‹ Lorenzaccio (Lorenzino de Médicis) 1514-1548Chapitre 23 sur 64 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Aridosio, César, caché; Licido.

Aridosio. — Où dyable trouveray-je ce malheureux? Je pense qu'il sera allé au bordel, révérence parler; ô pauvre Aridosio, regarde pour qui tu travailles ainsi à crédit, à qui tu cherches amasser tant de biens ! à un qui te trahit tous les jours, qui à toute heure te donne nouveaux mensonges, et qui désire plus ta mort que sa propre vie !

César (à part). — Il y en a d'autres aussi bien que luy qui souhettent le semblable.

\mnosio. — Mais j'emporteray plustost tout en la fosse avec moy, que le luy laisser. Misère de moy, j'ay cuydé ce matin crever par les chemins, veu la fatigue de venir à pied, j'en suis demy-mort, et puis le desplaisir, si bien que je crains fort d'estre malade, et tout à

cause de... peu s'en faut que je ne Paye dict; mais qu'atten-je que je n'entre à la maison, car ce poids m'est par trop grief; et puis après j'irai chercher tant que je le retrouve, affin de le chastier selon qu'il le mérite; mais je veux ouvrir l'huys.

César (à part). — Par Dieu, il a sa bourse avecque luy.

Aridosio. — Aye, aye, que veut dire cecy? La ser rure seroit-elle bien meslée? Si je tourne deçà, c'est pis; il semble que le verrouil soyt mis en-dedans ; je sçays pourtant bien que Tibère n'a point la clef, mais je crains qu'il n'y soit plustost entré quelque larron; il faut qu'il y ait icy quelque coterye.

Lucido. — Qui est ce fol qui touche à ceste porte? ' Aridosio. — Pourquoy suis-je fol de toucher à ce qui m'appartient?

Lucido. — Oh, seigneur Aridosio, pardonnez-moy ! je ne vous avois point reconnu. Mais esloignez-vous delà!

Aridosio. — Pourquoy veux-tu que je m'esloigne?

Lucido. — Si vous aymez vostre vie, esloignez-vous.

Aridosio. — Et pourquoy?

Lucido. — Vous le pourrez voir et entendre si vous tardez trop alentour. Esloignez-vous, dis-je!

Aridosio. — Mais me veux-tu dire pourquoy?

Lucido. — Parce que ceste maison est pleine de dyables.

(Bruict dans la maison.)

Aridosio. — Hélas, qu'entens-je? qu'est-ce là?

Lucido. — Ne vous dis-je pas qu'elle est pleine de dyables ?

Aridosio. — Comment, pleine de dyables?

(Lucido crache, et ceux du logis font bruict.)

Llcido. — Ne les avez-vous ouïs?

Aridosio. — Hé, ouy.

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