ANIMOSITÉ DU DUC DE CHARTRES
gloire sont tout ce qu’il aime : il a surtout à cœur de venger l’honneur de la France. Si la bigoterie et l’amour de la gloire prévalent dans les conseils, l’ancien système ressuscitera bientôt; mais j’espère et je crois même que ce ne sont encore laque des dangers lointains : il faudrait pour cela que Torcy fût rappelé, et il ne se contenterait certainement pas du rôle secondaire d’un commis. En tout cas, s’il y avait lieu de soupçonner son retour, peut-être Sa Majesté croirait-elle de son devoir d’en détourner le duc de Bourbon, en l’informant du mauvais effet qui en résulterait à ses yeux et à ceux de ses meilleurs sujets. »
Ce qui donnait le plus d’inquiétudes à Walpole, c’était l’animosité toujours croissante du nouveau duc d’Orléans contre le premier ministre ; animosité que sa mère* attisait, prétendait-on, avec une persistance inexorable. En vain les amis du prince lui représentaientils que si ces divisions fatales s’envenimaient
1. Louise-Françoise de Bourbon, duchesse d'Orléans, fille légitimée de Louis XIV^ et de madame de Montespan.
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encore avec le temps, elles pourraient devenir funestes au gouvernement du jeune monarque, qui avait usé de son droit légitime en choisissant M. le Duc pour premier ministre : rien ne pouvait apaiser ce cœur profondément ulcéré.
Walpole envisageait avec effroi le moment où, peut-être, le duc d’Orléans, oubliant ses véritables intérêts quant à sa succession éventuelle à la couronne, se jetterait dans les bras de l’Espagne pour y trouver un appui immédiat. S’il en était ainsi, l’Empereur, ayant devant lui la perspective de ces discordes civiles en France, ne manquerait pas d’en tirer avantage pour prendre des mesures capables de compromettre la paix de l’Europe. L’envoyé d’Angleterre se flattait encore que ces sujets de crainte étaient assez éloignés pour qu’il fût possible de régler auparavant les questions qui s’agitaient à Cambrai depuis si longtemps; mais cette solution dépendait entièrement de l’attitude que prendraient les cours de Madrid et de Vienne, en apprenant la mort du duc d’Orléans et l’état des affaires de France.