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ftaieni échappée?, dès les premiers mots de tendresse que lui avait dits Marinetta ; mais le cousin qui était un homme rigide et susceptible, dit en rougissant :
— Lamba.vous avez voulu avoir une fille trop savante, et voilà qu'elle vous rend ce que vous méritez. La femme est déjà fière par elle-même, et si vous y ajoutez l'éclat du savoir, elle devient plus hautaine que jamais. Trop de livres, cher Lamba ; trop de biais appris de cette bavarde de Toscane, qui vous l'a élevée comme une Dantesse. Et puis, ce prêtre français que vous avez accueilli chez vous en 92. lui a enseigné la philosophie, l'histoire, la science divine, de sorte que ces deux précepteurs en ont fait une manière de docteur de Sorbonne. Fi donc! Répondre ainsi à son père : a Ne m'en parlez plus! » Savez-vous, Lamba, d'où vient cette hardiesse? Je crois que c'est l'amitié et le commerce de Marinetta avec Violenlina, qui lui a donné cette légère teinte de démocratie.
— Ademaro. ne dites pas de mal de l'abbé Gérard, ni de Violentina : cette jeune personne est pieuse et pure, comme un petit Ange, et l'abbé est instruit, vertueux et prudent. Plût à Dieu que Marinetta mît à profit ses saints avis. C'est un homme fort discret et qui connaît très-bien le monde. Il a suivi à Vienne le carc'inal de Rouen, et il était le bras droit de l'abbé Georgel : à Paris Louis XVÎ lavait en grande estime. Traqué à mort par les jacobins et échappé de leurs griffes par miracle, il fut accueilli par mon vieux père. Il est toujours demeuré, depuis, dans notre maison, dont il est devenu l'an-ie par sa prudence et son activité.
— Vous êtes un homme difficile et bizarre, mais quand vous prenez quelqu'un en amitié, gare à qui le touche! Toutefois, je ne laitserais pas le dernier mot à cette petite maussade : croyez-moi, un parti comme Baldovino ne so représentera jamais plus, et vous le regretteriez long-
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temps en vain. Laissez dire la petite savante et sovez homme. Oli ! quel roseau de père !
— El comment faire, Ademaro? C'est après tout par aiïcction, que la pauvre enfant ne veut pas m'abandonner. E'de tient fort a ses idées, et si elle refuse, rien ne pourra la faire changer.
— Eh bien ! nous la mettrons en face de ses tantes : laissez faire celles-ci ; les femmes s'entendent admirablement entre elles. Avec nous, elles ont mille moyens de s'échapper, mais eatre femmes, il ne leur est pas aussi aisé d'éluder les questions, parce qu'elles connaissent tous les détours. L'assaut commencera ce soir, après le souper et, fallûl-il passer la nuit entière, je parierais que demain matin elle se laissera faire comme un petit agneau, et nous saura gré de consentir à ce qu'elle épouse Baldovino.
— Vous connaissez mal Marinella, Ademaro : plût h Dieu que nous puissions la résoudre à si peu de frais.
Pendant que les deux vieillards discutaient ainsi, les jeunes pêcheuses étaient déjà de retour, tout agiles et toutes joyeuses. Elles revenaient par les allées du jardin, on sautillant, en s'égaudissant et en portant chacune son paquet de rougets, de muges et de sardines.
— Voilh, voila, commencèrent-elles à crier de loin ; mon oncle, voilà noire poche : voyez les, beaux poissons, les i;eiles couleurs d'argent et de vermillon. Marineiia, vije, à la cuisine, nous aurons des fritures, hein? Tu verras qu'ils sauteront de la poêle ; ces rougets sont vivants, vois comme ils agitent la queue et lèvent les nageoires.
— Mais les sardines, criait une autre, oh I les sardines, on ne les frit pas : allons donc! c'est sur le gril, qu'elles doivent finir leurs jours.
Marinetla, comme si elle n'avait eu nul souci dans la tête, comme si elle avait eu le cœur serein et content, répondait gaiement, plaisantait, riait avec ses cousines, et
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courait avec elles sur le pré. Puis elle prend le poisson, et vole a la maison, rapide comme réclair. Cependant les jeunes personnes coururent à la fontaine pour se laver les mains, tandis que les deux nobles dames, sur un signe d'Ademaro, s'étaient approchées pour aller tenir, avec lui et Lamba, un conseil secret dans la pièce retirée du palais. Pauvre Marinetta, tu ne sais pas le sort cruel dont tu es menacée! Comment pourras-tu le conjurer? Comment y échapper? Comment te soustraire à ces yeux d'argus, qui veillent sur toi et qui épient chacun de les pas?. Comment avertir Lorenzo que tu ne pourras pas te trouvera minuit au pied du grand rocher, suspendre ta lettre à la corde et attendre la sienne, la détacher, ramener tranquillement ta nacelle dans ton fidèle réduit, pour courir lire le tendre écrit dans le silence de tes appartements? Et puis est-ce le fait d'une jeune personne comme il faut, de sortir la nuit et de tromper ton père qui se repose tranquille sur ta sagesse et ta vertu? Tu ^gis dans un bon but, pour convertir à Dieu un pauvre incrédule; mais peut-on poursuivra le bien par des moyens qui ne sont pas bons? Et Dieu agréera-t-il ton entreprise? Tu as déjà menti à ton père en refusant Baldovino, et mainlcnani tu sTDrs furtivement et tu t'expo.ses à des dangers manifestes. Vois comme les passions les plus innocentes, quand elles ne sont pas dirigées, peuvent conduire à de funestes résultats.
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