‹ LorenzaccioChapitre 31 sur 60 · SCÈNE PREMIÈRE Erminio, César · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE Erminio, César

Erminio. — Où diable estiez-vous, que je ne vous ay point veu?

César. — En un endroit où je voyois très bien et vous et luy, et où il ne me pouvoit, voir, encor qu il ait regardé plus de cent fois à l’entour de luy.

Erminio. — O la belle feste!

César. — Fort belle pour moy, certes !

Erminio. — Seulement, vous avez rencontré une bonne adventure, non pour avoir trouvé les deux mille escus, car, encor qu’il fust en vostre puissance, je ne pense pas que les vouliez retenir, cognoissant leur maistre, combien qu’aujourd’huy l’on n’ait pas accoustumé rendre 1 non seulement ce que l’on trouve de l’autruy, mais ce que l’on a desrobbé : car je sçay que vous aymerez mieux vous demonstrer homme de bien, que suyvre la coustume; mais bien je dys que rien ne vous pouvoit advenir plus à propos pour vous rendre jouissant de vos amours.

César. — Je le prends bien ainsi.

Erminio. — - Pourtant, il ne faut point l’aller dyre, pour ce que, s’il sçavoit qu'avez ses escus, il n’auroit jamais patience qu’ils ne luy fussent rendus, au lieu que, pour les recouvrer, il viendra maintenant à tous les accords que nous souhaitterons.

César. — Homme au monde n’en sçait rien, que Marc Antoine, Lucido et vous; veuillez les avertir de se taire.

Erminio. — Je le feray, mais voicy justement, là-bas, mon père; laissez-moy, de grâce, un peu seul avecque luy.

César. — Ainsi feray-je; cependant je veux aller revoir cest argent, qui n’est pas bien serré à mon advis. A Dieu.

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