ACTE PREMIER. Scène III
(11 sort. — La marquise reste seule avec le cardinal. — Un silence.)
LE CARDINAL. — N'est-ce pas aujourd’hui que vous m’avez demandé d’entendre votre confession, marquise ?
LA MARQUISE. — Dispensez-m’en, cardinal. Ce sera pour ce soir, si Votre Éminence est libre, ou demain, comme elle voudra. — Ce moment-ci n’est pas à moi. (Elle se met à la fenêtre et fait un signe d'adieu à son mari.)
LE CARDINAL. — Si les regrets étaient permis à un fidèle
serviteur de Dieu, j’envierais le sort de mon frère. — Un si court voyage, si simple, si tranquille! une visite à une de ses terres qui n’est qu’à quelques pas d’ici! — une
absence d’une semaine, — et tant de tristesse, une si douce tristesse, veux-je dire, à son départ! Heureux celui qui sait se faire aimer ainsi après sept années de mariage! N'est-ce pas sept années, marquise ?
LA MARQUISE. — Oui, cardinal; mon fils à six ans.
LE CARDINAL. — Étiez-vous hier à la noce des Nasi?
LA MARQUISE. — Oui, j'y étais.
LE CARDINAL. -— Et le duc en religieuse ?
LA MARQUISE. —— Pourquoi le duc en religieuse ?
LE CARDINAL. —- On m'avait dit qu'il avait pris ce costume, il se peut qu’on m’ait trompé.
LA MARQUISE. — Il l’avait en effet. Ah! Malaspina, nous sommes dans un triste temps pour toutes les choses saintes!
LE CARDINAL. — On peut respecter les choses saintes et, . dans un jour de folie, prendre le costume de certains couvents, sans aucune intention hostile à la sainte Eglise catholique.
LA MARQUISE. — L’exemple est à craindre et non l’intention. Je ne suis pas comme vous; cela m’a révoltée. Il est vrai que je ne sais pas bien ce qui se peut et ce qui ne se peut pas, selon vos règles mystérieuses. Dieu sait où elles mènent! Ceux qui mettent les mots sur leur enclumet, et qui les tordent avec un marteau et une lime, ne réfléchissent pas toujours que ces mots représentent des pensées, et ces pensées des actions.