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CHAPITRE III

La fuite à Venise en 1526. — Retour à Florence en 1528. — Affaires d'intérêt. — Premier voyage à Bologne; Lorenzino et Alexandre de Médicis. — Le pape Clément VIL — Lorenzino va vivre à Rome.

Jean des bandes noires venait de mourir, dans la nuit du 29 au 30 novembre 1 526, frappé tandis qu'il arrêtait les lansquenets près de Mantoue. Avec lui disparaissait le seul obstacle qui pouvait endiguer, refouler vers les Alpes le torrent des envahisseurs. On disait que les ennemis allaient traverser la Toscane pour gagner Rome, où le saccage les appelait. Il y avait en Toscane le fils de leur ennemi, le fils d’un homme ami du roi français, les neveux et les pupilles de ce pape auquel les gens de Frondsberg réservaient un lacet doré pour l’étrangler. Marie Soderini, Marie Salviati prirent peur. Elles résolurent de mettre leurs fds en sûreté.

Un samedi, le 2 décembre 1526, on enleva de Florence le petit Cosme, qui pleurait et disait : « On veut me voler. » Il avait pourtant avec lui son excellent précepteur, Pierre -François Riccio, lequel, fils d’un homme tué à Prato par les Médicis, ne pouvait mieux reconnaître pareil bienfait qu’en servant les Médicis. Ce pédant, qui devint majordome de Cosme, était lidèle et dévoué. 11 sut distraire Cosme en le faisant chasser aux petits oiseaux. Le lendemain matin, un homme de service, le nommé Talon, arriva de Florence, à franc étrier. Le précepteur Riccio lui demanda : « Quelles

nouvelles ? — Mauvaises. » — Cosme était aux écoutes : « Pourquoi, maître, interrogea-t-il, ce Talon dit-il : mauvaises nouvelles ? » Le précepteur voulut prendre le change, mais l’enfant ne se laissa point distraire. Il avait envie de pleurer.

Survint Benoît, qui donna le signal du départ. On se mit en selle, et Cosme, pour charmer les cinq lieues de route, s’amusait à faire éclabousser par son cheval un homme de suite, le sommelier du Trebbio, qui revenait avec eux.

En arrivant à Cafaggiolo, la cavalcade vit accourir Lorenzino; il ne savait rien encore, et fit grande fête à son cousin.

On partit le lundi matin, un peu avant le jour ; à Marradi, la petite ville forte que Machiavel rendit fameuse, leur route avait gravi l’âpre échine de cet Apennin toscan, nommé pompeusement « les Alpes » dans les vieux écrits. A Faënza, l’on apprit que l’on pouvait continuer sans crainte, les routes étaient sûres en Romagne; on gagnait Ravenne, avec dix cavaliers d’escorte: toute la journée du mercredi se passait au repos, dans le palais municipal ; il fallut, ensuite, tourner par mer les lagunes du Pô, le goulet de Comacchio, une bonace les mena jusqu’à Yolano, sur une méchante « barque de rivière » ; devant le port ferrarais, une bourrasque brisa le gouvernail, on faillit aller en perdition. Enfin, on prenait terre.

Mais, comme on s’installait à l’hôtellerie, un vilain s’approcha de Riccio, et lui souffla tout bas de prendre garde, l’hôtelier s’entendait avec les batteurs d’estrade espagnols pour leur livrer les voyageurs, il fallait déguerpir en hâte si l’on ne voulait être pris et payer rançon. L’avis du bonhomme était bon, puisque l'évêque

de Saluces, Philippe Tornabuoni, fut enlevé là peu de jours après et taxé de quatre mille écus.

