‹ Lord Walpole à la cour de FranceChapitre 112 sur 271 · JALOUSIE DE M. LE DUC ET DE DE PRIE · texte numérisé non relu

JALOUSIE DE M. LE DUC ET DE DE PRIE

leurs intérêts : ce serait par elle, à l’abri du nom et du pouvoir apparent de M, le Duc, qu’ils continueraient à gouverner l’État. Aucune princesse ne leur sembla devoir mieux remplir ces conditions que Marie Leczinska : nul doute qu’elle n’acceptât leur programme, en même temps que le mariage inespéré qu’ils lui procuraient *. M. de Fréjus resta complètement neutre dans cette affaire, soit qu’il ne voulût pas repousser ce mariage, au moment où la France entière réclamait une reine à grands cris, soit que d’un autre côté il trouvât des inconvénients à recommander une princesse que la différence d’âge et d’autres considérations pouvaient un jour rendre peu agréable au roi. Louis XV se laissa faire avec la docilité la plus parfaite, et la cérémonie eut lieu sans qu’il montrât ni répugnance ni empressement

1. Elle (madame de Prie) fit la reine, comme je ferai demain mon laquais valet de chambre. (D’Argenson, Mémoires, t. I, p. 60.)

2. Ce fut lord Waldegrave, qui succéda plus tard à Walpole en qualité d’ambassadeur à Paris, que le roi d’Angleterre nomma pour venu- complimenter Louis XV sur son mariage.

CONTRE M. DE FRÉJUS

<{ On crut généralement que là reconnaissance de la nouvelle reine se bornerait à la seule personne de M. le Duc, qu’elle pénétrerait aisément le caractère artificieux et rapace de madame de Prie et de Duverney et que la différence d’âge et de beauté qui existait entre elle et le roi l’engagerait à s’appuyer sur des amis sûrs et dévoués, au lieu de s’abandonner à des gens qui ne se feraient aucun scrupule de se prêter à toutes les fantaisies du roi, quelque blessantes pour elle qu’elles pussent être. La vertu et la probité bien connues de M. de Fréjus devaient la porter à rechercher son amitié, afin que la grande influence de ce prélat pût disposer en sa faveur le cœur de son jeune époux et la mettre ainsi à l’abri des entreprises d’une rivale. Tout cela sautait aux yeux, et la nomination de Fleury à la place de grand aumônier devait encore faciliter un rapprochement avec lui, dès que la reine le voudrait. Mais madame de Prie n’avait rien négligé de son côté : elle avait su gagner toutes les personnes à qui leurs fonctions devaient donner accès près

Page 1