I.A CAVF.R^E
— Vous êtes conscrit , vous voulez fuir cl)ez les Anglais : au nom de la loi, je vous arrôle :
— Belta Madonna ! io n'ai fait rien do mal, savezvous? La conscription est pour les garçons, mais moi j'ai une femme et des enfants : je me mêle de mes affiiires, et (juaut à fuir, c'est un embarras que je ne veux pas me donner.
Les croiseurs fouillaient, sur toute ia côte de ce grand golfe de la Spezia, chaque baie, chaque réduit, chaque petit cap, chaque écueil, chaque creux de rocher; tous les pécheurs qu'ils trouvaient, ils les saisissaient, et plusieurs d'entre eux furent bel et bien garrottés, conduits devant le président du Buongoverno et soumis à mille interrogatoires tracassiers.
Cette bagarre avait lieu dans le golfe, comme 'chacun peut l'avoir compris par les dernières paroles du chapitre précédent, parce que les Français, trompés par Violentina, pensaient que Lorenzo avait cherché ii s'enfuir sur quelque vaisseau anglais. Mais Lorenzo, depuis plusieurs jours déjà, était dans la profonde retraite de son rocher en compagnie des colombes et de ses tristes pensées. Qui pourrait décrire la nuit de celte séparation? Parler de la douleur paternelle, des angoisses de Violentina, et des elTorts que dut faire Lorenzo pour s'arracher, peut-être, liélas I pour jamais à ces bras et à ces cœurs pleins d'amour?
La nuit était sombre et orageuse. Depuis trois jours, le ciel était couvert de nuages noirs, épais, profonds. Leurs lourdes masses, chassées par le vent du sud, se mouvaient dans les airs et se découpaient en blocs vertigineux, qui s'abattaient sur la mer et s'étendaient sur l'onde comme d'affreux linceuls, tandis que les- vagues obscurcies, écrasées sous leur poids, mugissaient dans un aspect terrible. Tout était prêt pour effectuer le hasardeux