COEZ LES ANGLAIS. LES DEUX PREMIERS CHANTS
DE DON JUAN. DISPUTE UTTÉRAliU: SUR POPE.
DÉCLARATION DE LORD BTRON EN PAVEUR DE LA UlTÉRATURE CLASSIQUE.
Venise est la patrie de la mollesse et de loisi- . veté : la chaleur du climat, le vent, appelé sirocco^ qui règne tout Tété , ahatlenl et aiïaiblissent. On tombe dans Tapathie. Ces palais majestueux dont les habitans , déchus de leur grandeur passée , ne sont plus que les ombres des anciens nobles Vénitiens; les gondoles qui glissent mystérieusement sur les canaux. ; cette population qui se meut sans bruit : tout réduit l'existence à un demi sommeil. La contagion des mauvaises habitudes , des mauvaises mœurs, del indolence et de la volupté, y est insensible et rapide. L'air qu'on respire est empoisonné y les exemples qui se multiplient sou^ les
a88 LORD BTRON.
yeux sont corrupteurs. Tout invite au plaisir : tout
assiégé l'ùme. Il n y a d'activité que dans les passions. Pressé de toutes parts par cette pernicieuse influence, lord Byron ne put s'y soustraire : il s'opéra en lui un changement très remarquable. U avait vu la vie de son coté sévère et désolant ; toutà-coup y elle lui apparut sous un autre aspect. Ce n'était pas qu'il trouvât la vertu plus conunune, les hommes plus estimables; mais il sembla sé reprocher d'avoir pris au sérieux ce qui n'était que ridicule : il se mit à étudier le côté plaisant des caractères et des événemens ; et il trouva partout des sujets d'ironie. U conçut alors le projet d'écrire Don Juan, et débuta dans le genre burlesque, par Beppo , critique très spirituelle des mœurs vénitiennes. Cependant il ne faïudrait pas juger cette production d'après le goût français.
La plaisanterieanglaisediflfère essentieliementde la nôtre : tout-à-fait bouffonne , ou satirique avec amertume , elle atteint rarement un juste milieu. Cest surtout dans le comique d'une nation qu'on retrouve Tinfluence de la société, et cette influence est infiniment moins grande en Angleterre qu'en France. Aussi l'esprit anglais est-il moins fin , moins aiguisé , moins pénétrant que le notre : sa plaisanterie est lourde, ou acérée comme un poignard. Les Anglais ont cependant un genre de galté à eux qu'ils nomment humouTf et dont nous n'aurons jamais qu'une idée fort incomplète , parce