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moite mes escaliers pour venir k ton quartier, et ce n'est pas encore assez : maintenant tu voudrais la faire asseoir à ma tablo, à côté de mes plus proches parents, qui sont tous du Portico-Vecchio ! Ne sai«-tu pas que Bonfadio , parlant de nos familles dans ses histoires, rapporte qu'elles sont antérieures à la comtesse Mathilde, qu'elles dominaient sur le pays, depuis la Scrivia jusqu'à la Magra, et qu'elles avaient des capitaines sur mer et sur terre, dès le temps d'Otlion-le-Grand, et même de Conrad-le-Saxon ? Et dans les guerres entre Bérengaire et Ardouin d'Ivrée pour l'empire d'Italie, tes ancêtres et ceux de nos parents que voilà, étalent déjà grands et puissants ? Tu es folle à lier. Violentina dîner avec moi ! Qu'elle dîne avec ses maréchaux à la cocarde tricolore, avec les geôliers de Pie VII, et qu'elle place en triomphe sur la table le bouquet d'excommunications odorantes et fraîches, qu'ils apportent avec eux des jardins de Savone. Petite drôlesse ! que je ne t'entende jamais plus parler de semblables caprices. D'ailleurs, je crois qu Ademaro veut me parler de choses qui le concernent, autant que je puis juger par sa lettre d'avant-hier.
Marinetta, qui était habituée à ces litanies, ne répondit rien, et pendant que son père divaguait sur ses titres de noblesse, elle se creusait la tète , pour trouver moyen do se recueillir et d'épancher ses sentiments en liberté. Elle monta aux appartements pour voir si les hôtes s'étaient un peu reposés, les conduisit dans la pièce d'en bas. où Lamba les attendait, et leur fit servir un excellent déjeuner dans le salon qui donnait sur le jardin. Comme la journée était très-belle et qu'un petit vent du nord lui donnait une grande- fraîcheur, elle les conduisit, après le déjeuner, dans le bosquet des orangers, puis insensiblement dans le massif des pins, où chacun se mit à se promener à l'ombre dans les allées , en causant avec Lamba.
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Mais Marinelfa. qui voulait se débarrasser des femmes pour quelque temps, se mita vanter les grands plaisirs tju'elle prenait à la pèche. Les jeunes cousines manifestèrent le désir de la voir jeter les filets , et Marinetta s'empressa de les diriger vers la petite porte et de les mener fcur le rivage, où, d'après ses ordres , se trouvaient André <'ivec trois marins , prêts à mettre la barque à flut. Les tantes et les cousines entrèrent et s'assirent sur les bancs, tandis que les hommes prenaient les rames pour s'éloigner du rivage.
— ïlulà, Marinetta, crièrent les cousines, tu ne viens pas avec nous? Allons , il faut que tu nous accompagnes pour nous apprendre à pêcher.
— Ne craignez rien, répondit-elle , André me remplacera et vous en serez satisfaites ; je rentre pour surveiller le dîner. Quant à vous , rapporlcz-nous pour une bonne ii iture de rougets, car, je vous le dis dès maintenant, si vous revenez les mains vides , vous ne mangerez pas de rougets aujourd'hui.
Et elle fit signe aux marins , qui pousecrent au large. Marinetta rentra , en prenant les chemins de traverse , })Our ne pas rencontrer les hôtes et son père , et courut a i>a petite chambre, où elle se renferma, pour donner un libre cours aux sentiments dont elle était remplie. Le premier mouvement de son cœur fut de la faire éclater en sanglots, ce qui lui procura un grand soulagement. Dès qu'elle se fut un peu remise, elle écrivit en hâte quelques mots pleins de l'innocente affection dont elle était animée, remerciant d'abord Dieu d'avoir trouvé Lorenzo , puis lui racontant ses angoisses, lui demandant enfin par quels moyens ils pourraient s'écrire, sans éveiller de soupçon et .«ans s'exposer à faire découvrir sa retraite. Quand elle eut écrit et cacheté sa lettre, ello la cacha dans sa poitrine, puis elle attendit , tout occupco à rendre as^réable à ses
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hôtes leur séjour dans la villa. Cependant, son cœur ne cessait de battre dans la recherche d'un prétexte pour so dispenser de dormir avec sa cousine. Après y avoir beaucoup pensé, elle le trouva tout à coup et descendit pleine de joie, pour aller attendre les pêcheurs a la côte.
