En français dans le texte de la dépêche
cette phrase, et il m’a expliqué qu’au moment du départ du maréchal, il avait fort engagé M. le Duc à insister près du nouvel ambassadeur pour qu’il ne fît aucune démarche contraire à la renonciation jurée par le roi Philippe, et qu’il se contentât de suivre à la lettre ses instructions dans l’intérêt de la France. Le maréchal avait appris que ce conseil venait de M. de Fréjus, et la phrase en question était destinée à le lui rappeler. On aurait pu supposer que Fleury, en sa qualité de jésuite et à cause de ses anciennes liaisons avec les ministres de la vieille cour, se souciait assez peu delà renonciation dePhilippc Y et de la séparation des deux couronnes ; il est très-vrai que je ne lui en avais jamais entendu parler avant l’abdication du roi d’Espagne, mais depuis, il m’a souvent répété avec chaleur qu’il regardait ces deux actes comme la pierre fondamentale de la paix européenne, et que nous ne saurions veiller avec trop de soin à prévenir tout ce qui pourrait y porter atteinte : « Croyezvous, lui ai-je dit, que nous ayons à redouter quelque danger à cet égard? » Il m’a assuré que
non, mais que le bruit ayant couru que le roi Philippe'désirait venir en France, pour changer d’air dans l’intérêt de sa santé, bien que cette rumeur n’eût, selon lui, aucun fondement, ilavait jugé convenable de faire sentir à son royal élève tous les inconvénients d’un semblable voyage, qui ne manquerait pas de jeter l’alarme parmi les grandes puissances. Il lui avait donc conseillé d’opposer un refus formel à toute ouverture de ce genre. « On ne saurait trop, a-t-il ajouté, diriger et prémunir de bonne heure l’esprit des jeunes princes, dans toutes les questions importantes qui touchent à leur gouvernement. » Je lui ai répondu que j’avais entendu parler de tout cela, mais que les partis en France me paraissaient tellement d’accord pour repousser les entreprises de l’Espagne, tant que le jeune roi se porte bien, que j’étais convaincu qu’il n’y avait pas lieu de s’en préoccuper.
« Je n’ai pas manqué cependant, Mylord, de complimenter M. de Fréjus sur la sagesse et la prudence qu’il montre dans la direction de son royal élève ; en effet, au moindre soupçon de ce
qui peut se dire ou se faire, il s’empresse de donner à Sa Majesté l’impression qu’il croit juste sur le point dont il s’agit, et il y trouve sa récompense dans l’affection sans rivale que le roi lui a vouée. »
Fleury apprit aussi à Walpole qu’à Madrid la politique était déjà redevenue toute espagnole; que la vieille étiquette, tombée en désuétude à la cour et dans les conseils sous l’administration française, était remise en usage ; que les anciennes formalités, pour les heures de lever du roi, de ses prières, de son dîner, de ses audiences et de ses travaux de cabinet, étaient rétablies dans toute leur rigueur, et qu’en somme, la grande monarchie des Espagnes, en reprenant ses vieux errements de raideur et d’apparat, allait devenir indifférente et inutile au reste de l’Europe
L’ambassadeur ne s’en tint pas à ces premiers renseignements ; il voulut sonder à fond les idées du duc et de la duchesse du Maine, du