u'il faut rendre, et ce que notre prose plus indépendante nous permet de reproduire en partie. D'ailleurs , ce ne sont pas les chefs-d'œuvre des Anglais que nous devons naturaliser en France ; il fiiut les consulter, voir comment ils étudient la nature, comment ils saisissent son coté pittoresque , comment ils amènent l'effet qu'ils entendent si bien, et puis ensuite créer de nous-mêmes avec nos <|uaUtés et nos défauts. L'imitation gâte tout, et nous sommes essentiellement imitateurs. Il nous Ëiut des écoles, des coteries , des jugemens dictés*
l66 LORD BYRON.
En littcraLure , corame en politique , on se rallie autour d'un mot souvent vide d'idées, mais qu'on oppose au raisonnement et aux objections ; ce qui est plus commode que de penser par soi-même.
II y aune masse de gens irrésolus auxquels il £aiut une route tracée qui puisse leur épargner le travail de la réflexion. Cet amour de la routine s'étend à tout; il envahit aussi les arts. Tant que Prudlion vivait on ne savait si on devait ladmirer parce qu'il ne &isait pas école. On éprouve trop eu France le besoin de se ranger sous une bannière- Une foule de personnes rappellent ces prétendus amis de la liberté, qui , devant fonder une république au Champ d'Asile , ne purt nt commencer à bâtir une cabane , avant d'avoir élu un chef.
Il y a pour le style, pour les caractères, même pour les passions, des types donnés qu'on ne se
lasse pas d'imiter. On dirait quon s'est abonné à retrouver toujours les mêmes idées, les mêmes sensations; et que tout ce qui rompt cotte fatigante uniformité doit être proscrit. Cependant nous touchons à une réforme ; mais il est à craindre qu'elle ne soit encore dirigée par le même esprit d'imitation. Au lieu d'inventer, on copie les étrang^ers; et pour se (ioniicr l'air orij^iiial , on exagère leurs qualités et leurs défauts au point de Élire la caricature de leurs bons ouvrages. Nous avons toute une génération de petits Walter Scotts;