Mais il faisait nuit, nuit de décembre. La tempête soufflait, et il fallait courir la poste à travers les marécages du pays ferrarais, risquer d’être pris par les gens du duc de Ferrare, l'ami des ennemis. On mit les petits, Julien et Cosme, devant les cavaliers, Lorenzino chevaucha seul. On manquait de selles, les brides étaient vieilles, les sangles pourries, les chevaux faibles de jambe. On partit en poste, et sauf une chute dans la boue, qui fit abattre la jument de Cosme et de Riccio, sans autre mal qu’une rêne cassée et force fange, on piqua sans encombre jusqu’aux Fornaci, où l’on touchait enfin la terre vénitienne; c’était la vingt-quatrième heure, et l’on courait depuis le milieu de la nuit précédente, « avec grandissime soupçon », disait Riccio, qui écrivait sur l’heure à Marie Salviati. La mer, « fort tourmentée », avait disloqué la troupe. Zelfi lui-même avait dû suivre les serviteurs, sur la voie du fleuve. Mais après tant de traverses on se retrouvait tous ensemble. On reprit la mer pour Chioggia, puis pour Venise où l’on arriva le dimanche soir.

A Venise, il fallut se loger. C’était pour longtemps, on ne le prévoyait que trop. Alamanno Salviati, un oncle maternel de Cosme, vint chercher les enfants à l’auberge, le lundi matin, et les garda chez lui durant quatre jours, tandis qu’on cherchait un « palais ». Pour douze ducats et demi, on loua, dans le quartier de Sainte-Marie-Mère-de-Dicu, un logis qui appartenait à la famille de Bianca Cappello. C’était dans le plus proche voisinage de la banque Salviati. Ou était en meublé, mais les soigneux Florentins donnaient leur linge à blanchir chez l’oncle Alamanno, « attendu qu’on

ne blanchit ni bien ni vite à Venise ». Et grâce à la « gentillesse » d’une Florentine, la question du « bucato», vitale pour Marie Salviati, se trouvait résolue au mieux.

Alors commencèrent les rancœurs de Lorenzino. Lui, l’aîné, qui avait coutume d’habiter à Cafaggiolo, la plus belle villa, pendant que ce méchant cadet de Cosme, un bambin de sept ans, perchait au Trebbio, il se voyait ici réduit à néant ; c’est que Cosme était fds du grand guerrier, nommé jadis par Venise capitaine général de la république ; c’est que Cosme était le petit-fils de Jacques Salviati, puissant banquier, conseiller du pape. Pour Cosme donc, le beau lit de tapisserie où l’on dort seul, avec son précepteur et son valet dans une carriole, au-dessous ; et Lorenzino, grand garçon de treize ans tantôt, couchera dans une autre chambre où ils sont quatre, lui, son frère Julien, le précepteur et Pierrot. Pour Cosme, les réceptions données par Marco Foscari, père de l’évêque de Torcello, naguère ambassadeur à Rome, et bientôt ambassadeur à Florence ; les banquets servis en vaisselle plate, avec musique, chants, comédie ; si Lorenzino y assiste, c’est pour que Marin Sanudo le confonde parmi les « autres Florentins », ceux qui font nombre; le Conseil de la république reçoit en séance le petit Cosme, qui s’assied, le 1er février, aux côtés du chef des Dix en exercice. En moins de dix jours, on a dépensé quatre cent quarante-sept francs et seize sols, « chose cruelle », dit Riccio, et ceRiccio. qui paye pour tous, est l’homme de Cosme, si bien que Cosme est le maître de la maison. Il est vrai que Foscari, nommé à Florence, caresse Lorenzino, car il prévoit le gouvernement populaire ; mais c’est après Cosme. Et quand, le jeudi gras, pour la fête de Berlingaccio, tous s'en vont au palais ducal,

au milieu des ambassadeurs, officiers et gentilshommes de la Sérénissime, c’est encore l'odieux Cosme qui est distingué, promené par les nobles, et baisé par le doge.

Lorenzino trouve deux consolations à ces déboires que sa nature rancunière amasse, conserve et entielle : d’abord, il a près de lui un ami, un confident, un admirateur. C’est ce François de Médicis, que son amitié finira par affoler; fds d’un gonfalonier, ancien émissaire auprès de Marguerite d’Autriche, l'enfant est curieux, lettré, comme Loi’enzino, mais il est tendre jusqu’à l’excès, et Lorenzino le domine; leurs chambres se joignent, ils étudient ensemble, et les langueurs vénitiennes font éclore la passion qui mènera plus tard François, en présence de Clément Vil son rival, jusqu’aux limites de la démence.

