ICO JALOUSIE DE M. LE DUC ET DE DE PRIE
de Marie Leczinska, dès son arrivée à la cour, et la garde se trouva si bien faite autour de cette princesse, qu’à l’exception des créatures de madame de Prie, personne ne pouvait s’adresser à elle sans qu’on lui coupât aussitôt la parole. La reine, il est vrai , ne tarda pas à s’en fatiguer et à se plaindre de subir ainsi un blocus en règle, mais elle ne fît malgré cela aucune attention à M. de Fréjus et se contenta de lui témoigner les simples égards dus à ses fonctions près d’elle. Elle fînit cependant par laisser entendre à quelquesuns de ses amis qu’elle détestait madame de Prie et qu’elle serait bien aise de gagner l’affection de M. de Fréjus, qu’elle commençait à savoir apprécier dignement ; mais elle ajouta qu’il lui fallait patienter encore, parce qu’elle ne savait comment s’y prendre, tant elle craignait que madame de Prie ne la mît mal avec M. le Duc, auquel elle avait de si grandes obligations et qui tenait tout le pouvoir en main.
« M. de Fréjus continuait donc à remplir avec la même assiduité ses fonctions près du roi, et ne
CONTRE M. DE FRÉJUS. 161
manquait jamais de se trouver présent lorsque M. le Duc venait lui parler d’affaires. Il se montrait fort respectueux envers la reine, mais en même temps très-décidé à ne rien faire pour attirer son attention sur lui, jusqu’à ce qu’elle prît d’elle-même le parti de l’encourager dans cette voie. Le caractère du prélat n’a rien du cpurtisan ni du parasite, et il ne fait jamais un pas sans avoir la certitude d’être bien accueilli. A ceux de ses amis qui l’exhortaient à se rapprocher de ,1a reine, il répondait invariablement qu’ils ne se doutaient pas de l’état réel des choses à la cour, et il m’a souvent répété qu’en dépitde quelques avances personnelles de la reine pour gagner son amitié, il la savait toujours courbée sous le joug de madame de Prie et de Duverney, tandis que M. le Duc restait plus absorbé que jamais par ces deux personnages, malgré la clameur de réprobation de la France tout entière. Fleury était le seul qui pût lutter contre une association aussi pernicieuse, et il osa le faire en s’adressant au roi et à M. le Duc lui-même. Il déclara franchement à ce prince qu’il considé-
i6i VAINES REMONTRANCES
rait madame de Prie et M, Duverney comme les ennemis de TÉtat, et qu’il les rendait responsables de toutes les désordres, de la faiblesse et de la confusion qui régnaient dans les finances aussi bien que dans la politique, et discréditaient le gouvernement aux yeux de tous. « Mon hon- « neur et ma conscience, ajouta-t-il, me font « un devoir de vous dire loyalement ma façon U de penser ; la réputation de Votre Altesse « elle-même exige impérieusement que vous ne « subissiez pas plus longtemps la domination « de si indignes conseillers. » L’évêque prêchait dans le désert, car M. le Duc, rivé de plus en plus étroitement dans ses chaînes, prenait toujours le parti de ceux qu’il attaquait, et il y mettait une telle ardeur que M. de Fréjus et lui en sont venus souvent à de gros mots sur ce sujet. Fleury m’a appris que, récemment encore, M. le Duc lui avait répondu qu’il tenait certainement à son honneur et à sa conscience autant que lui, M. de Fréjus, mais qu’à cause de cela même il défendrait toujours des amis qu’il savait prêts à tout hasarder pour lui, même leur existence, et que