L\ FEINTE
marchand sur le point de lever l'ancre. Lorsqu'il vit les couleurs anglaises, il poinla ses quatre canons et se tint immobile, dans l'espoir que le bâtiment ennemi n'oserait pas s'approcher des tours de garde, qui, du temps de Napoléon, étaient bien armées. Quand il eut reconnu que ce n'était pas un navire de guerre anglais , mais un vaisseau monté par des pirates d'Alger ou de Tunis, et que sa chaloupe donnait la chasse à la barque, il mit aussitôt en mer une embarcation avec huit hommes bien armés de carabines et de crocs, et se tint en observation derrière une pointe. La chaloupe sarrasine avait si grande envie d'atteindre la barque do Marinetla, qu'elle la pressait avec acharnement, espérant à chaque instant pouvoir la saisir. Redoublant de vigueur, elle voguait avec une force indicible, et déjà la proue de la chaloupe faisait voler son écume dans le sillon creusé par la barque.
En ce moment , l'embarcation ligurienne s'élance tout à coup vers les Sarrasins, fait une décharge, tue deux hommes et en blesse trois grièvement : avant que les Sarrasins soient revenus de leur surprise , elle fait une seconde décharge, abat encore deux hommes et rame vers la chaloupe pour s'en emparer. Les Liguriens n'eurent besoin que de jeter deux crochets et de sauter dans la barque, où les quelques hommes qui restaient, ouvrirent les bras et inclinèrent la tète en demandant merci : on leur lia les mains et les pieds et ils furent conduits au briganlin. Quand .Marinetla avait vu venir l'embarcation avec des hommes armés, et pointer les carabines, elle s'était , pleine d'effroi , cachée dans le creux de sa barque. Mais, après la défaite des Barbaresques, elle reprit sa rame et se hâta de regagner le rivage , sauta a terre, et courut avec André à ia porte du jardin, qu'elle ferma aussitôt, en priant le fidèle marin de ue rien dire de ce qui s'était passé, pour ne pas épouvanter son père.
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Ainsi, la bonne Marinelta échappa par la grâce divine à ce grand péril. En fille courageuse et pleine de sens, elle chercha, de tout son pouvoir, à tenir caché ce qui était arrivé, tant pour ne pas faire souffrir les personnes qui lui étaient chères, que pour échapper aux mille commentaires de la foule, surtout dans ce temps, où tout le monde parlait de la disparition subite de Lorenzo. Mais personne parmi ses amis et connaissances n'en éprouva autant de peine et de chagrin que Marinetta, qui hii portait un si vif intérêt, et qui craignait que mille événements sinistres ne le fissent tomber dans les griffes de ceux qui faisaient tout pour s'emparer de lui. Elle mourait du désir d'apprendre quelque chose de certain sur son compte, et ne savait comment en venir à bout.
Violentina, depuis que Lorenzo s'était soustrait à la conscription, sortait rarement de chez elle, pour ne pas avoir à parler de ce qui était arrivé. Un jour cependant elle était allée à la messe kla paroisse. Ayant aperçu Marinetta, elle prit en elle-méma la résolution de ne pas répondre à ses questions, si elle venait à lui en faire. Elle se figurait combien le départ de Lorenzo avait dû lui faire de la peine, car il était impossible à Marinetta de cacher le vif sentiment qu'elle éprouvait pour lui, sentiment qui allait bien au-delà de la pure reconnaissance qu'elle lui devait, pour lui avoir sauvé la vie sous le pont. Quand la messe fut finie et que Violentina se fut levée pour sortir de l'Eglise, Marinetta s'empressa de la suivre, pour l'accompagner une partie du chemin, selon sa coutume. Violentina lui prit la main, l'embrassa, lui souhaita un gai bon jour, et sauta à pieds joints sur un sujet propre 'a empêcher Marinetta de s'enquérir de Lorenzo.
— 0 Marinetta, lui dit-elle avec le plus charmant sourire, sais-tu qui vient de revenir de Florence ? Tu aurais