Outre ces délices perfides, Lorenzino, qui est plus fort décidément que son premier maître Zeffî, continue ses études sous un autre précepteur. 11 s’enivre sans doute de ce Plutarque, alors traduit en italien, et qu’il regorgera plus tard. Il rêve l’héroïsme, cela lui fait oublier les démarches que le duc d’Urbin fait pour Cosme. 11 paraît vivre en bon accord avec tous, on va faire accueil à l’ambassadeur florentin, Alexandre de’ Pazzi. La saison devient meilleure, on visite Trévise, avec Marc- Antoine Gondi et le cher François; on y reste deux jours. Puis on va voir, en mars, Padoue et Yicence; à Padoue, le jeune Mgr de’ Itossi, l’oncle paternel de Cosme, alors étudiant à l’Université, fait à son neveu et aux cousins une belle réception ; déjà fanatique d’errer et de voir, Lorenzino, « non sans moult plaisir et consolation », visite « force lieux délicats et pays ornés ». On passe trois jours à Yicence, et l'on re-

vient de la cité palladienne, où l'on a logé chez une tante Soderini, pour regagner Venise par Fusine.

Voilà, dans la cité putride et divine, dans la Venise qui émerveillait les Florentins, une période féconde pour l’adolescence, où Lorenzino se raffine, s’instruit et se corrompt, si l’on veut, car c’est à peu près la même chose, et les mots n’y font rien alors.

Cependant, Bourbon et ses bandes ont pris Rome, le 6 mai 1527. Un soufflet plus cruel que celui dont saigna jadis la joue de Boniface VIII, a sali la face du fourbe et imbécile Clément VII; les temps prédits par Savonarole étaient venus. Le pape, lâche saltimbanque, avait cru tromper tout le monde; il fuyait, maintenant, dégoûtant Guichardin lui-même,. il se cachait dans le château Saint-Ange, en attendant qu'il en sortît, déguisé sous un habit d’estafier, pour s’enfermer dans Orvielo jusqu’en octobre 1526, ou dans Viterbe. « Pape Quiment », comme on le nommait par dérision, avait trouvé plus menteur que lui. La sénilité commençait, précoce et terrible, et l’ancien chevalier de Saint-Jean ne savait même plus tenir l’échine droite.

Le même mois de mai ne s’était pas achevé, que Florence, par contre-coup, vomissait une dernière fois les Médicis. Les deux « mulets », les chers bâtards, Alexandre et Hippolyte, le vendredi 17, passaient la porte San Gallo, et s’allaient cacher « pleins de peur», confesse Varchi, dans Poggio-a-Cajano. Dernier sursaut de liberté, qui ne laissa point à Florence l’énergie de les écraser, ces bâtards de princes, pendant qu’ils suivaient la Via Larga, tremblants de couardise et livides d’ancienne rage !

Marie Salviati, Marie Soderini ne songeaient plus qu’à se mettre en sûreté auprès de leurs bis. Elles par-

tirent pour Pistoïa, puis elles gagnèrent Venise à la fin de mai ; elles furent heureuses de trouver les enfants bien installés, avec « un grand et beau jardin ».

C’est seulement en 1528 qu’on jugea bon de revenir. Et les pièces qui le prouvent, ce sont encore et toujours des documents d’affaires ; on était rentré à Florence, ruinés par les dépenses à Venise, où l’agréable maison, pleine de « bons petits compagnons », s’entretenait à grand’peine. Et ce furent des sentences prononcées en appel, à la requête du fidèle Raphaël de Médicis, le propre père de François le bien-aimé, procurateur de Laurent et Julien contre Cosme, des arbitrages, un recours de dégrèvement pour impositions de huit cent quatre-vingts florins d’or. Ici, dans les temps démocratiques, il faisait bon se souvenir que l’on était Soderini, petit-fils de Thomas le Démocrate. Marie Salviati, qui n’avait pas cette fortune, criait misère. Et Alexandre lui-même n’avait guère de crédit, bien qu’il put rentrer à Florence en septembre.

