LE PAPE PAUL III
D'après une médaille d'Alexandre Cesati, dit le Greclietto.
A. F0NTEM01NG, PARIS
l’autre, en bon sbire, je le tuerai, fût-il le Christ! »
Lorsqu’ils furent ensemble à table, comme le temps approchait, Lorenzino reprit son homme : « Or bien, lui dit-il, puisque tu me le promets si résolument, et que j’ai assurance que tu n’es point pour me manquer, de même que moi je ne manquerai jamais en aucun temps à faire pour toi tout ce que je pourrai, je suis content; mais j’y veux être en personne, moi aussi, et afin que nous le puissions faire à bagues sauves, je verrai à le conduire en un lieu où il n’y ait aucun danger, et je ne doute point du bon succès. »
Lorenzino, qui n’avait pas d’épée à l’ordinaire, portail toujours sur lui un couteau, qu’il avait acheté à Naples ; un de ces beaux petits couteaux qui servent, dans Gargantua, pour « esguorgeter » les blessés.
La chambre que Lorenzino préparait pour le duc était au rez-de-chaussée, sur la via Larga. Tout le bruit de l’Epiphanie, la dernière des fêtes qui s’ouvrent avec la Noël, devait passer là. Dans la chambre voisine, la pieuse Marie Salviati, qui aurait toute la journée visité les églises où sont les crèches et les Mages, serait rentrée le soir. Mais elle était accoutumée par Lorenzino à toutes sortes de vacarmes. Et puis, entend-on le bruit d’un assassinai, quand on sait que votre fils en devient duc ?
Lorenzino, après avoir fini son repas avec Scoronconcolo, s’en alla chez le duc. Alexandre était mal en train, il avait manqué l’entrée du monastère où il s’amusait pendant la nuit. On convint de souper chez la petite duchesse, dont les quatorze ans s’éjouissaient paisiblement au milieu des beaux jardins qui avoisinaient les palais, chez Octavien de Médicis, en face de
la travée gauche de Saint-Marc, un peu plus avant sur la voie qui mène à Fiesole.
On se quitta pour quelques heures, et le duc au son furieux des trompettes en verre qui de temps immémorial cornent l'Epiphanie aux oreilles des Florentins, s’en alla devant un couvent où il avait des amours ; monté sur un âne, suivi par un de ses satellites, masqué comme lui et comme lui déguisé en montagnard, il fit ses farces amoureuses jusqu’à revenir éreinté.
Lorenzino le retrouva chez la duchesse pour lui parler à l’oreille. Animé par la déconvenue de la nuit passée, Alexandre saisit ardemment l’occasion magnifique. On fit joyeusement les Rois à la table de la duchesse; la jeune enfant était contente d’avoir l’époux qui l’amusait si fort, le duc se promettait une nuit succulente, et Lorenzino, moins sombre que d'ordinaire, devait amuser la duchesse, et bien remplir son verre au duc.
Enfin, enfin, il le tenait !