SCÈNE II
Aiudosio, Ruffo et Messike Anfolso.
àridosio. — Qui est là?
Ruffo. — Amys.
Aridosio. — Qui me vient destourner de mes lamentations?
Ruffo. — Aridosio, bonnes nouvelles !
Aridosio. — Quoy? elle est trouvée !
Ruffo. — Ouy, trouvée, et tous les signes s’y rencontrent.
Aridosio. — Dieu soyt loué ! J’ay peur de me trouver mal, tant j’ay d’allégresse.
Ruffo. — Voyez, il en sera ce que vous voudrez.
Aridosio. — Pense si ces nouvelles me sont agréables. Qui l’avoit?
Ruffo. — Eh, le sçavez-vous pas bien? C’estoitmoy.
Aridosio. — Je n’en sçavois mot. Mais que faisois-tu de ce qui m’appartient?
Ruffo. — Devant que je la livrasse à Tibère, elle estoit mienne et non pas vostre!
Aridosio. — Tu les a donnés à Tibère? Or fay-te-les rendre et me les rapporte, ou tu les payeras.
Kuffo. — Comment voulez-vous que je me la fasse rendre, si je la luy ay librement vendue?
Aridosio. — Je ne sçay tant de choses; je n’ay que faire de vos chicquanes ; tu as trouvé deux mille ducats qui sont à moy, il faut que tu me les rendes, ou par amour ou par force.
Ruffo. — Je ne sçay que voulez dire.
Aridosio. — Oy, oy, je le sçay bien, moy. Homme de bien, vous me serez tesmoin comme cettuy-cy me doit bailler deux mille escus.
Messire Axfolso. — Je ne puis tesmoigner de cecy si je ne veoys ou n'enten autre chose.
Ruffo. — J’ay peur que cestuy soit devenu fol.
Aridosio. — Oh l’effronté ! tu inc disois à ceste heure que tu avois trouvé deux mille escus, que tu sçais que j’ay perdus, et qui sont miens, puis tu dis que lu les as donnés à Tibère, pour n’avoir pas à me les rendre; mais il n’en ira pas ainsi : Tibère est émancipé, je n’ay que faire avecques luy.
Ruffo. — Rien, Aridosio, je vous enten : nous sommes en équivocque; car, quant aux deux milleescus que vous dites avoir perdu, dyable m’emporte, c’est la première foys que j’en oy parler, et je ne dis avoir trouvé vos escus, mais je vous disois : nous avons trouvé le père de Livie, et c’est cest homme de bien que voicy.
Messire Anfolso. — Je le pense ainsi.
Aridosio. — Que sçaA-je moy, de Livie ou non de Li vie? Vostre malepeste. que Dieu vous envoyé à tous les deux, de me venir rompre la teste avec vos bonnes nouvelles, puisque n’avez trouvé mes escus !
Ruffo. — Nous disyons que seriez bien ayse de veoir vostre fils s’engager avecque personnes nobles et de bien.
Aridosio. — Allez au dyable, tant que vous estes, et me laissez !
Ruffo. — Oh, escoutez, Aridosio ! Ouy, il a fermé l’huys.
Messire Anfolso. — J’ay peur, Ruffo, que tu ne me trompes. Je te dis que tu me mènes voir ma fille, et tu me mènes veoir un fol.
Ruffo. — Je ne sçay quel dyable il a au ventre aujourd’huy; il n’y a pas encor longtemps qu’il me pari oit de je ne sçay quels esprits. C’est le père de Tibère, de celuy qui a vostre fille.
Messire Anfolso. — Par Dieu, le guaîlant personnage ! Est-elle donc léans ?
Ruffo. — Le vieux y estant, je ne croy que Tibère y soit; mais voicy qu’on vient; cettuy-cy en sçaura peutestre nouvelles.