‹ Lord ByronChapitre 83 sur 116 · CHAPITRE DIXI^IME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXI^IME

Il est impossible de traduire littéralement cette

phrase, et cependant rien ne donne mieux l'idée de cette espèce de sympathie poétique qui existe entre les montagnes et le ciel. Qui n'a vu aussi la pluie d orage descendre en gouttes larges et pressées qui bondissent sur la terre comme animées de joie?

Et qu'on se garde bien de confondre ces expressions qui rendent si juste le sentiment du

poète avec ces mots boursoufllés qui coûtent tant de pdne et de travail à leurs auteurs et qui ne peignent rien. Lord Byron ne cherche pas; ses émotions sont si fortes et si vraies qu'elles se font jour, et trouvent un langage. Il en est pourtant que lui-même ne peut exprimer.

c Si je pouvais, dit-il, donner un corps à ce qu'il y a en moi de plus intime, si je pouvais en décharger mon sein, si je pouvais prêter une voix à mes pensées et enfermer en un seul mot , mon âme, mon cœur, mon esprit, mes passions, mes sentimens, dans leur force ou dans leur faiblesse; tout ce que j'aurais voulu

Gofdcl I embodj and nnbosom now

That which is most within me, — could I wreak

My thoughu upon expreuion, and thus throw

Soul, betrt, mind, pâmons, feelings, strong or wesk^

!l4'^ LORD BTRON.

trouver, tout ce que je cherche, tout ce que je souffre 9

ce que je sais , ce que j'éprouve sans mourir, et quand ce mot serait la foudre , je le dirais; mais faute de ce seul mot, je vis et je meurs sans avoir été compris, avec une pensée qui ne peut trouver de voix, la renfermant en moi comme l'ëpée dans le fourreau. »

On croit avoir vu tous les replis de l'âme de lord Byron , et tout-à-coup il nous apprend qu'il nous cache encore de terribles secrets. Lâi nature humaine est tellement bizarre , tellement inexpli* cable,qu*elle se dérobe sans cesse à nous : elle renferme des mystères dont Tintelligeuce nous échappe , et peut-être qu'un des plus grands charmes de cette étude est son vague et sou obscurité.

La vue de Clarens réveille, dans Fâme dUarold,

ime foule de sensations délicieuses. Cette terre d'amour s'embellit pour lui des souvenirs de Rousseau et de ses immortelles créations.

En finissant le troisième chaut de son poème , lord Byron recommence à parler de lui-même.

AU that I would have sought, aud all I seek, fieàr, know, feel, and yet breathe — ^into one word. And that one word were lightning , I would speak;

But as it is, I live and die uiihiaid.

With a most vuiccks* thought, sheathing it as a sword.

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