‹ Lord Walpole à la cour de FranceChapitre 160 sur 271 · QUESTION DE PRÉSÉANCE POUR LES MARÉCHAUX · texte numérisé non relu

QUESTION DE PRÉSÉANCE POUR LES MARÉCHAUX

propre signature du roi; quant aux grâces, elles ne seraient décidées qu’entre Sa Majesté et lui seul.

« Je présume, lui dis-je, que le conseil d’État sera augmenté des maréchaux d’Huxelles et de Berwick, et de quelques autres. Il me répondit qu’il avait pleine confiance dans le maréchal de Berwick, mais que la charge de commandant général des armées, qui lui était destinée, le satisferait complètement, sans qu’il eût la moindre envie de faire partie du conseil.

Quant au maréchal d’Huxelles, M. de Fréjus aurait désiré sincèrement qu’il y entrât; mais ce maréchal lui avait objecté la question du rang et de la préséance, qu’il voudrait ne pas lui disputer, mais qu’il ne pourrait lui céder. Pour moi je crois que c’est la même raison, appuyée en outre sur ses prétentions à une naissance plus illustre, qui a motivé le refus du maréchal de Berwick : « Le meilleur moyen pour « vous arranger avec le maréchal, lui dis-je, « c’est de vous faire nommer cardinal. » 11 m’avoua que vraisemblablement cela arriverait

bientôt et qu’alors le maréchal entrerait au conseil, mais que pour le moment on ne pensait pas à faire d’autres nominations.

« M. de Morville conservera-t-il son poste?

Sa réponse m’a montré qu’il en avait réellement l’intention, mais que rien n’était encore résolu à cet égard. Je lui ai dit que, s’il me permettait de lui donner un conseil, je l’engagerais à persévérer dans cette bonne intention, parce que M. de Morville, sans posséder des talents horsligne, était fort propreà tenir un emploi en souserdre; que sa seule ambition serait toujours de servir ceux qui auraient le pouvoir suprême, et que d’ailleurs, souple et actif, il s’empresserait, pour conserver sa charge, de montrer au nouveau ministre le môme dévouement qu’à M. le Duc.

Bien que, dans ses rapports avec les ministres étrangers, il ne prouvât pas autant d’ouverture ni de franchise qu’ils pourraient le désirer, il n’en avait pas moins des manières douces et agréables, avec tous les dehors d’un honnête homme. Je pensais donc qu’il pourrait être utile en travaillant sous M. de Fréjus, qui, je

l’espérais bien, garderait en main la direction des affaires, sans égal comme sans compétiteur. Dans le cas où il s’agirait de M. deTorcy, je redouterais que le souvenir, gravé dans le cœur de tout bon Anglais, de l’animosité constante qu’il avait montrée pendant son administration contre le gouvernement actuel et la succession protestante, n’alarmât assez profondément notre nation pour qu’on ne pût la rassurer, même en alléguant qu’il a changé d’opinions et de maximes politiques; malgré tout ce que je pourrais dire à cet égard, je serais toujours considéré comme une dupe. M. de Torcy, d’ailleurs, a eu sous Louis XIV la direction des affaires étrangères et la bonne opinion qu’il a de ses propres talents, ainsi que son ambition naturelle, ne le disposeraient nullement à la subordination; il serait donc moins facile pour M. de Fréjus de s’en débarrasser plus tard que de le tenir en ce moment éloigné du pouvoir. 11 n’ignorait pas non plus les principes religieux de M. de Torcy, qui étaient ceux du plus pur jansénisme, fort opposés par conséquent à sa manière de voir. Il

m’a affirmé alors, de la façon la plus solennelle, qu’il n’avait pas la moindre idée d’employer M. de Torcy, par les raisons mêmes que je lui avais exposées

« Je m’informai ensuite si je pourrais faire mon compliment à M. de Morville et lui témoigner tout le plaisir que j’éprouvais à le voir rester aux affaires. M. de Fréjus me répondit que je pouvais aller plus loin encore, et l’assurer qu’on n’avait jamais eu la pensée de l’éloigner et que M. de Fleury avait pour lui autant d’amitié que de considération. Il m’avoua alors que, malgré la réponse contraire qu’il m’avait faite dernièrement, il n’était pas encore résolu à ne pas employer M. Leblanc et

1. Fleury avait encore d’autres motifs, qui lui étaient personnels, pour tenir à l’écart le marquis de Torcy, au dire du duc de Luynes. « L’abbé de Pomponne, son ami, lui proposa de faire usage de M. de Torcy, dont il connaissait la sagesse, la réputation et les lumières. « Je n’en ferai rien, répondit M. de Fréjus : « M. de Torcy a une confiance absolue en madame de Torcy, et « vous savez qu’elle ne m’aime pas ; d’ailleurs Je connais les Gol- « bert, ils sont hauts, vous le savez : M. de Torcy ne voudrait « jamais travailler sous moi. » (Duc de Luvnes, Mémoires, t. V, p. 113.)

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