Cependant Clément Vil cuvait sa rage, et ne pensait qu’à se venger, non de l’injure que l'Empire lui avait faite, mais sur sa patrie, sur Florence. Outré de fureur contre cette ville qui osait rejeter ses bâtards, il avait rugi, ou glapi, — car un renard, même enragé, ne rugit point: — « Ces gens-là veulent que je fasse l’Empereur seigneur d’Italie ! eh bien, soit, je le ferai ! » Et dès le 22 septembre, on savait que le prince d’Orange proclamait les intentions de Sa Sainteté : faire accord avec l’empereur, afin de lâcher sur Florence les Impériaux qui remettraient, moyennant finances, les Médicis au pouvoir.

L’infâme projet fut exécuté. Au lieu de suivre ses études, à l’Université troublée par les guerres et les

émeutes, Lorenzino allait suivre le pape à Bologne, et recevoir des enseignements mieux faits pour lui montrer la vie réelle, dans son ignominie profonde.

Fuyant encore, fuyant toujours devant les bandes qui faisaient autour de Florence une répétition générale pour le grand drame qui s’annonçait, de même que les Colonna s’étaient plu, dans Rome, à préluder avant le sac de la ville, fuyant Fabrice Maramaldo, et Ramazzotto, et tous les bandits lâchés sur la Toscane, les Médicis avaient gagné Bologne. C’est là que Clément VII allait couronner Charles-Quint, après avoir trahi, livré, étranglé Florence.

L’énorme chronique de six cents pages ne nomme pas Lorenzino. Mais elle montre, revêtu de riches habits, ce duc Alexandre qui va se faire haïr, avec Cosme, par Lorenzino son futur meurtrier.

Bâtard du pape, recommandé à l’empereur, qui lui donnait mille ducats pour les frais de cette entrevue, Alexandre, fils d’esclave, triomphait dans tous les cortèges. On a voulu qu’il fût produit par une nuit hasardeuse entre le duc Laurent d’Urbin et la femme d’un voiturier du pays romain, laquelle servait aux derniers offices de la maison. Cette femme, qui est la mère, malgré toute discussion, écrivit le 12 février 1529 une lettre de mendicité, elle la fit porter au duc par son mari ; c’est là peut-être ce qui lui valut d'être empoisonnée peu après. Mais le père? C’est le cas, ou jamais, de dire, avec le personnage de Y Aridosia :

« Sa mère seule connaissait la vérité. » Encore n’est-ce pas bien sûr.

Le pape semble bien le plus probable. D’abord, poulies raisons physiques ; Alexandre, ce Caliban des Médicis, espèce de mulâtre, n’avait rien de Laurent

d’Urbin ; il était brun de visage, crépu, comme jadis le pape lui-même, si chauve à présent, il avait ce profil de proie et de fourberie qu’on retrouve sur les médailles de Gel 1 i ni , aussi bien sur celles où se montre le duc que sur celles où l’on voit le pape. Tous deux étaient fins, faux, cruels. 11 est vrai que ceci serait commun à tous les Médicis. Mais les signes physiques demeurent. On a dit que la mère était, non point Simonetta la Romaine, mais une de ces esclaves africaines qui meublaient alors toute grande maison. Comme si la paysanne de certains districts était bien différente, par la peau, les cheveux, le sang, d’une Moresque ou d'une négresse. D’ailleurs, le point intéressant pour l’histoire, ce n’est point l’être quelconque et inconnu qui fut la mère, c’est ce pape, et les conséquences d’une paternité pareille.

Or, pourquoi Clément VI I aurait-il, parmi ses neveux ou cousins, préféré cet affreux noiraud d’Alexandre, brutal et trapu, laid et sans charme, à ce charmant Hippolyte de Médicis, fils de Jnlien de Nemours et d’une noble Florentine, ou même à Lorenzino, son cher mignon? Il est vrai que Lorenzino feint de croire, dans son Apologie, à la fable qui attribuait Alexandre au duc d’Urbin. Mais c’est pour mieux prouver qu'il doit être fils du voiturier. Sixte IV avait deux bâtards dans sa cour : pourquoi Clément VII n'aurait il pas eu celui-là ?

