Ilor.-ice Walpole au duc de Newcastle, 13 mars
2. L’infante Marie-Anne-Victoire de Bourbon devint plus tard princesse du Brésil. Lorsqu’elle quitta la France, elle n’avait que sept ans; mais, quoique très-petite, elle montrait un esprit fort au-dessus de son ;lge : elle quitta Versailles en versant d’abondantes larmes. Ce fut la duchesse de Tallanl qui l’accompaçna jusqu’à la frontière d’Espagne, avec uu détachement des gardes du corps et des officiers de la maison du roi. On lui rendit tous les honneurs dus à son rang.
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aussi important ' que délicat: elle eut’ lieu à Versailles le 13. Fleury, après lui avoir recommandé le plus profond secret, lui parla longuement des circonstances qui avaient motivé le renvoi de l’Infante; il ajouta que, sans désapprouver complètement cette mesure, il blâmait la précipitation qu’on y avait mise. Il lui fît ^art enfîn de la proposition faite par le comte de Broglie et des motifs qui avaient déterminé M. le Duc â demander la main d’une princesse d’Angleterre. Il déclara alors qu’il n’approuvait point ce projet de mariage et qu’il le considérait comme désavantageux aux deux nations : « Pour ce qui regarde la France, ditil, où l’unité de religion est absolument nécessaire, je crains que l’atnée de ces princesses, élevée dans le protestantisme jusqu’à l’âge de seize ans, sous les yeux d’une mère qui, par attachement pour sa religion, a refusé la main de l’Empereur, n’en garde au fond du cœur les sentiments et le zèle, malgré l’abjuration extérieure que pourraient lui imposer les nécessités de la politique. Cet attachement secret pourrait en-
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courager les jansénistes à s’unir avec lés protestants qui restent en France, pour fomenter des troubles religieux.
« Si le roi mourait le premier et qu’elle devînt régente en conservant l’éducation de ses enfants, nul ne peut prévoir les divisions et les troubles que devrait amener un pareil état de choses.
Au point de vue politique, je ne vois pas non plus le grand avantage que la France en tirerait, ni rien qui, sans ce mariage, puisse faire présager une rupture et encore moins la guerre entre les deux nations, puisque dans l’état présent de l’Europe, leur intérêt essentiel est de vivre ensemble dans la plus étroite union et dans l’harmonie la plus parfaite. En Angleterre, fa politique, la religion et la constitution s’opposent.également à ce mariage. La France ne pouvant accepter qu’une reine catholique romaine, il serait indigne de l’honneur britannique de consentir à l’union d’une princesse du sang royal avec un souverain catholique, sans qu’elle conservât la liberté de suivre sa religion, liberté qui a toujours été garantie aux reines catholiques en An-
gleterre, depuis la réformation. Je sais aussi qu’une pareille union est contraire aux lois de la Grande-Bretagne, fondées sur l’expérience des suites fâcheuses qu’elle peut entraîner, à en juger par les convulsions terribles qu’a causées le seul fait du mariage de l’un de ses rois avec une catholique. Qu’une princesse anglaise, après avoir changé de religion, ou qu’un de ses enfants vienne à posséder des droits à la couronne d’Angleterre, ils voudraient les faire prévaloir, malgré tous les actes du parlement et toutes les renonciations de la terre ; alors les révolutions qui pourraient en résulter ou môme rester suspendues comme une menace perpétuelle, constitueraient un danger si terrible qu’il faut tout faire au monde pour l’éviter. Le peuple anglais verrait d’ailleurs d’un mauvais œil une alliance aussi intime avec une puissance voisine, considérable comme la France, de crainte qu’elle ne mît en danger ses libertés, ce qui aurait fort bien pu arriver si le feu roi Jacques Il avait accepté de Louis XIV l’offre d’une armée. Tous les partis en Angleterre n’auraient
qu’une voix contre ce mariage. Les Jacobites seraient exaspérés, parce qu’ils y verraient le coup le plus funeste qu’on puisse porter, pour le présent et pour l’avenir, aux vues du Prétendant ; les mécontents du gouvernement y trouveraient un moyen de faire de la popularité avec leurs récriminations, et les amis du système actuel dans l’Église et dans l’État regarderaient les questions de religion et de constitution comme bien plus graves que la raison politique, quelque avantageuse qu’elle puisse paraître. De tout cela, il devrait résulter des défiances, des craintes et des jalousies, qui entraveraient dans l’avenir la marche du gouvernement de Sa Majesté et l’empêcheraient de pouvoir, avec l’aide de la France, garantir la tranquillité dont l’Europe a si grand besoin. Je vous avouerai d’ailleurs que, dans les conjonctures présentes, le véritable intérêt de la France exige que le roi d’Angleterre jouisse chez lui de la sécurité la plus complète. En dernier lieu, je redouterais que cette alliance ne causât aux puissances protestantes autant de mécontentement que d’envie. Tels sont les motifs qui
