‹ Lord Rutland est Shakespeare;Chapitre 12 sur 28 · La Tempête · texte numérisé non relu

La Tempête

On remarquera que Malone omet Titus Andronicus et Périclès — deux des trois pièces que nous attribuons à Henry Wriothesley de Southampton. Il ne sentait pas de la même main ces deux drames sauvages et sanglants.

Il serait curieux de comparer les remaniements successifs de Malone au sujet de la chronologie des drames. On remarque qu'il a fait passer le Songe d'une Nuit d'été de 1592 à 1594 ; la Mégère apprivoisée de 1594 à 1596 : le Marchand de Venise de 1594a i5gS; Roméo de iSgS à i5g6 ; Haîulet dQ 1596 à 1600; Tout est bien, etc., de 1598 à 1606 ; Henry Vllf de 1601 à i6o3 ; — et qu'il a reculé les Deux Gentilshommes de 1595 à 1591 ; Othello de 161 1 à 1604; la Douzième nuit de 1614 à 1607 ; et la Tempête de 161 2 à 161 1. C'est-à-dire que^

exceptions faites des Deux Gentilshommes et de Tout est bien qui finit bien, il s est rapproché de la vérité — qu'il a souvent atteinte ou peu s'en faut. Dans ses grandes lignes, le système de Malone est resté debout ; et s'il a pu être rectifié (autant qu'il était possible) depuis par les Knight,les Dyce,les Halliv^ell-Phiilipps,les Dowden, les Fleay, les Furness, les Morgan , etc. , ce sont les énormes matériaux accumulés par Malone et ses ingénieuses dissertations qui ont servi de base aux recherches et aux rectifications ultérieures. Au reste, des shaxperiens modernes, fascinés et dévoyés par l'illusion stratfordienne, et de plus surexcités par les assauts des baconiens, tombent parfois dans de plus grandes erreurs que Malone au sujet des premières pièces : ne voit-on pas M. Lee fiXQv Peines d'amour perdues à iSgi ou au printemps de 1692, les Deux Gentilshommes de Vérone en iSgi ou en i5g2, Roméo et Juliette en i5g2, Richard lien iSgS, (comme Malone), le Marchand de Venise en 1594 (i) ! M. Edward Dowden, du moins, est beaucoup plus prudent au sujet de ces premières pièces : il évite souvent de se prononcer, et l'on ne peut que l'en approuver. La prudence est la mère de la sagesse.

Nous avons naturellement profité des travaux de nos prédécesseurs sur lesquels nous n'insisterons pas davantage ; et l'entrée inattendue en scène de Roger Manners de Rutland permet d'expliquer et de faire disparaître leurs incertitudes au sujet des premières pièces ; mais nous devions faire ressortir ici l'importance et la diffificulté des recherches auxquelles s'est livré Malone, trente années durant, pour fixer approximativement la chronologie.

(i) Charles Knight, au dernier chapitre de ses Études sur Shakspere (i85i), va plus loin encore que M. Sidney Lee : il fait remonter Titus And-ronicus k i585 ; et, entre -1585 et iSgS, place

Mais, avant de laisser la chronologie (i), il faut dire un mot de l'étonnant passage qu'on trouve au premier chapitre du William Shakespeare de Victor Hugo. En voici quelques extraits particulièrement erronés :

« En 1689, pendant que Jacques VI d'Ecosse, dans l'espoir du trône d'Angleterre, rendait ses respects à Elisabeth, laquelle deux ans auparavant, le 8 février 1687, avait coupé la tête à Marie Stuart, mère de ce Jacques, Shakespeare fit son premier drame, Périclès... En lôgô, pendant que Clément VIII, à Rome, frappait solennellement Henri IV de son bâton sur le dos des cardinaux du Perron et d'Ossat, il fit Timon d'Athènes. En lôgô, l'année où Elisabeth publia un édit contre les longues pointes des rondaches, et où Philippe Il chassa de sa présence une femme qlii avait ri en se mouchant, il fit Macbeth... En iSgg, pendant que le conseil

TituSy la première esquisse d'Hamlet, les trois Henry VI, les Deux Gentilshommes de Vérone, la.Comédie des Erreurs^ Peines dWmour perdues, Tout est bien qui finit bien, et la Mégère apprivoisée ! Le chapitre offre d'ailleurs d'intéressantes considérations, et des tâtonnements qui ont eu leur utilité, car si l'on y trouve aujourd'hui des erreurs, on n'y relève cependant pas de légèretés. L'esprit anglais a toujours quelque chose de solide et de véritablement sérieux.

