‹ Lord ByronChapitre 63 sur 116 · CHAPITRE HLITIKME. IJI · texte numérisé non relu

CHAPITRE HLITIKME. IJI

intéresser ; qu*un poème didactique et descriptif

était souvent fort ennuyeux; qu'au lieu d avoir des ouvrages dont on faisait grand cas et qu'on ne lisait pas, il fallait, autant qu'il était possible, concilier sou jugement avec son goiit. Mais ici la réforme était encore plus difficile. Tout était prescrit, jusqu au langage. Que de chaînes à rompre ; que d'obstacles à vaincre; que de critiques surtout à braver! Parmi les poètes qui osèrent tenter d'ouvrir des routes nouvelles, il en est uu, qui , sans imiter les Anglais , a su créer parmi nous une poésie neuve et sentie. Je ne connais rien de comparable, dans aucune langue, aux préludes de M. de Lamartine, à son poète mourant , et aux dix ou quinze vers qui terminent son épitre à Casimir Delavigne. C'est une suite de sensations et (l'i mages rendues avec une harmonie divine.

C'est un soupir modulé, qui s'empare de Tàme avec une douce puissance , et qui a du rapport avec l'impression que fait naître la vue des cieux , de la mer , d'un beau site. Ses vers ne nous arrachent pas à nous-mêmes, comme ceux de loixl Byron; ils nous charment en nous reposant. Ceux qui reprochent de la monotonie de pensée à M. de Lamartine ne comprennent pas son talent. S'il était varié, il ne serait plus lui. Le cercle de ses inspirations est peut-être un peu resserré; mais il est évident qu'il écrit ce qu'il sent. Un homme mélancolique et rêveur ne peut se

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filire à son gré joyeux et positif, surtout en poésie. Nous avons souvent le dé&ut d'exiger du

même écrivain les qualités les plus opposées. On peut arriver, à force d'esprit, k une sorte d*unip versalité; niais je ne crois pas que le génie puisse aussi Êicilement se prêter à prendre toutes les formes.

On ne jouit pas en France ; on met trop Tesprît à la place du sentiment. Au lieu de se laisser entraîner, on pèse les mots, les hémistiches, ou analyse ses impressions. £n voulant ainsi se rendre compte de tout , on rétrécit de plus en plus le domaine de Timagination , et elle ne sait plus où se réfugier.

Les Anglaisfonttoutentrcr dans la poésie, les caractères, les passions, les habitudesde la vie, et ainsi lui prêtent un intérêt dont rien n'approche. Ce ne sont pas des penséesseulement, ce sont les objets qui nous entourent, les chosesquinoussontlesplus &inilières, que nous retrouvons ennoblies, et comme épurées par un beau langage ; ce n'est pas l'emphase des mots , mais l'empreinte de l'Ame. Ainsi, un petit coin de terrain que nous avons à peine remarqué , nous charme dans un tableau , par la sensaliou de l'artiste , par la manière dont il a observé et rendu, la nature. Les poètes anglais ne négligent aucun moyen d'intéresser; ils s'emparent de l'imagina! ion par tous ses points accessibles; aussi « sont-ils en général, beaucoup plus po*

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polaires que les nôtres. A la vérité, ils ont affaire à un public qui a plus d'idées poétiques; Mais leur grand prestige est d'être vrais et toujours divers entre eux , parce qu ils n'ont pas un type hors d'eux-mêmes. En France, il &ut avoir du génie pour sortir de rornière tracée , et oser penser et sentir d'après soi : en Angleterre , il y a peu d'écrivains qui ne tracent un nouveau sillon plus ou moins profond.

Les abus ne nous frappent jamflis plus que lors* qu'ils sont près de disparaître. Du moins , je l'éprouve ici; car on ne saurait nier que, depuis sept ou huit ans , nous avons beaucoup plus d'indépendance de pensée qu'auparavant. L'influence de la société se &it moins sentir; les jugemens sont plus libres ; mais nous ne sommes point en* core rendus au point que nous devons atteindre. L'observation y conduira. Les caractères et leâ mœurs sont déjà mieux étudiés; mais ce sont encore des mœurs de salons : les personnages ne pourraient vivre en plein air, comme ceux de Walter Scott; ils sont pâles, elËicés, ib ont une existence fiictioe et frêle. Cependant les idées s'élargissent peu à peu.

