CHAPITRE mVMÈME. ai
ruines étaient en harmonie avec la tristesse de son âme. 11 se sentait moins isolé , moins malheureux au milieu de si grandes infortunes. Quoiqu'il ne pressentît pas que les Grecs fussent si proches de leur délivrance, et qu'ils dussent l'entreprendre eux-mêmes, une foule de passages dans les notes de Childe Harold, font allusion à la possibilité de cette résurrection future.
D'Athènes , lord BjTon se - rendit par mer à Constantinople.. £n passant dans le détroit des Dardanelles , il essaya de traverser l*Hellespont à la nage , en commémoration de Thistoire de Léan« dre.ll partit d'Abydo8,le Smai 1810 , et atteignit Sestos au bout d'une heure cinq minutes. 1^ passage n'a guère qu'un mille de largeur ; mais la rapidité du courant le rend long et dangereux. L'eau était extrêmement froide , et ce tour de force valut à lord Byron un accès de fièvre, pendant lequel il fit une pièce de vers , qui a été imprimée dans ses œuvres : il y plaisante gaiment ' sur son mal-aise et sur l'aventure qui Ta causé. Les dernières stances du deuxième chant de Childe Harold , ont l'empreinte d'une douleur récente et profonde : ce ne sont plus des plaintes vagues , mais les accens d'un cœur qui vient d'être blessé par de nouveaux malheurs. Effectivement , lord Byron écrivit ces vers peu de temps après la mort de sa mère , arrivée en 1 81 1 . A-peu-près à la même époque , il apprit le mariage
2l4 LORD BYROjN.
de miss Chaworth, ce qui acheva de détruire
toutes ses espérances.
Plus loin lord By ron fait aussi allusion à la mort d'un ami qu'il perdit en Espagne, et dont il parle avec une profonde tendresse. (^)
ce De toutes les douleurs qui atteadeutla vieillesse quelle est la plus afireuse? Quelle angoisse imprime sur le front les rides les plus profondes ? C'est de voir chaque objet aimé ef&cé des annales de là vie, de rester seul sur la terre comme je le suis maintenant? Je m'incline humblement devant le Dieu
^^'llat is the worst of woes that wait on age ? Wbat stamps the wrinkle deeper on the brow ?
To view each loved one blotted from life's page , And be alone on earth , as I aip now.
Before the Chastcner humbly let me bow ,
(*) LliononUe J. W. , officier aux firdet , qui mourut de k fièvre i<Comibre. Je Vti conmi dis ant , la meilleure moitié de sa vie , et U plat heureuse partie de U mieme. Dans le court espace dVm moi* , i'ai perdu celle qui m'avait donnë rexistmce et la plupart de oeux qui me la rendaient supportable. Je pourrais me faire une application rigoureuse ile ce» trois vers d'Young :
« Insatiate Archer ! could iioi une suffice?
Thy shaft llcw thrice , and thrice my peace was t>)ain , And ihiicc, «TC ihrlcf yon moon had HUed lier horn. Insatiable arclicr (i) , une »eule victime ne pouvaitH'Uc te suffire?Troi» fois ta fli-cfic a vole, et trois fois mon repos acte détruit ; trois fois avant que la luinîcie eût rempli trois fois le croissant de la lune.
{Note de lord By ron, ) (l) hm Aa|l«* anMil k Mnri d»mm» Ûkh» «t mm à*mm finis.
CHAPKTAE NEUVIÈME. 2x5
qui châtie , lui offrant des cœurs divisas , des espérances détruites. Rouiez , jours inutiles ! je ue vous compterai plus ! le temps m'a enlevé tout ce qui ré-
jouissait mon âme : il a mêlé à mes plus jeunes ans tous les maux de la vieillesse. »
€ttr hearts divided and o'er liepes destroyed .
Roll on , vain days ! full reckless may ye flow , Since time bath reft whatever my soul enjoyed^ Jlnd with the ills of £ld mine eulier years alloyed.
ai6 LORD BTRON.