(i) L'édition annotée des œuvres shakespeariennes (10 vol.) publiées par Malone en 1790 porte en librairie et en antique le nom de Premier Variorum ; l'édition fut rééditée en i8o3 (21 vol.). En i8i3, un an après la mort de Malone, son disciple James Boswell publia le deuxième Variorum ; et en 182 1, Boswell publia le fameux troisième Variorum avec des notes nouvelles. — La monumentale édition (non encore achevée) de H. Horward Furness de Philadelphie a été entreprise en 1871. Quinze volumes ont paru de cette édition qui n'a rien de comparable dans aucune littérature. Chacun des volumes, qui sont énormes, renferme en notes, au bas des pages, toutes les observations philologiques et littéraires qui ont été faites sur le texte par les différents commentateurs depuis trois siècles, — et en annexes tous les jugements d'ensemble portés par les critiques ! VHamlet a deux volumes. Quand celte grande édition américaine sera terminée, elle pourra dispenser à la rigueur de consulter toutes les autres qu'elle englobe; et l'ordonnance des matériaux est aussi claire qu'elle est complète.

privé, à la demande de Sa Majesté, délibérait sur la proposition de mettre à la question le docteur Hayward pour avoir volé des pensées à Tacite, il fit Roméo et Juliette... En 1602, pendant que, pour obéir au pape, le roi de France, qualifié « renard du Béarn » parle cardinal neveu Aldobrandini, récitait son chapelet tous les jours, les litanies le mercredi et le rosaire de la Vierge Marie le samedi, pendant que quinze cardinaux, assistés des chefs d'ordre, ouvraient à Rome le débat sur le molinisme, et pendant que le Saint-Siège, à la demande de la couronne d'Espagne, « sauvait la chrétienté et le monde » par l'institution de la congrégation « de Auxiliis », il fit Othello... En 1609, pendant que la magistrature de France, donnant un blanc-seing pour l'échafaud, condamnait d'avance et de confiance le prince de Condé « à la peine qu'il plairait à Sa Majesté d'ordonner », il fit Troïlus et Cressida... »

Parfois, sans doute, le grand poète des Châtiments et de la Légende des Siècles, a frappé juste ou s'est rapproché de la vérité, comme dans le cas suivant : « En 1606, dans le temps où Jacques P'' d'Angleterre, l'ancien Jacques VI d'Ecosse, écrivait contre Bellarmin le « Tortura torti » et, infidèle à Carr, commençait à regarder doucement Villers, qui devait l'honorer du titre de « Votre cochonnerie », il fit Coriolan »; mais on n'en reste pas moins stupéfait devant les erreurs accumulées par Hugo. La stupéfaction redouble quand on lit la phrase suivante :

« Les dates que nous venons d'indiquer, et qui sont groupées ici pour la première fois, sont à peu près certaines ; cependant quelque doute persiste sur les années où furent non seulement écrits, mais même joués Timon d'Athènes, Cymbeline, Jules César, Antoine et Cléopâtre, Coriolan et Macbeth. »

