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LE DUC

Misérable à deux faces !

Il le tue, et il va proclamer la Charte ( non ! la République ! ) à... Pralo. Il dit à Strozzi :

Eloignez-vous tous deux, par différents chemins ;

Toi, gagne Monte-Carie (!) au pied de l’Apennin,

Pazzy (sic), Bclmonte (?) y sont. Aux Florentins fidèles.

Moi, je vais, dans Pralo, proclamer ces nouvelles.

On voit que les méchants auteurs, transalpins ou non, sont égaux dans l’absurde et se rejoignent au néant.

Mais voici le « maistre du chœur », l’inclyte Alexandre Dumas de la Pailleteric, Gargantua des feuilletons et Pantagruel des théâtres !

Alexandre Dumas, déjà fixé pour un temps à Florence, en 1835, puis surtout en 1840, par suite de diverses circonstances qui ne sont pas toutes d’ordre littéraire, écrivit, ou fit écrire, durant un troisième sé-

jour en 184'!, Une année à Florence. Il y avait là, dans certain chapitre sur le palais Riccardi, un premier et copieux dérangement du drame médicéen. Ce n’était pas assez pour le furieux mulâtre ; en 1842, le Théâtre-Français, à la date du 24 février, représentait Lorenzino, drame en cinq actes, en prose. Les collaborateurs étaient, naturellement, de Leuwen et Brunswick. Il y avait là dedans un bravo nommé Birbante, pour montrer comme l’auteur savait l’italien, et le grotesque se surpassait lui-même en cette rapsodie. Cela fut représenté sept fois. C’était beaucoup !

Les Guêpes citèrent un journal qui éreintait la pièce au recto de sa feuille et, au verso, la comblait d’éloges. Cette gazette impartiale aurait mieux fait de s’imprimer au recto seulement.

En 1845, deux volumes sur les Médicis aggravèrent le brouillamini. Un professeur florentin, fort puriste, et qui avait le droit de l’être, a noté, dans ses Mémoires , les passages de cette comète littéraire à travers le ciel de Florence :

Il y avait par aventure à Florence, dit Ranalli, le romancier français Alexandre Dumas : il s’était mis à écrire l’histoire, ou mieux un roman, de la famille des Médicis. Cet homme, qui pour gagner des sous aurait écrit même sur le dogme de l’Incarnation, sachant qu’on voulait faire sur les Musées de Florence un guide en français, tâcha de se le faire confier.

Enfin, en 1861, Une nuit à Florence sous Alexandre de Médicis, quatrième attentat contre l’histoire et le bon sens, paraissait, après un voyage où s’élaborèrent les Mémoires de Garibaldi, prestigieuse odyssée qui fit déserter un des secrétaires, Edouard Lockroy ; dans celte Nuit, on Aboyait combinés, comme dans Lorenzino, par le plus outrageux galimatias, les drames italiens

plagiés sans vergogne, et les balivernes déjà par trois fois éculées par les volumes publiés une vingtaine d’années auparavant. L’usine Alexandre Dumas et Cie, Littérature en tous genres, fabriquait la Nuit à Florence avec les morceaux du Lorenzino mal venu. Le four, l’ours, pour parler la langue de ces dieux, devint un « roman». Dumas l’inimitable se plagiait lui-même, en plagiant Revere et consorts. Il était tellement ravi de son Lorenzino qu’il le tirait du magasin aux friperies, et en dépeçait le dialogue afin de bourrer son nouveau volume. On connaît bien le procédé, qui est lucratif, et ne s’est point perdu : comme on est payé à la ligne, on fait des répliques très courtes, pour le journal ; comme on est repayé à la page, on met des lignes très espacées, dans le livre. Et cela rapporte des sommes copieuses, la renommée, une statue, et l’on s’appelle « homme de lettres», aussi bien qu’un Vigny, qu’un Musset, qu’un Flaubert. On se croit leur égal. Que dis-je? on se croit leur maître ! car ces gens-là ne gagnent point d’argent, et sont bien peu joués. L’avenir vous méprisera? qu’importe, si l'on n’en sait rien?

Sur les Médicis, comme sur les musées florentins, comme sur n’importe quoi, le Cagliostro littéraire, l’Ariosle des boutiquiers, Alexandre Dumas, écrivait, en un style déboutonné ainsi que sa personne, ce qui lui passait par la tête. Malheureusement, le public l’écoutait, alors, de même qu’il écoutait Mme Sand. Au lieu d’envoyer ces gaillards soigner, dans l’abandon et le silence, leur dysenterie littéraire, on les faisait prospérer.

C’est pourquoi le père Dumas, justement lier de son génie, écrivait cette page insigne :

lin des privilèges les plus magnifiques de l’historien, ce roi du

passé, c’est de n’avoir, lorsqu’il parcourt son empire, qu’à toucher de sa plume les ruines et les cadavres pour rebâtir les palais et ressusciter les hommes ; à sa voix, comme à celle de Dieu, les ossements épars se rejoignent, des chairs vivantes les recouvrent, des costumes brillants les revêtent, et, dans cette Josaphat immense, où Lrois mille siècles conduisent leurs enfants, il n’a qu’à choisir les élus de son caprice et qu’à les appeler par leur nom pour qu’à l’instant même ceux-là soulèvent avec leur front la pierre de la tombe, écartent de la main les plis de leur linceul, et répondent comme Lazare au Christ : « Me voilà, Seigneur, que voulez-vous de moi P »

Enfin, je citerai, pour être complet, Une visite à la chapelle des Médicis, dialogue sur Michel-Ange et Raphaël, par M. Emile Ollivier. Et la corbeille est épuisée.

Adieu , prince douteux, qui durant six années ,

De ton fantôme pâle encombrais mes chemins !

Une fleur à la bouche , et du sang sur tes mains.

Tu m’as' pris, Lorenzo, pur tes grâces damnées :

J’ai vu Cafaggiolo, plein de roses fanées,

Rome et le pape infâme, aux traîtreux lendemains, Florence, et tes plaisirs, tes rêves surhumains, Caprices de poète, aux formes surannées ;

Après le meurtre, au clair de lune triomphal,

A travers l’Apennin j’ai suivi ton cheval.

Et senti la douleur qu'avait ta main mordue;

J'ai compté tous tes pas, subi tous tes mépris,

El serti tous tes mots avec la force due,

Toi, qui jadis errais dans la ville où j’écris.

Florence, octobre 1898. — Paris, avril 1904.

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