ONT CAUSÉ SES MALHEURS
Il S écoula UD long espace de temps entre la publication du second chant de Childe Harold et celle du troisième. Pendant cet intervalle lord Byron fit paraître la plupart des poèmes dont nous avons déjà parlé. Il se hasarda aussi à revoir Marie, quoiqu'elle ne fut plus libre, il consacra cette entrevue par des vers pleins de tendresse et de pureté. Ce ne fut qu'après sa séparation d avec sa femme et son départ d'Angleterre, quil s'occupa de la fin de son poème; aussi a-t-elle un accent encore plus prononcé que le commencement. Le poète s'y montre sans cesse à découvert Ses émotions ne lui viennent plus du dehors : elles s'échappent de son âme et obscurcissent tous les objets qui l'entourent. C'est le foyer d'un incendie qui répand au loin sa clarté lugubre. Quelquefois . il s'efforce de sortir du cercle de ses souffrances.
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niais il y retombe bientôt. Un mot, un rien, tout ïy ramène. Son génie ne lui obéit plus : il ne peut marcher que dans une seule route. Cette disposîtioD fait du poème de Childe Harold d'admirables mémoires de lord Byron. Aussi, en apprenant la mort de ce grand homme, ai-je éprouvé le besoin de le retrouver dans ses œuvres. Ces accens si énergiques et si beaux me faisaient une sorte d'illusion. Je ne pouvais croire que cette voix qui retentissait jusqu'à mon âme fût à jamais silencieuse. J'ai marqué tous les passages qui m'ont le plus émue, et j en cite ici quelque^uns parce qu'il me semble que le public partagera mes impressions, quoique hélas! malgré mes efforts, je sois bien loin d'avoir rendu tout ce que ces vers ont de sublime. Que dire d'ailleurs sur lord Byron, qui puisse mieux donner l'idée de ses malheurs et de son caractère que ce qu'il dit lui-même au commencement du troisième chant de Childe llarold.'^ £coutons-Ie parler :
« Ressembles>tu à ta mère, 6 mon bel enfant! Ada! la fille unique de mon cœur et de ma maison! quand
î$ thj face like thy iiiotlier*s , my lair cbiU !
Ada ! soie dau^btcr of my liou^c aud heart !
ai8 iMù BTmoH.
je vis pour la dernière fois tes yeux bleus, ib souriaient, nous nous quittâmes alors...., non, comme nous nous
quittons maintenant, mais avec une espérance!
Je me réveille en tressaillant : les eaux s'enflent autour de moi, et les vents remplissent Tair de leurs voix. Je pars ; j'ignore pour quelle contrée; mais l'heure n est plus où la vue des rivages d'Albion apparaissant dans le lointain, pouvait ailliger ou réjouir mes yeux.
« Encore une fois sur les eaux! Encore une fois! Et
les vagues bondissent sous moi, comme un coursier qui reoonnatt son maître! Salut à leur mugissement!
£n quelque lieu qu'elles me conduisent, je m'aban-
When last I saw thy youug blue eyes they smiled. And then we parted, — not as now we part.
Bat with a hope. —
Awaking wîdi a start.
The waters heave around mc ; and on high The winds lift up their voices : I depart , Whither I know not; but the hour's gone by > When Albion's lesseningshores could griere orgbidimneeye.
Once more upon the waters ! yet once more I
And the waves l)onnd beneath mc as a steed That knows his rider. Welcome, to their roar ! j^wift be their guidapce^ wheresoe'er it leadl
CHAPITH£ DIXIÈME. 219
donne à elles. Quand le mât à demi brisë tpcmblerail comme un roseau; quand les lambeaux de la voile dédiirëe seraient emportés par les vents, je poursuivrais encore ma course vagabonde : car je suis comme l'algue inutile détachée du rocher, et lancée sur l'écume de rOcëan, pour voguer à la merci des vagues houleuses, en tout lieu où règne le souffle de la tempête.
« CVst pour crëer,et pour vivre en créant d'une vie plus forte, que nous prêtons un corps à nos rêveries, puisant une nouvelle existence dans celle que nous donnons, comme je Téprouve moi-même, maintenant. Que suis-je? Rien. Mais il n'en est pas ainsi de toi, âme de ma pensée! Avec toi, je traverse la terre; tu
ThougYi the strain'd mast should quiver as a reed. And the rent canvu fluttering strew the gale , Still must I on ; for I am as a weed,
¥1uiig from the rock , on Ocean's foam , to sail Where'er the surge may sweep, the tempest's breath prevail.
Tis to create , and in creating live
A being more intense, that we endow With form our iaucy , g^i^^g ^ >ve give The life we image, even as I do now.
Whataml? NotUDg;lHit not loart thou.
•220 LORD BYROIS.
es invisible, mais contemplative. C'est ton esprit qui
m'embrase : étroitement uni à toi, c'est par loi que je sens encore, quand toutes mes autres sensations sont éteintes.
vn.
v Cependant, il me faut penser avec moins dVgarement : J'ai peusë trop long-temps et trop lugubrement, jusqu^à ce que ma téte se soit perdue dans le chaos qu'elle avait créé, abîme dévorant de déHrr et de flamme. Inliabiie dans ma jeunesse à dompter mon cœur, les sources dema vie furent empoisonnées. Il est trop tard! Et pourtant je ne suis plus le mémo, quoiqu'il me reste encore assez de force pour supporter ce que le temps ne peut détruire, et pour me nourrir d'amertume sans accuser le sort.
Sotil of iny thouglit ! with >vhom I traverse earth , Invisible bat gazing , as I glow Mix'd with thy spirit , blended with thj birth , And feeling still with thee in my crashed feelings' dearth*
Tet must I think less wildly : I hope thought
Too long and darkly , till my brain became, Id its own eddy boiling and overwrought ^ A whirling gulf of phantasy and flame : And thus , untaught in youth my heart to tame , My springs of life were poison'd. Tis too latef Yet am I chang'd ; though still enough the same In strength to bear what time cau not abate , And feed on bitter fruits without accusing Fate.
CHAPITR£ DIXlir.ME. 221
vm.
« Mais c*est trop en parler.... Ce sont des ombres
du Passé; il appose sur elles son sceau silencieux. Harold reparait enfin après une longue absence. Lui qui voudrait ne plus rien sentir; dont le seiu est déeliiré par des plaies qui ne tuent pas, mais qui sont incurables. Le temps qui change tout, avait altéré son âme et ses traits. Les années dérobent du iéu à notre esprit, comme de la vigueur à nos membres, et la coupe enchantée de la vie ne pétille qu au bord.
ce II but la sienne avec trop d'avidité, et il trouva au fond une Ue d'absinthe: mab il la remplit de nou-