M. DE FRÉJUS
pour renverser le cardinal et il l’avait presque ébranlé ; mais sa place est maintenant occupée par un jeune homme, à qui il suffira de se mouvoir dans une sphère inférieure à celle que son prédécesseur voulait atteindre, et je ne vois pas de probabilité pour qu’il revienne à la cour.
« M. de Fréjus, précepteur du roi, passe pour un personnage considérable, possédant à la fois du crédit, de l’instruction et des talents pour les grandes affaires; il a de plus des occasions continuelles de voir le jeune monarque en tête à tête. Beaucoup de gens pensent qu’il partage les principes de l’ancien ministère et qu’en conséquence il est surveillé avec soin par le duc d’Orléans; mais don Luis d’Acunha, ministre de' Portugal en France, qui est ordinairement bien informé, assure au contraire que xM. de Fréjus a été longtemps la créature et l’espion du Régent, et que sa retraite de la cour, à l’époque de la disgrâce du vieux Villeroy, avait été parfaitement concertée avec Son Altesse royale. Ce fait m’a été confirmé par l’ambassadeur de Hollande, qui l’a découvert, il y a quel-
POPULARflÉ DU DUC D’ORLÉANS.
ques jours, dans une conversation avec M. de Morville. S’il en est ainsi, comme je le crois, dans le cas où le vieux Villeroy reparaîtrait à la cour, on ne devrait y voir qu’une preuve de la bonté du duc d’Orléans pour adoucir ses derniers jours, sans y attacher d’autre importance. Si même l’ancien chancelier ‘, l’ami du duc de Noailles, était autorisé à revenir, ce ne serait là qu’une avance faite aux jansénistes pour vexer les jésuites : deux partis que le duc d’Orléans s’efforce de tenir en balance, sans que cela touche en rien à sa politique vis-à-vis de l’Angleterre.
« Telle étant donc la situation actuelle des personnes et des choses à cette cour, je ne vois aucun motif de craindre que l’influence du parti contraire ou des impressions du dehors puissent forcer le duc d’Orléans à se séparer des intérêts du roi mon maître, dont les affaires passent ici pour être dans une haute prospérité; c’est du reste avec le plus vif plaisir que je re-