Supprimée dans Larivey
Tibère. — A présent, si, la plaisanterie me plaist, mais alors je te jure que je n’en avois point envye.
Lucido. — Eh quoy, vous aviez peur, quand Lucido estoit présent?
Tibère. — Il est vray, que toute mon asseurance estoit en toy.
Livie. — Et moy, Lucido, bien que l’obligation que je t’ay ne te soit en rien utile, pourtant je me dys ton obligée autant que peut estre une femme à un homme.
Lucido. — Yoylà celuy à qui tu dois estre obligée, qui t’a délivrée des mains de ce détestable Ruffo, et depuys ne t'a faict, que je sçache, autre chose que du plaisir.
Livie. — Où l’obligation est si grande, que les paroles ne suffisent à l’exprimer, mieux est de se taire, attendant occasion de démonstrer sa gratitude par les effects.
Tibère. — Dieu lui-même ne pourroit faire que ceste noble fille ne fût pas telle qu’on l’estime être.
Lucido. — - Tibère, le temps est cher, ne le perdons pas à crédit. Je pense qu’il est près de vingt heures, et Ruffo viendra avant une heure à redemander l’argent qu’on luy a promis. Croyez-vous qu’on me donnera quinze escus de ce rubis icy ?
Tibère. — Je l’ay tousjours oy estimer trente.
Lucido. — Cela viendra bien à propos, car il en faut deux pour le prestre, encores ; et trois qui resteront feront grand bien au pauvre Lucido.
Tibère. — Cela est raisonnable.
Lucido. — Je le vas vendre, car Ruffo n’est point homme à vouloir joyaux.
Tibère. — Cependant, que ferons-nous, Lucido?
Lucido. — Allez chez le sire Marc Antoine, jusques à ce qu’on ait faict avec Ruffo ; puis vous pourrez aller à
la villa, et ceste-cy pourra demeurer eu la maison de vostre amy, le voisin; ainsi il ne sera trop malaysé faire croire à vostre père qu’avez tousjours esté aux champs.
Tibère. — Si c’est ton advis, Jiat.
Lucido. — Oy ; prenez les clefs de la chambre au rezde-chaussée chez Erminio, et vous enfermez dedans.
Tibère. — Et qu’y ferons-nous?
Lucido. — Je n’y veux penser.
Tibère. — Tu parles mieux qu’une écrevisse à deux pinces.
Lucido. — Je m'en vas cependant faire ceste affaire. Mais attendons, j’entens ouvrir l’huys ; passez de ce côté, entrez par la porte de derrière.