‹ Lord Walpole à la cour de FranceChapitre 42 sur 271 · Le chancelier d’Ague.aseati · texte numérisé non relu

Le chancelier d’Ague.aseati

marque le respect que tous les partis portent à Sa Majesté.

« Permettez-moi d’ajouter que le duc d’Orléans, par sa manière d’administrer depuis la mort du cardinal, gagne tous les jours en popularité : son affabilité pour tous, sa fermeté dans les dernières circonstances et l’art avec lequel il sait gouverner le peuple français, ont surpassé tout ce qu’on attendait de lui ; pour cette raison ou parce que le caractère du jeune roi, malgré son charmant visage, est loin d’annoncer pour l’avenir un grand et bon prince, il est certain que, s’il arrivait un malheur, le duc d’Orléans rencontrerait bien peu d’obstacles entre lui et le trône, au moins de la part du peuple.

« J’ai eu l’honneur d’être présenté par sir Luke Schaub à M. de Morville et de dîner avec lui. J’ai profité des compliments que j’avais à lui faire de la part de mon frère, à cause de la lettre obligeante qu’il lui a écrite dernièrement, pour lui dire comme de moi-môme, mais d’après vos instructions, combien Sa Majesté et ceux qu’elle emploie désirent la continuation de la bonne iii-

telligence avec la France. Je n’ai fait aucune mention du feu cardinal, sachant que c’était inutile à cause de la haine universelle qu’il a laissée après sa mort. On a môme parlé de lui à la table de M. de Morvillc avec la plus complète indifférence. J’ai trouvé l’occasion , après le dîner, de m’entretenir avec M. d’Armenonville, garde des sceaux, père de M. de Morville, et j’ai tâché de me conformer de mon mieux aux recommandations de Votre Seigneurie, pour mes conversations avec les ministres. Quant aux autres membres du cabinet, les circonstances ne m’ont pas encore rais en relation avec eux et je ne les crois pas assez importants pour que j’en fasse l’objet d’une démarche officielle. Sir Luke Sohaub, à la dernière réception de Versailles, m’a fait l’honneur de me présenter au duc d’Orléans : il s’est montré fort poli pour moi, mais je n’ai pas le projet de solliciter une audience particulière de Son Altesse royale avant d’avoir reçu des nouvelles de Votre Seigneurie. Je craindrais trop de donner de l’ombrage à sir Luke Schaub, à qui j’ai évité jusqu’à présent de

fournir le moindre sujet de jalousie, ni le moindre embarras.

« Bien que Votre Seigneurie ne m’en ait pas chargé, j’ai cherché, quand l’occasion s’en est offerte, à savoir au juste où en sont ici les affaires de M. Law et si on pense à le rappeler à la cour ; il est certain que la demande en a été faite au duc d’Orléans par les amis de M. Law; mais ce prince, tout en s’exprimant sur son compte en termes polis, n’a nullement encouragé cette espérance ; il a même laissé entendre que M. Law se trouvait trop compromis pour que son retour ne fût pas préjudiciable aux intérêts personnels de Son Altesse royale. Le comte Maffei m’a dit que, quand le bruit du retour de Law s’était répandu dans la ville, il avait rencontré parmi les honnêtes gens une telle réprobation que la cour avait cru devoir le démentir publiquement; maintenant que le comte de Nocé et le duc de Noailles, les ennemis de Law, ont été rappelés, la porte semble à jamais fermée pour lui.

« Cette dépêche, qui renferme tous les détails

que j’ai pu recueillir dans l’espace de quinze jours, vous sera remise par M. Thomas, qui, après avoir accompagné mon neveu, est revenu à Paris avec moi pour ses affaires; et maintenant, d’après votre recommandation, j’attendrai les ordres ultérieurs de Sa Majesté. »

Le roi George se montra extrêmement satisfait de cette première communication de Horace Walpole, et lord Townshend se hâta de l’en féliciter :

« Hanovre, 8 décembre 1723.

« Ne trouvant pas de nécessité à faire venir au Gohre‘ M. Thomas, je l’ai prié d’attendre ici notre retour, et je m’empresse de profiter de cette occasion pour vous le réexpédier. Je veux vous donner aussitôt que possible le plaisir d’apprendre combien votre relation a été agréable au roi : il s’est exprimé sur votre compte de la manière la plus aimable et la plus affectueuse, en

1. Maison de cliasse favorite de George I«f, située sur les bords de l'Elbe.

déclarant qu’il n’avait jamais reçu un rapport plus satisfaisant sur les hommes et les affaires de la cour de France. »

Walpole avait donc trouvé le duc d’Orléans, de régent devenu premier ministre, en possession de l’autorité la plus absolue; Louis XV, alors dans sa quatorzième année, avait été déclaré majeur en 1722, et, après son sacre à Reims, il avait pris ostensiblement les rênes de l’État. Rien n’annonçait encore, dans ce prince faible et maladif, cette santé robuste qui lui permit d’affronter dans la suite des fatigues de toutes sortes; il portait la plus vive affection à son précepteur Fleury, qui le quittait rarement; mais le futur cardinal se tenait discrètement dans l’ombre, et le poids des affaires retombait en entier sur le duc d’Orléans. Les autres membres du cabinet n’étaient que des hommes d’une capacité médiocre ou des jeunes gens qui, sans manquer de talent, n’apportaient dans l’exercice de leurs fonctions ni instruction ni expérience. La composition de ce ministère entrait d’ailleurs dans les vues du feu cardinal et du duc d’Or-

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