A peine avait-elle franchi le seuil du palais, qu'un cstafier, courant après elle, l'appela de la part de son père , Cjui l'attendait dans le salon vert, et voulait conférer avec elle. Marinetta s'en retourna aussitôt , et courut voir ce que son père avait c. lui dire. En entrant , elle aperçut Lamba et Ademaro assis sur le canapé et discourant gravement entre eux. Dès qu'il l'eut vue ven' •, Lamba lui dit de s'asseoir, leva un peu la tète, prit uae altitude solennelle et lui parla ainsi :
~- Marinetta, tu sais rafîeclion que je te porte ; tu sais que tu es la pupille de mes yeux, le cœur de mon cœur ; tu comprends par là si j'attache du prix à ton bonheur et si je ferai tout pour te voir heureuse. Tu vois ici Ademaro, qui a TafTection d'un parent a toujours joint envers nous la tendresse d'un ami. Il a jeté les yeux sur ta jeunesse, et, un père peut bien le dire , sur les vertus. Il a parlé de toi àBaldovino de San Torpete . celui-ci ressent pour toi une vive affection, et te demande en mariage par l'entremise d' Ademaro. Tu sais que les dames les plus distinguées de Gênes lui ont offert leurs filles, entre autres la gracieuse Camille et l'aimable Agnès, tes amies, deux jeunes personnes accomplies , de la plus haute noblesse et iramensément riches. Baldovino a résisté à toutes les instances. C'est toi qu'il veut , c'est toi qu'il demande, et il te préférerait aux reines assises sur leurs trônes. Et tu sais, Marinetta. quel jeune homme c'est que Baldovino ! Il est, affable, bon, riche et maître de lui après la mort de son père. Il a donné à Ademaro la liste des capitaux qu'il a placés sur les banques royales de Stokholm, Gopenha-
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gue, Londres. Paris et Madrid ; sur les consolidés romains et le grand-livre de Naples. J'ai vu les revenus des biens qu'il possède dans les Fouilles, lesCalabres et dans l'île de Sicile, bien? concédés à ses ancêtres au xvi' siècle , pour des fonds livrés à la couronne d'Espagne , du temps de l'empereur Charles-Quint et du roi Philippe II. Ce qu'il avait sur la banque de Saint-Georges conslituiiit presque le tiers de cette immense fortune ; et cependant cela seul que je viens d'indiquer lui crée un revenu annuel de plus de deux cent cinquante mille livres. Marinetta, tu vas entrer dans l'une des plus illustres et des plus riches familles de l'antique Ligurie. Il faut que ta résolution soit prise , quand Ademaro sera de retour du sanctuaire de Savone.
Après ces discours , Lamba attendait de sa fille une réponse affirmative. Les femmes , sans étudier Tacite ni Plutarque, ont souvent une éloquence serrée et concise, que leur enseignent la nature et l'amilié. Marinetta, sans se déconcerter, répondit à son père en quelques mots.
— Papa, dit-elle, si vous m'aimez, ne me séparez pas de vous; vous voulez, dites-vous, mon bonheur; eh bien I sachez que tout mon bonheur, c'est d'être votre fille et de rester auprès de vous; je ne puis donc agréer ni désirer aucune propositien de mariage. Baldovino mérite la meilleure des épouses; mais je ne puis devenir la sienne, parce que Baldovino et vous, vous faites deux personnes. Papa, une seule de vos larmes est plus précieuse à mes yeux que tous les millions de Gênes, et sans votre Marinetta vous en verseriez un grand nombre. Ne m'en parlez plus, papa. Ahl je vais à la rencontre des cousines.
(Et elle sortit rapidement de la salle. * Il serait impossible de dire l'effet que firent ces paroles sur les deux vieillards. Lamba essuyait les larmes, qui lui