me décident à penser que la France ne doit pas demander une princesse anglaise : l’apparence seule d’un refus, qui ne me paraît pas douteux, pourrait également porter un grave préjudice à notre bonne intelligence actuelle. Je sais bien que cette ouverture ne doit pas être faite officiellement à Sa Majesté par l’ambassadeur de France, mais seulement au nom personnel de M. le Duc : cependant, si elle vient à être connue, elle ressemblera fort à une demande en règle. Mon opinion, telle que je vous l’ai donnée, n’ayant pas prévalu, j’ai cru qu’il serait bon que voua pussiez représenter mes paroles, comme l’expression des sentiments de quelques hommes sensés et importants, mais sans me nommer, car j’ai fort à cœur qu’on ne fasse rien qui puisse être préjudiciable à la bonne entente des deux nations. Maintenant que vous êtes au courant des affaires d’ici, peut-être auriez-vous raison de suggérer au roi de faire à l’ambassadeur une réponse obligeante et gracieuse, comme c’est du reste l’usage ordinaire de Sa Majesté. Il pourrait lui affirmer que rien ne saurait lui
être plus agréable ni plus sympathique qu’une pareille alliance, à tous les points de vue, si la religion et la constitution anglaises la lui permettaient. 11 ajouterait que, bien que ces difficultés soient insurmontables, il n’en désire pas moins rester aussi étroitement uni avec la France que si ce mariage pouvait avoir lieu.
J’espère aussi que, si vous dépêchez un courrier, il arrivera à Londres avant que le comte de Bi’oglie n'ait pu faire d’autre communication que celle de la décision prise du renvoi de l’Infante.
« Il termina son discours en me répétant combien il était inquiet de la précipitation qu’on avait mise dans cette dernière affaire avec l’Espagne : il était fort effrayé des chances d’une rupture avec cette puissance, d’un mariage possible du prince des Asturies avec une archiduchesse d’Autriche et de tous les avantages qu’en tirerait l’Empereur. J'ai cru m’apercevoir aussi que la crainte de mécontenter le pape, qui, dans cette affaire, n’avait été ni averti ni consulté par la France, avant que le
bruit public n’en fût arrivé jusqu'à lui, n’était pas le moindre de ses soucis. Je lui ai demandé s’il ne soupçonnait pas M. le Duc de n’employer tous ces manèges que pour arriver plus sûrement au mariage de sa sœur avec le roi Louis XV : «Cela est possible, m’a-t-il répondu, mais tant que j’aurai la moindre influence sur le roi très-chrétien, je m’y opposerai de toutes mes forces. » J’ai pris alors congé de M. de Fréjus, en le remerciant cordialement de s’être montré si favorable au maintien de notre alliance et en le priant encore d’y apporter tout ce qu’il pourrait avoir de crédit et d’ardeur, car c’était là une nécessité plus urgente que jamais. Je lui ai laissé voir mon inquiétude, qui, je l’espère, n’est pas fondée, que toute cette question n’aboutît à sa disgrâce et à son éloignement des affaires : convaincu comme je le suis que M. le Duc ne perd pas de vue le projet de faire épouser sa sœur, et que s’il a laissé le bruit de sa démarche près du roi mon maître se répandre avec éclat, c’est dans l’unique but de justifier le renvoi de l’Infante, par la perspec-
tive d’une autre union utile et honorable pour Sa Majesté très- chrétienne. Au lieu de cela, s’il s’était agi seulement de déblayer le terrain pour sa sœur, cette grave mesure eût été beaucoup moins populaire en France et n’eût pas manqué de faire assez mauvaise figure aux yeux du monde*. »
Le 16 mars, Walpole recevait du duc de Newcastle la communication confidentielle des ouvertures faites au roi par le comte de Broglie et de la réponse de Sa Majesté. « Ces nouvelles m’ont causé, répond Walpole, un profond sentiment de satisfaction, de reconnaissance et de dévouement envers le roi, pour son attachement inébranlable à la religion de notre pays, tel que doit l’éprouver tout vrai protestant et tout sujet loyal. »
Il eut bientôt après un nouvel entretien avec Fleury : « J’ai trouvé, écrivait-il, M. de Fréjus rayonnant : il m’a dit qu’il se trouvait fort impatient de me voir, pour me témoigner combien il