DE WALPOLE VIS-A-VIS DE SCHAUB
pôle demeura convaincu que l’affaire était désespérée, et il en fît part à ses frères, tout en leur demandant son rappel avec instance : «Puisque vous n’êtes pas assez forts, leur écrivait-il, pour me donner ici une position qui me délivre des obsessions de Schaub, je vous prie et vous conjure d’obtenir mon retour en Angleterre. La situation n’est plus tenable : nous avons l’air de nous espionner comme si nous étions les ministres de deux cours ennemies ; notre physionomie devient tout à fait ridicule, et avec cela notre air d’inséparables commence à faire sourire dans le monde, partout où nous allons. Schaub se montre si empressé et si obligeant pour moi : il veut tant me présenter à madame de Prie, à la duchesse de Bourbon, h toutes les personnes qui sont le plus en faveur près de M. le Duc, et avec lesquelles il se prétend intimement lié, enfîn il m’aime tant, qu’il ne peut se décider à faire une seule visite sans moi ni à m’en laisser faire une seule sans lui. Pendant ce temps-là, il a l’impertinence d’agir toujours en sens contraire de ce que je fais. Mon cœur est trop plein de
tous ces ennuis pour que je m’y étende davantage. Mais qu’on me rappelle en Angleterre 1 »
La question ainsi posée , l’honneur des deux ministres et leur prépondérance dans le cabinet se trouvaient profondément engagés. D’un autre côté, ils venaient d’obtenir un succès complet dans la discussion de l’Adresse au Parlement, et la conjoncture était favorable pour ruiner enfin le crédit de lord Carteret. Sir Robert Walpole demanda donc à son frère d’écrire une lettre ostensible par laquelle, en articulant ses griefs contre Schaub, et en montrant le préjudice que leur égalité de pouvoir devait causer aux intérêts du roi, il solliciterait l’autorisation de quitter Paris immédiatement. Horace Walpole y consentit, bien qu’avec une certaine répugnance, et le 22 mars 1724, il écrivait la lettre suivante :
«Mylord, j’ai la conviction que vous ôtes déjà persuadé de mon empressement et de tout mon zèle pour le service de Sa Majesté, dans quelque position et de quelque manière qu’il lui plaise de m’employer; mais c’est ce zèle même qui, joint à