INCERTITUDES DE LA POLITIQUE FRANÇAISE
liaisons avec l’Angleterre, on l’avait récemment soupçonné d’entretenir une correspondance secrète avec l’Espagne et d’appuyer sous main les complots des Jacobiles. Une lettre de l’abbé de Montgon * à M. de Morville, contenant quelques vagues imputations à cet égard, avait été transmise à M. Robinson par M. Stanhope, pendant l’absence de l’ambassadeur, et lui avait causé au-
1. Charles- Alexandre de Montgon, fils d’un lieulehant général au service de Philippe V, et d’une mère dame du palais de la Dauphine, était né à Versailles en 1090. 11 avait commencé par servir, mais, pris d’un accès do dévotion, il avait quitté les armes pour entrer dans les ordres, en renonçant à son héritage en faveur de son frère. Bien qu’il affectât un profond mépris des richesses et des honneurs, il n’en sollicita pas moins, à son retour d’Espagne, une riche abbaye, et l’ambassadenr de France à Madrid n'ayant pu la lui faire obtenir, par l’opposition qu’y fitM.de Fréjus, il retourna en Espagne. Doué d’un extérieur et de manières agréables, mêlant l’intrigue à la dévotion, il sut plaire au roi et à la reine d’Espagne, qui l’employèrent à lâcher de rompre l’alliance de la France avec l’Angleterre; il affecta alors de refuser la place de ministre d’Etat pour demander celle d’ambassadeur <à Turin ; il aspira même au chapeau de cardinal, mais toutes ses espérances s’en allèrent eu fumée, et le pauvre abbé quitta Madrid pour revenir vivre en France, dans une retraite plus que modeste. 11 piinlia alors ses Mémoires, en neuf volumes, pour se venger de M. de Fleury, auquel il attribuait toutes ses déceptions. Ces .Mémoires, lourds et diffus, contiennent cependant quelques anecdoU's curieuses et des documents intéressants pour rhistoire de cette époque.
194 INTRIGUES DE RIPPERDA
tant d’étonnement que de douleur. Partageant du reste la bonne opinion de Walpole sur M. de Fréjus, le chargé d’affaires était allé chez ce prélat dans la soirée et lui avait fait part, avec toutes les précautions imaginables, des nouvelles qu’il avait reçues. Elles disaient que, dans une conversation avec M. Stanhope, Ripperda avait fait allusion à une négociation entamée à Madrid, sans que M. le Duc en eût connaissance, et à des propositions d’accommodement faites par des personnages très-importants de la cour de France. « J’ai été fort agréablement surpris, écrivait M. Robinson dans la dépêche où il rendait compte de ses démarches, lorsque le prélat m’a interrompu, avec un sourire franc et naturel, pour me dire : « N’est-ce pas de moi « qu’il s’agit ? ne suis-je pas ce personnage im- « portant, qui doit avoir l’honneur de réconci- « lier les deux couronnes et de forcer M. le Duc « il se jeter aux pieds de S. M. C. pour lui de- « mander pardon? Des nouvelles de ce genre « nous arrivent par tous les courriers et M. le « Duc est au courant de tous mes artifices. »