Ne croit-on pas rêver? Groupées ici pour la première

fois ! Le livre d'Hugo parut en 1864 — et le système de Malone remonte à 1778, à 1790, à i8o3, à i8i3, et à 1821 ! Victor Hugo n'en avait donc rien lu ? Sans doute, Malone a commis des erreurs; mais ces erreurs sont dix fois moindres que celles d'Hugo î Malone place Timon d'Athènes en lôio et l'approximation est en somme suffisante, bien qu'on soit aujourd'hui tenté de la placer vers 1607, Timon étant une des pièces qui parurent pour la première fois dans le Folio de 1623 et ne furent pas jouées du vivant de l'auteur; mais, après les travaux de Malone, placer en i595, sans fournir l'ombre d'une preuve, cette pièce qui, par tous ses caractères et notam.ment par son mètre poétique, révèle l'époque de la maturité, c'est de la fantaisie et de la légèreté. Le génie de Victor Hugo n'est pas ici en cause ; mais, si grande que fût son érudition, elle est parfois restée superficielle, et compromise encore par le souci de produire des effets imprévus, et de viser à l'universalité. Hugo oublie parfois le mot de Buffon : la patience est la moitié du génie. D'aussi grands que lui s'en sont mieux souvenu, car, si l'on étudie, par exemple, les brouillons qui restent des plus beaux thèmes musicaux d'un Beethoven, tel celui du chœur de la Neuvième Symphonie, on constate que si l'inspiration est un don qui ne s'acquiert pas, il arrive cependant qu'un travail acharné la rectifie et tout ensemble la double. Mais faut-il dire qu'en matière d'érudition, la patience est toujours indispensable ? Malone place avec raison en 1606 Macbeth^ qui ne parut d'ailleurs qu'en 1623 ; et Hugo, sans qu'on sache pourquoi, et en dépit des raisons si minutieusement déduites par Malone, en dépit aussi de la physionomie d'une oeuvre qui a tous les caractères de la maturité, la place en iSgô — l'année où Elisabeth lance un édit contre les longues pointes des rondaches, où Philippe d'Espagne

chasse de sa présence une femme qui avait ri en se mouchant! Ces détails permettent de produire d'intéressants contrastes, sans aucun doute; mais avec son étonnante imagination, le grand poète en eût bien trouvé d'autres — s'il avait d'abord pris la peine de se faire traduire Malone. Nous croyons devoir faire ces rectifications parce que le William Shakespeare de Victor Hugo, malgré ses erreurs énormes, renferme des pages géniales qui Font rendu populaire; le danger est d'autant plus grand ! Notre culte pour le Vates de la démocratie moderne n'exige pas que son glorieux pavillon puisse couvrir maints ballots de marchandises frelatées. Il n'exige pas qu'on admette que « quelque doute persiste sur les années où turent non seulement écrits, mais même joués. Timon d'Athènes, Cymbeline, Jules César, Antoine et Cléopâtre, Coriolan et Macbeth » — quand aucun de ces drames, sauf Macbeth et Cymbeline^ ne fut joué du vivant de l'auteur !

Enfin, notre culte n'exige pas que nous nous abstenions de relever un passage révoltant d'injustice — prouvant trop, hélas 1 que, malgré son incontestable connaissance de la littérature universelle, et ses éclatants étalages d'érudition, Victor Hugo ne connaissait guère de la question « shakespearienne » que les remarqua" blés travaux de traduction et de vulgarisation publiés par son fils (i). Il ose écrire qu'Edmond Malone était un imbécile ! Voici le passage :

(i) Victor Hugo s'inspira sans doute de Rutland-Shakespeare en i83o, comme tous les hommes de théâtre de son temps ; il le lut dans la traduction ou la revision de Letourneur qu'en avait faite Guizot dès 1821 ; mais s'en inspira-t-il profondément ? Bien moins qu'on ne croit à première vue ! Alfred de Musset seul le connut et le sentit vraiment — sans l'imiter cependant, exception faite peut-être de Lorem^accio. Hugo chercha surtout dans l'auteur d'Hamlet une autorité qui justifiât ses hardiesses de réformateur;

« Un imbéciie, Malone, commenta ses drames, et, logique, badigeonna son tombeau. II y eut sur ce tombeau un petit buste d'une ressemblance douteuse et d'un art médiocre, mais — ce qui le rend vénérable — contemporain de Shake-

