‹ LorenzaccioChapitre 12 sur 95 · ACTE PREMIER. Scène II · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. Scène II

norées, en voilà un qui le lui dira. Ah! massacre! ah! fer et sang ! j’obtiendrai justice de vous!

GIOMO, l'épée à la main. — Faut-il frapper, Altesse ?

LE DUC. — Allons donc! frapper ce pauvre homme! Va | te coucher, mon ami : nous t’enverrons demain quelques ducats. (11 sort.) /

| MAFFIO, =— C’est Alexandre de Médicis!

| G10M0. — Lui-même, mon brave rustre. Ne te vante pas

| de sa visite si tu tiens à tes oreilles. (7/7 sort.)

| IScÈNE II. — UN MARCHAND DE SOIERIES +

| UN ORFÈVRE ouvrent leurs boutiques.

Une Tue. — Le point du j jour. — Plusieurs masques sortent d’une | : maison illuminée.

| LE MARCHAND DE SOIBRIES. — Hé! hé! père Mondella, voilà bien du vent pour mes étoffes. (17 étale ses pièces de fote.)

| L'ORFÈVRE, bézllant. — C’est à se casser la tête. Au diable leur noce! Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.

| LE MARCHAND. — Ni ma femme non plus, voisin : la thère âme s’est tournée et retournée comme une anguille. Ah! dame! quand on est jeune, on ne s’endort pas au bruit se violons.

| L'ORFÈVRE. — Jeunè! jeune! cela vous plaît à dire. On x’est pas jeune avec une barbe comme celle-là; et cependant Dieu sait si leur damnée musique me donne envie de danser! (Deux écoliers passent.)

PREMIER ÉCOLIER. — Rien n’est plus amusant. On se glissé contre la porte au milieu des soldats, et on les! voit descendre avec leurs habits de toutes les couleurs. Tiens! voilà la maison des Nasi. (Z7 souffle dans ses doigts.) Mon portefeuille? me glace les mains.

DEUXIÈME ÉCOLIER. — Et on nous laissera approcher ? PREMIER ÉCOLIER. — En vertu de quoi est-ce qu’on nous

1. Lé® : les masques. L'enfant est si féru de son sujet qu'il ne les désigne que par ce pronom admiratif; 2. Portefeuille : son carton à dessin. La suite montre que c'est un apprenti peintre.

en empêcherait? Nous sommes citoyens de Florence. Regarde tout ce monde autour de la porte; en voilà des chevaux, des pages et des livrées! Tout cela va et vient, il n’y a qu’à s’y connaître un peu; je suis capable de nommer toutes les personnes d’importance; on observe bien tous les costumes, et le soir on dit à l’atelier : J’ai une terrible envie de dormir; j’ai passé la nuit au bal chez le prince Aldobrandini, chez le comte Salviati!, le prince était habillé de telle ou telle façon; la princesse de telle autre, et on ne ment pas. Viens, prends ma cape par derrière. (I/s se placent contre la porte de la Be

L’ORFÈVRE. — Entendez-vous les petits badauds ? Je voudrais qu’un de mes apprentis fit un pareil métier!

LE MARCHAND. — Bon! bon! père Mondella, où le plaisir ne coûte rien, la jeunesse n’a rien à perdre. Tous ces grands yeux étonnés de ces petits polissons me réjouissent-le cœur, — Voilà comme j'étais, humant l’air et cherchant les nou velles. Il paraît que la Nasi est une belle gaïllarde, et que” le Martelli? est un heureux garçon. C’est une famille bier florentine celle-là! Quelle tournure ont tous ces grand: seigneurs! J'avoue que ces fêtes-là me font plaisir à moi On est dans son lit bien tranquille, avec un coin de se: rideaux retroussé ; on regarde de temps en temps les lumières qui vont et viennent dans le palais; on attrape un petit air de danse sans rien payer, et on se dit : Hé! hé! ce sont mes étoffes qui dansent, mes belles étoffes du bon Dieu, sur le cher corps de tous ces braves et loyaux seigneurs*.

L'ORFÈVRE. — Il en danse plus d’une qui n’est pas payée, ‘voisin; ce sont celles-là qu’on arrose de vin et qu’on frotte sur les murailles avec le moins de regret. Que les grands seigneurs s’amusent, c’est tout simple, — ils sont nés pour cela; mais 1l y a des amusements de plusieurs sortes, entendez-vous ?

1. Salviati. Le grand banquier, Jacques Salviati, qui n’a aucun rôle dans la pièce. Le sentiment de l'écolier est spécifiquement romantique. C{. Ruy Blas (1, 111) : ;

.… Et puis je suis de ceux Qui passent tout un jour, pensifs et paresseux, Devant quelque palais regorgeant de richesses À regarder entrer et sortir des duchesses.

2. Martelli. Guillaume Martelli qui épouse la fille de Nasi; 3. Satire discrète, mais fransparente, des négociants de la monarchie de Juillet.

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