Voyez comme Varchi procède, dans cette histoire officieuse qu’il lisait à Cosme Ie'. Dans le VIIIe livre, un aveu prudent : « Attendu que d’aucuns tenaient qu’Alexandre était fils, non de Laurent, mais de Clément... » Au livre XII, on est plus clair: « Secrètement, on murmurait qu’Alexandre était fils de Clé-

ment. » Enfin le livre XIII voit éclater le secret tout entier: « El à dire vrai, le duc Alexandre (car on sait comment tous les pères sont trompés par l’amour qu’ils portent à leurs fils) satisfaisait si bien le pape Clément dans son gouvernement, que le Saint-Père, ainsi qu’il eut occasion de le dire par la suite, avait, selon les paroles de la sainte Ecriture, « trouvé un homme selon son cœur ». Preuve qu’il faut en toutes choses ne s’attendre qu’à soi seul. Ce pape avait le duc qu’il s’était fabriqué lui-même. Et comment douter d’une page où l’on vous cite l’Écriture ?

Aussi la haine était cruelle entre Alexandre et Hippolyte. L’un des deux devait tuer l’autre. Lorenzino put concevoir, dans l’intimité d’Hippolyte, lettré, raffiné, son ami, la première horreur pour Alexandre.

Mais il comprenait, avant tout, que l’on devait plaire au pape, si l’on voulait devenir riche, puissant, un vrai prince, et sortir de cette cohue anonyme où grouillaient tant de petits Médicis : « Il ne manque pas d’hommes, disait un de ces vagues parents, dans la maison des Médicis, nous sommes plus tenaces que la poix même (pià che la pecie) tous pauvres en temporel et spirituel, nous qui jadis avons tenu le monde en main. Aussi, je vous prie, recommandez à Sa Sainteté qu’elle nous pourvoie de quelque bien. » Le « spirituel », Lorenzino n’en a cure. Le « temporel », il veut le gagner, mais il a bien des défauts contre lui : son manque de ténacité, son humeur d’artiste, et surtout une espèce de fierté bizarre, qui a des ressauts et s’éveille au milieu des pires bassesses.

Cependant, aux mêmes mois où Florence subit le siège où va sombrer tout le débris de son ancienne grandeur, on couronne César, dans Bologne la Grasse,

LE PAPE CLÉMENT VII D’après une médaille de Giovanni Bernard i.

A. FONTEMOING, PARIS

et il y a « moult grant triumphe » . Lorenzino n’est pas de ceux qui s’enferment, à Florence, dans les remparts édifiés par Michel-Ange, pierres sacrées que l’on contemple encore, le long de San Miniato, comme les reliques de l’honneur et de la vertu morte. Mais, en plein siège, le 4 mai 1530, Jean-François ZelFi continue à plaider pour son fameux procès devant la Seigneurie, et il obtient sentence.

Pendant que Florence agonise, Lorenzino devient le mignon du pape, à Bologne. Le mauvais prêtre, que Raphaël a figuré derrière Léon X, est devenu plus sinistre encore; défiguré par une barbe et une tonsure de capucin, louche, éraillé, sali par les hontes publiques, ce Borgia bourgeois, ce forçat tiaré penche vers la décrépitude. 11 va mourir de l'estomac dans quatre ans. Ainsi qu’il arrive dans les organismes vieillis, cet homme, que Bembo flagorne, fait retour aux passions de ses premières années ; or, chacun sait qu’il fut le premier compagnon du cardinal Jean, et que ce cardi nal Jean, pour devenir Léon X, dut aller au conclave en litière, comme ferait une femme blessée en couches.

Clément VII se venge de Florence ; mais, dans les intervalles de sa sordide politique, il se pavane au milieu de ses jeunes parents. L’écume des intrigants florentins a émigré vers Bologne; à Florence la Maigre, on gagne un honneur immortel ; à Bologne la Grasse, on gagne les prébendes et les ducats. Bologne regorge. L'Italie n’a guère de moment plus vil ; Florence elle seule est debout. Borne est un « corps mort ». La cour pontificale est un « poulailler ». Dans ce poulailler, près du coq Clément VII, Lorenzino cherche à briller.

« O feu de Dieu, criait saint Bernardin de Sienne

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