PASQUINADE
Monsieur? lui dit celui-ci. Je suis, il est vrai, ministre de la guerre, mais, en fait de troupes, je n’ai jamais vu que le régiment qui a traversé Limoges lorsque j’y étais intendant. »
« Pour moi, s’écrie Dodun‘, le contrôleur général, j’étais conseiller au Parlement et je rapportais une cause, lorsque le duc d’Orléans a fait de moi un contrôleur général, et je vous avouerai franchement que je ne sais pas un mot de ce que j’ai à faire. »
L’ambassadeur passe enfin chez le comte de Saint-Florentin*. « Tout ce que je puis faire pour vous, dit ce dernier, c’est de vous montrer
1. Dodun, de président aux enquêtes, était passé dans les conseils de finances, où il avait eu plusieurs commissions. 11 avait de la morgue et de la fatuité à l'excès, mais de la capacité et autant de probité qu’une telle place en peut permettre. (Saint- Simon, t. XXXVII, p. 365.)
2. Henry Pliélippeaux, comte de Saint-Florentin, resta secrétaire d’État jusqu’en 1737, époque à laquelle il fut nommé garde des sceaux, en remplacement de M. de Chauvelin. 11 devint chancelier de la reine, et enfin, en 1770, il obtint le duché de la Vrillière, qui avait été refusé à son père : ce fut ainsi que ce duché fut retardé d’une génération. Son père, le marquis de la Vrillière, mourut en 1725. Le comte de Saint-Florentin n’avait que dix-huit ans lorsqu’il fut n omm é, secrétaire d’État, au commencement de l'année 1723.
la forme de nos lettres de cachet; c’est là tout ce que je connais jusqu’à présent. En voici une qui va claquemurer un malheureux prêtre à la Bastille ; c’est là tout mon emploi. Je vous ferai présent de celle-ci avec le plus grand plaisir ; remettez-la à votre maître, qui se sert des mêmes moyens pour expédier ses sujets en Sibérie. » « Voilà comment l’ambassadeur^ courant de l’un à l’autre ministre^ sans rien pouvoir apprendre^ s’en retourna à sa cour comme il était venu^. »
Plus Walpole sondait attentivement le terrain sur lequel il devait agir, plus il ressentait les difficultés de sa nouvelle position. Schaub, craignant d’être supplanté par lui, dissimulait à peine son chagrin de voir à Paris un rival aussi redoutable, appuyé par une famille puissante : il ne cessait donc de se prévaloir de sa négociation de confiance au sujet du duché, pour vanter aux ministres français l’influence de Carteret, tandis qu’il s’efforçait de rabaisser à leurs yeux
1. Cette phrase a été conservée en français dans le récit de Coie.