DE L’OPINION PUBLIQUE
mais comme il ne dévie jamais du plan qu’il s’est tracé, sa fermeté et son adresse finissent toujours par lui donner la victoire, sans avoir blessé personne. Pour lui rendre justice entière, je suis convaincu que le maintien de l’union entre les deux couronnes et des engagements actuellement en vigueur, est la base de ses opinions et de toute sa politique vis-à-vis de l’Europe.
c( Telles étant donc les idées et la disposition d’esprit du cardinal, il s’est rendu compte de la déconsidération qui pesait aux yeux de tout le monde sur le conseil, au temps de M. le Duc, et il a résolu, pour l’honneur du gouvernement, d’augmenter le nombre des ministres d’Etat; sa pensée s’est portée aussitôt sur les maréchaux d’Huxelles * et de Berwick. Le premier jouit
1. Nicolas du Blé, marquis d’HuxeUes, ué en 1652. Il était •d’aljord destiné à l’Eglise, mais à la mort de son frère aîné, en 1669, il prit la carrière des armes et y avança rapidement par la protection de Louvois. Il se distingua, comme lieutenant général, au siège de Philippsbourg, en 1688 ; mais, chargé de défendre Mayence en 1689 contre les Impériaux, il se vit forcé de capituler : cela ne l’empêcha point de devenir maréchal de France en 1703. Après avoir été l’un des plénipotentiaires aux congrès de Gertruydenberg et d’Utrecht, il entra au conseil de régence
LE MARÉCHAL D’IlUXELLES.
d’une grande popularité, et on le regarde généralement comme un excellent patriote et un homme de bon sens et de probité, très-dévoué à son roi et à son pays. Quant au maréchal de Berwick, le cardinal tient depuis longtemps en grande estime sa modestie, son honneur et ses talents; il lui reconnaît des sentiments dignes de sa qualité et bien supérieurs aux petites cabales de femmes et de courtisans, qu’il a toujours eues en profond mépris ;
en 1718 et présida celui des affaires étrangères; il est mort en 1730.
« C’était, dit Saint-Simon, un grand et assez gros homme, tout d’une venue, qui marchait lentement et comme se traînant, un grand visage couperosé, mais assez agréable, quoique de physionomie renfrognée par de gros sourcils, sous lesquels deux petits yeux vifs ne laissaient rien échapper à leurs regards. Paresseux, voluptueux à l’excès en toutes sortes de commodités, de chère exquise, grande et journalière; glorieux jusque avec ses généraux et ses camarades; bas, souple et flatteur auprès des ministres et des gens dont il croyait avoir à craindre ou à espérer; dominant sur tout le reste sans nul ménagement. Timide de cœur et d’esprit, faux, corrompu dans le cœur comme dans les mœurs, jaloux, envieux, avec de l’esprit et quelque lecture, assez peu instruit; en tout genre le père des difficultés, sans trouver jamais de solution à pas une; fin, délié, profondément caché, toujours occupé de ruses et de cabales de courtisan, avec la simplicité la plus composée que j’aie xme de ma vie. » (Saint-Simon, t. VII, p. 7.)