mais — sans compter qu'il le vit trop à sa ressemblance — il n'a guère fait que haussera la dignité littéraire le mélodrame de Pixérécourt, revu à travers quelque chose des héros de lord Byron qui fascinaient alors TEurope. Nul, à notre sens, ne l'a si bien dit en peu de mots précis que M. Gustave Lanson, l'homme qui tient aujourd'hui le mieux dans ses mains la synthèse de l'histoire de la littérature française : « Le Giaour, Lara, le Corsaire, ces incarnations de la sensibilité misanthropique de Byron, sont les modèles d'après lesquels nos robustes et bien portants poètes, le joyeux Dumas, le solide Hugo, ont dressé le type de leur héros... Ils ne s'aperçoivent pas de l'absurdité qu'il y a à loger ce type poétique dans une époque historique connue et caractérisée. Encore y a-t-il plus de bons sens à montrer un Antony dans la vie contemporaine, parce qu'Antony représente au moins un état de l'imagination française en i83o. Mais un Didier au temps de Louis XIII, entre Richelieu et Marion de Lorme, voilà qui est fort ! Et V. Hugo ne s'est pas lassé de répéter ce type qui n'était même pas une expression sincère de sa propre personnalité... Cela suffirait à marquer combien l'invention psychologique de V.Hugo est pauvre. Tous ses caractères sont d'une simplicité élémentaire: ils tiennent dans de sèches formules, qui sont en général des antithèses... Il marque la maigreur psychologique de ses personnages par les mêmes procédés : l'incognito d'abord, la reconnaissance, les conspirations, l'émeute à la cantonade, etc. Hernani, Gennaro, Otbert, Rodolfo ont une « fatalité » de contrebande : ils ne sont pas mystérieux, ils ne sont que déguisés. Les Burgraves sont une cascade de reconnaissances... Abstraits dans leurs caractères, les drames de V. Hugo sont enfantins par l'action. Il est loin d'avoir l'instinct scénique de Dumas... Les drames de V. Hugo ont été sauvés par le lyrisme du style, etc. *

La vérité, c'est que Hugo, même au théâtre, reste l'énorme poète lyrique qui introduit sans cesse ses magnifiques tirades, sans souci des caractères et de l'action dramatique. Le plus grand génie ne peut avoir qu'un domaine où il soit vraiment supérieur — et universel. Chez Hugo, c'est le Lyrisme prophétique, tout fait de contrastes retentissants ; le poète ne s'en dépouille ni dans ses drames ni dans ses romans qui restent des visions en prose d'apocalypse, et qui en portent la peine, ce tour d'esprit étant en contradiction avec la nature même du roman et du drame. En 1864, l'auteur d'Hernani avait depuis longtemps et pour jamais aban-

speare. C'est d'après ce buste qu'ont été faits tous les portraits de Shakespeare qu'on voit aujourd'hui. Le buste fut badigeonné. Malone, critique et blanchisseur de Shakespeare, mit une couche de plâtre sur son visage et de sottise sur son œuvre. »

Le dernier trait serait plus spirituel s'il était juste — et s'il était de Victor Hugo. Ce n'est qu'un emprunt, utilisé sans discernement. Le grand poète qui — contrairement à Alfred de Musset, par exemple — ne savait que fort peu d'anglais, se sera sans doute fait lire par son fils François-Victor, à Marine-Terrace ou à Hauteville-House, maints documents curieux, et aura fait son profit du quatrain suivant qu'un ennemi de Malone inséra en 1798 dans la revue The Gentlemen Magasine :

Stranger, to whom this monument is shewn, Invokethe poet's curse upon Malone, Whose meddling zeal his barbarous taste betrays, And daubs his tombstone, as he mars his plays.

« Etranger, à qui l'on montre ce monument, invoque la malédiction du poète contre Malone, dont le zèle indiscret trahit le goût barbare, et (qui) badigeonne sa tombe commre il gâte ses pièces. »

Si riche qu'il fût de son propre fonds, le poète des Quatre Vents de l'Esprit a fait plus d'un emprunt sem-

donné le théâtre, lorsqu'il écrivit, pour dire indirectement ce qu'il aimait qu'on pensât de lui, ce livre intitulé William Shakespeare qu'on a appelé un quinconce dont chaque avenue conduit au buste d'Hugo : il eut beau y prodiguer des pages d'un style qui n'est qu'à lui, il n'eut pas besoin de sonder mieux que jadis les points de la question pour le but spécial qu'il se proposait. Mais il aurait dû s'abstenir au moins d'attaquer un homme dont l'œuvre lui était presque inconnue — et ne pas s'occuper de la chronologie des drames. Sa légèreté et son injustice sont d'autant plus inconcevables qu'en 1864, d'énormes discussions s'étaient produites — et que la théorie baconienne était née !

