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ACTE III. SCÈNE III

des Huit. Je me soucie des ordres d'Alexandre! Où es l’ordre des Huit?

L'OFFICIER. — C’est devant eux que nous vous menons.

PIERRE. — Si c’est devant eux, je n’ai rien à dire. De quoi suis-je accusé ?

UN HOMME DU PEUPLE. — Comment, Philippe, tu laisses emmener tes enfants au tribunal des Huit!

PIERRE. — Répondez donc, de quoi suis-je accusé ?

L'OFFICIER. — Cela ne me regarde pas. (Les soldats sortent avec Pierre et Thomas.)

. PIERRE, e” sortant. — N’ayez aucune inquiétude, mon père ; les Huit me renverront souper à la maison, et le bâtard en sera pour ses frais de justice.

PHILIPPE, seul, s’asseyant sur un banc. — J'ai beaucoup - d'enfants, mais pas pour longtemps, si cela va si vite. Où en sommes-nous donc si une vengeance aussi juste que le ciel que voilà est clair est punie comme un crime! Eh quoi! les deux aînés d’une famille vieille comme la ville emprisonnés comme des voleurs de grand chemin! la plus grossière insulte châtiée, un Salviati frappé, et des hallebardes en jeu! Sors donc du fourreau, mon épée. Si le saint appareil des exécutions judiciaires devient la cuirasse des ruffans et des ivrognes, que la hache et le poignard, cette arme des assassins, protègent l’homme de bien. O Christ! l'honneur dés Strozzi souffleté en place publique, et un tribunal répondant des quolibets d’un rustre! Un Salviati jetant à la plus noble famille de Florence son gant taché de vin et de sang, et, lorsqu'on le chôtie, tirant pour se défendre le coupe-tête du bourreau! Lumière du soleil! j'ai park, il n’y a pas un quart d’heure, contre les idées de révolte, et voilà le pain qu’on me donne à manger, avec mes paroles de paix sur les lèvres! Allons! mes bras, remuez! et toi, vieux corps courbé par l’âge et par l'étude, redressetoi pour l’action?! (Entre Lorenzo.)

LORENZO. — Demandes-tu l’aumône, Philippe, assis au coin de cette rue?

PHILIPPE. — Je demande l’aumône à la justice des

1. Huit. Cf. liste des personnages, note 4; 2. Encore des réminiscences de don Diègue.

hommes; je suis un mendiant affamé de justice, et mon hon- neur est en haïillons.

LORENZO. — Quel changement va donc s’opérer dans le monde, et quelle nouvelle robe va revêtir la nature, si le masque de la colère s’est posé sur le visage auguste et paisible du vieux Philippe? O mon père! quelles sont ces plaintes? pour qui répands-tu sur la terre les joyaux les plus précieux qu’il y ait sous le soleil, les larmes d’un homme sans peur et sans reproche ?

PHILIPPE. — Il faut nous délivrer des Médicis, Lorenzo. Tu es un Médicis toi-même, mais seulement par ton nom; si je t’ai bien connu, si la hideuse comédie que tu joues m’a trouvé impassible et fidèle spectateur, que l’homme sorte de l’histrion. Si tu as jamais été quelque chose d’honnèête, sois-le aujourd’hui. Pierre et Thomas sont en prison.

LORENZO. — Oui, oui, je sais cela.

PHILIPPE. — Est-ce là ta réponse? Est-ce là ton visage, homme sans épée ?

LORENZO. — Que veux-tu? dis-le, et tu auras alors ma réponse.

PHILIPPE. — Agir! comment? je n’en sais rien. Quel moyen employer, quel levier mettre sous cette citadelle: de mort, pour la soulever et la pousser dans le fleuve? Quoi faire, que résoudre, quels hommes aller trouver? je ne puis le savoir encore. Mais agir, agir, agir! O Lorenzo! le temps est venu. N’es-tu pas diffamé, traité de chien et de sans cœur ? Si j’ai tenu en dépit de tout ma porte ouverte, ma main ouverte, mon cœur ouvert, parle, et que je voie si je me suis trompé. Ne m’as-tu pas parlé d’un homme qui s’appelle aussi Lorenzo, et qui se cache derrière le Lorenzo que voilà? Cet homme n’aime-t-il pas sa patrie, n'est-il pas dévoué à ses amis ? Tu le disais, et je l’ai cru. Parle, parle, le temps est venu.

LORENZO. — Si je ne suis pas tel que vous le désirez, que le soleil me tombe sur la tête!

PHILIPPE. — Ami, rire d’un vieillard désespéré, cela porte malheur; si tu dis vrai, à l’action! J’ai de toi des promesses. qui engageraient Dieu lui-même, et c’est sur ces promesses

1. Celle qui avait été construite pour héberger la garnison allemande de Charles Quint.

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