CHAPITRE DOUZiàME
qu'elle consiste dans des observations piquantes rendues avec une sorte de verve , et un bonheur d'expressions qu'on ne pourrait reproduire en français. Il en est de même du charmant esprit de Lafbntaine , de Molière , de l'ironie piquante de Piron : les mots les plus spirituels de ce dernier deviennent nuls et insigniâans dès qu'on essaie de les traduire. J'en ai quelquefois vu cités en anglais dont tout le sel s'était évaporé : on n'y retrouvait rien, absolument rien. Cela se conçoit facilement des jeux de mots , des calembourgs , des équivoques; mais on a peine à comprendre que les • idées ne puissent se rendre dans toutes les langues; l'expérience prouve le contraire.
Les sources du coniicjuc sont si variées, Teffet en est si incertain , si fugitif, qu'il est impossible de les définir d'une manière précise. Je crois pourtant qu'on peut distinguer clans la haute comédie deux genres de gaité^ celle de l'esprit et celle du génie : Regnard avait Tune, Molière possédait l'autre au suprême degré. La première naît d'une observation fine des ridicules de la vanité, oti de la société du jour exprimée avec une spirituelle ironie, et par un tour neuf et plaisant. Le dialogue est vif, semé de mots heureux : l'observateur est toujours en scène. 11 peint ce qu'il a vu en y mettant son empreinte satirique.La seconde, fondée sur une connaissance approfondie du cœur humain, traduit la nature avec naïveté. Après avoir préparé
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lea voies à ses personnages, l'auteur semble leslivrer à eux-mêmes et disparaître entièrement. Tout ce qu'ils disent alors est nécessaire à Taction , et comme la suite naturelle de ce qui a précédé. Les phrases sont simples, les mots sont ordinaires, mais si bien ameués, si fort eu barmonie avec la situation , qu'ik produisent beaucoup plus d'effet que les saillies les plus vives : tout se passe de nièine que dans la vie réelle, peut-être un peu plus fortement accentué , et le spectateur tire les conclusions des faits qu ou lui présente.
Les Anglais , plus souvent en présence d'euxmêmes que les Français , étudient plus le dcdofis que le dehors; aussi n'ont-ils point d adresse pour mettre leurs personnages en scène, lis les analvsent comme un instrument dont on expliquerait le mécanisme, au lieu d'en faire entendre les sons. Cette anatomic est mortelle à la gaîté : elle ne peut point produire des êtres vrais et vivans. Ils sont, en général, peu sensibles aux charmes de la haute comédie, ils préfèreiit la plaisanterie forte, et quelquefois grossière, de leurs fitrces^ cs^r c'est le nom qu'ils donnent à la plupart de leurs petites pièces populaires, à l'esprit fin et brillant de Sliéritlan clans X École du Scandale.
Cependant Shakespeare, a ibrce d'observer la nature, y a puisé d'admirables inspirations. Le caractère de Falslaff, le plus spirituel et le plus gai des bons vivans , est un chef-d'œuvre. Celui de fiéa-