blable à la littérature anglaise. Comme l'a dit quelqu'un, quand on construit un monument comme la cathédrale de Cologne, on peut bien voler la flèche d'une petite chapelle inconnue. Il arrive qu'un écrivain obscur sort relativement de l'ombre parce qu'un homme de génie a daigné lui prendre un trait et l'a mis en valeur. L'abbé Cottin serait-il presque devenu un proverbe, s'il n'avait eu la chance d'être embroché par Boileau ? Le droit de Victor Hugo, est donc absolu — mais il faut regretter qu'en l'occurrence il en ait fait un si déplorable usage ! Ce que nous avons dit d'Edmond Malone nous dispense de le défendre, et l'agression d'Hugo n'est regrettable que pour l'agresseur. Malone, il est vrai, fit badigeonner le buste de Stratford; mais s'il eut même tort — s'ensuit-il donc qu'il soit un « imbécile »? A toutes les erreurs d'Hugo que nous venons de relever peuvent s'en ajouter deux autres: où Hugo a-t-il vu que le buste, qu'il trouve avec raison d'une ressemblance douteuse et d'un art médiocre, était contemporain de « Shakespeare »? On sait déjà ce qu'il faut en croire ! Et d'où Hugo tenait-il que tous les portraits de « Shakespeare » ont été faits d'après ce buste? De quelque point de vue qu'on se place — shaxperien, baconien ou rutlandien — cette extraordinaire opinion est également et doublement fausse ! En eff'et, ce buste ne remonte, on l'a vu, qu'au dix-huitième siècle — et les portraits de« Shakespeare» que nous ont fabriqués certains peintres depuis cent et cinquante ans, rappellent plus ou moins, en général, la gravure du Folio de 1623 — jamais le buste ! La gravure, toute médiocre qu'elle soit, a pu, faute de mieux, inspirer les faussaires ; mais le buste est tellement déroutant et ridicule que personne n'a osé s'en inspirer (i).

(i) Pour les prétendus portraits de l'auteur d'Hamlet, voir la revue illustrée The Connoisseur h partir d'août 1909. Le fameux

Une autre méthode, qu'on peut appeler la méthode métrique, employée avec circonspection, a confirmé dans son ensemble le système chronologique d'Edmond Malone.A cette méthode ont particulièrement attaché leurs noms M. Furnivail, M. Edward Dowden, professeur à r Université de Dublin, et M. Aldis Wright, éditeur du Catnbridge Shakespeare, — On lira d'abord avec profit sur ce sujet The History of English Rythms du docteur Guest.

A la fin du seizième siècle, les règles de la prosodie anglaise étaient assez peu fixées. Généralement, Tauteur d'Hamlet a employé, quand il a écrit en vers, ce qu'on appelle souvent le mètre héroïque, où chaque vers se scande en dix syllabes, alternativement accentuées. Nous empruntons les exemples suivants :

The sailors sought for safety by our boat.

(Comedy of Errors I, i .)

Ces vers ne sont pas seulement réguliers, mais chacun renferme pour ainsi dire une pensée complète. Tels ceux du début de Peints d'amour perdues :

Letfame, that ail hunt after intheirlives

Live registered upon our brazen tombs,

And then grâce us in the disgrâce of death ;

When, spite of cormorant devouring Time,

The endeavour of this présent breath may buy

That honour which shall bâte his scythe's keen edge,

And make us heirs of ail eternity.

portrait dit « Janssens », dont on ne connaissait que le mezzotinte de Richard Earlom, se trouve là reproduit pour la première fois d'après l'original, en possession à l'heure actuelle de Lady Guendolen Ramsden. Dans le numéro d'avril 1910 on voit une reproduction en couleur du portrait Ashbourne ; l'original appartient à M. R. Levine, Esq. Le prétendu Shaxper y frôle de l'avantbras un crâne humain déposé sur une table d'un rouge vif.

Le lecteur à qui échappent le sens et la musique de ces vers peut cependant, ne fût-ce que par la ponctuation, se rendre compte de leur régularité et du fait que chacun renferme en quelque sorte une pensée distincte.

Mais, peu à peu, l'auteur s'affranchit de cette régularité: non seulement il mêle de la prose au vers (toujours avec un à-propos judicieux) mais il modifie, il brise le rythme du vers dit héroïque, soit en le coupant d'une manière différente :

Twelve years since, MJranda, twelve years since ;

{La Tempête j I, 2.)

soit, chose plus fréquente, en y ajoutant des demi-vers brisés ou des pieds encore plus courts :

The misérable hâve no other médecine,

But only hope ;

Pve hope to live, and am prepared to die ;

{Mesure pour Mesure, m, i.)

soit enfin en employant fréquemment des doubles terminaisons — très rares dans les premières pièces :

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