Je ne voudrais pas qu'on renversât les limites, mais qu'on les reculât ; qu'on accueillit tout ce qui est beau , tout ce qui est grand , sans distinction de genre ni départi ; qu'on fermât les yeux sur les défauts, quand ils sont mcbetéspar de sublimes l>eau-

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tés. Jenesaissijemetrompe, mais il me sCTibleque

la littéral (in^ anglaise est à son apogée, et ne |)eut plus que redescendre, jusqu'à ce qu'elle ait trouvé un nouveau sentier pour remonter. Ce qui me bât croire à cette décadence , ce sont les écoles et les imitateurs de Walter Scott , de lord Byron » de Moore , de Wordsworth. Toutes les fois que les hommes se groupent autour d'un seul, ils font laveu de leur faiblesse , et perdent de leur originalité et de leur énergie. C'est une glace brisée en morceaux, dont chaque éclat renvoie la même image. Cependant , l'esprit d'imitation s'établit plus difhcUement eu Angleterre qu'en France, et comme il y aura toujours une masse de gens qui y échapperont, eu supposant quii gagne du terrain, il n'envahira pas tout.

Le domaine du classique, ou ce qu'on est convenu de nommer ainsi, est à-peu-près exploré en France. On a imité les anciens au théàire, dans la prose, et dans la poésie. Sans doute il faudrait les consulter encore et souvent, mais non adopter leurs mœurs, leur croyance, leur style, qui sont en opposition complète avec les usages et le public actuel. Pourquoi ne pas ouvrir des routes nouvelles? Pourquoi tant crier contre ceux qui vont à la découverte? Plusieurs peuvent s'égarer, mais il en est qui atteindront le but. Corneille, Kacine, Molière, Boileau, arrivant après Eotrou, Cyrano de Bergerac , Balzac , Voiture , étaient aussi

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des novateurs : où en serions-nous si on les eût

repoussés? Je prévois bieu qu'on me répondra : que les romantiques ne sont pas des Corneille, des llacine, etc.; mais ils comptent dans leurs rangs des hommes de génie, et il leur eu naîtra. D'ailleurs, ce serait en vain qu'on voudrait s'opposer au désir du siècle, il veut du nouveau u n'en fiit-il plus au monde ». La guerre entre les classiques et les romantiques est une guerre à mort; car si ce dernier parti triomphe , il vieilUra de cent ans les écrits des disciples de l'ancienne école.

Vers la fin du i8' siècle les Anglais en étaient à-

peu-prèsoù nous en somnjcs aujourd'hui. Dr^dcii, Pope , Addison , avaient naturalisé une littérature classique , empruntée moitié aux anciens , moitié aux Français , et remarquable surtout par 1 élégance et la pureté du style. Mais ni eux, ni leurs continuateurs, n'approchèrent des écrivains du siècle de Louis XIV. Malgré leurs préjugés et leur orgueil national , les Anglais ne comparent même pas Addison à Racine, ni Dryden à Molière. i^Tlie Rape of the lock\ la Boucle de cheveux enlevée, de Pope, n'a pas la [messe, l'esprit et le goût du Lutrin, et ils n'ont pas un seul poète à mettre en parallèle avec le divin La Fontaine, qui est de toutes les écoles et de tous les tenips. On avait entièrement délaissé les pièces de Shakespeare, pour le Caton d' Addison , qui eut plus de représentations de suite

que n*en avait jamais eues aucune pièce anglaisé. Mais cette poésie transplantée n avait pas jeté deprofondesracines,eUe était plutôt soutenue par la mode et par le bon ton que par Topinion ; aussi s'éteignit-elle seule sans secousses et sans efforts. On était fetigué de cette imitation des étrangers ; on voulait des productions nationales, moins épuréesy mais qui eussent le goût du terroir. On retourna à Shakespeare , k Spenser, à Chaucer même, qui, malgré sou vieux langage , a un charme extraordinaire de naturel ét de naïveté. Tous ces écrits , . si long-temps oubliés , étaient remplis de sève et de vigueur : ils inspirèrent le jeune et malheureux Chatterton. Il leur emprunta leui*s tours vieillis, leurs expressions pittoresques. Il publia sous le nom de Rowley dans la langue du 1 5* siècle des poésies très remarquables par leurs sentimeus et par leur originalité. Mais cette innovation qui conunençait une nouvelle ère en littérature n'eut pas tout le succès qu ou pouvait en attendre. On ne rendit pas justice au talent du jeune poète ; on le laissa dans la misère. Dégoûté des hommes et de la vie, il mit fin à son existence qui commençait à peine

(*) TbomM ChatterUm avait à peine dis-huit «m lorsqu'il noonit; il cachait m miaire par orgueil. Une heure aveat aa mort , il fut inriU k dtuer par iou propric'uii-e , qui aavait qu'O n'avait pat OBHUige depuii tnia jmira i il rcCnaa , monta ciiet lui , et s'empoifoima avec de rataenie. Johnaon et VTarton ont rendu un témoignage éclatant de son génie. Tona dans penaeat que a'îl eut vécu plm long-temp», il eut été le premier dee poètca an^aia.

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