SCÈNE VIII.— Entrent PIERRE STROZZI ef DEUX BANNIS. Une plaine
PIERRE. — Mon père ne veut pas venir. Il m’a été impossible de lui faire entendre raison.
PREMIER BANNI. — Je n’annoncerai pas cela à mes camarades : il y a de quoi les mettre en déroute.
PIERRE. — Pourquoi ? Montez à cheval ce soir; allez bride abattue à Sestino; jy serai demain matin. Dites que Philippe a refusé, mais que Pierre ne refuse pas.
PREMIER BANNI. — Les confédérés veulent le nom de Philippe : nous ne ferons rien sans cela.
PIERRE. — Le nom de famille de Philippe est le même que le mien; dites que Strozzi viendra, cela suffit.
PREMIER BANNI. — On me demandera lequel des Strozzi, et si Je ne réponds pas : Philippe, rien ne se fera.
PIERRE. — Imbécile! fais ce qu’on te dit, et ne réponds que pour toi-même. Comment sais-tu d’avance que rien ne se fera?
PREMIER BANNI. — Seigneur, il ne faut pas maltraiter les gens.
PIERRE. — Allons! monte à cheval, et va à SRE"
PREMIER BANNI. — Ma foi, monsieur, mon cheval est fatigué ; j’ai fait douze lieues dans la nuit. Je n’ai pas envie de le seller à cette heure.
PIERRE. — Tu n’es qu’un sot. (À l’autre banni.) Allez-y, vous : vous vous y prendrez mieux.
DEUXIÈME BANNI. — Le camarade n’a pas tort pour ce qui regarde Philippe; il est certain que son nom ferait bien. pour la cause.
PIERRE. — Lâches! manants sans cœur! ce qui fait bien pour la cause, ce sont vos femmes et vos enfants qui meurent de faim, entendez-vous ? Le nom de Philippe leur remplira la bouche, mais il ne leur remplira pas le ventre. es pourceaux êtes-vous |
DEUXIÈME BANNI. — Ïl est impossible de s’entendre avec un homme aussi grossier; allons-nous-en, camarade.
PIERRE. — Va au diable, canaille! et dis à tes confédérés que, s’ils ne veulent pas de moi, le roi de France en veut, lui; et qu’ils prennent garde qu’on ne me donne la main haute sur vous tous!!
DEUXIÈME BANNI, à l’autre. — Viens, camarade, allons souper; je suis, comme toi, excédé de fatigue. (J/s sortent.)