‹ Lorenzo, ou, Le ConscritChapitre 24 sur 56 · I.A nEMVNDF · texte numérisé non relu

I.A nEMVNDF

rc'iiie; il recommenr;iit. à lire, et dos idées nouvelles germaient dans son esprit; il voyait di?p;iraUre bien dos mirages, se dissiper bien des nuages, s'éclaircir bien des doutes, briller une lumière bien vive, mais celte lumière l'éblouissait et il fermait les yeux. Enfin il prit la plume et il répondit à Marinetla, en tâtonnant comme quelqu'un qui, subitement réveillé d'un profond sommeil, saute du l.tet court après le son de la voix qui l'appelle, sans voir encore la lumière. Il débita de nouveau beaucoup d'extravagances, soutint beaucoup d'erreurs, émit des principes faux, des idées erronées, des imaginations creuses et. lûlles ; mais il courait après la voix qui l'avait appelé ; et cette voix pénétrait dans son anie, avec tant de douceur, qu'elle Tassurait d'arriver à bonne lin.

Marinetta répondit, en passant sur ce qu'il y avait de désordonné dans la manière de parler, de voir et d'entendre de Lorenzo, et se mit à lui parler de Dieu, avec ce langage simple, qui vient d'un cœur nourri par la foi, et animé par la charité. Lorenzo attendait des réponses vives, des arguments serrés, des doctrines profondes, des allégations savantes : mais Marinetla n'avait répondu à toutes ses objections captieuses, à toutes ses sentences insensées (]ue ce peu de mots : « Prie, Lorenzo, et tous les doutes s'évanouiront, comme le nuage au soleil. La petite image, que lu trouves dans cette lettre est la Vierge des Douleurs, qui reçoit dans ses bras son Fils unique, crucifié pour la l'émission de nos péchés. Ah! mon Lorenzo, dis-lui un Ave, quand tu te lèves; dis-lui un ^due, quand tu t'assieds à table; dis-lui un Ave, quand tu te mets à l'étude ; t!is-lui un Ave, Lorenzo, le soir quand lu le couches. J'ai tant prié pour toi devant cette Vierge désolée; j'ai couvert de mille baisers ses pieds sacrés, je l'ai baignée de tant de larmes, elle a entendu tant de soupirs de ta Marinetla ! Avant de l'enfermer dans ma lettre, je l'ai étendue

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(Icviinl moi, je l'ai suppliée, je lui ai donné le dernier baiser, je l'ai pressée sur mon cœur, et je lui ai dit : « -Ma douce mère, je vous livre aux baisers du pauvre Lorenzo; portez sur lui un regard maternel; inspirez-lui un peu d'amour pour Jésus-Christ ; éclairez-le, encouragez-le, donnez-lui une nouvelle ame, et une nouvelle vie. »

» Lorenzo, prie-la mamtcnant pour moi, prie-la de me rendre bonne; j'en ai tant besoin, mon Lorenzo! tu le l'eras, n'est-ce pas?... »

Lorenzo ne put aller plus avant : il interrompit sa lecture en cet endroit et sécria :

— Moi prier pour toi? moi si profane? Quel est ce langage? Ame belle, ame pure et céleste! tu ne sais pa.-< quel est Lorenzo. Gomment puis-je me présenter à Marie? de quel œil me regardera-t-elle? en quels termes m'adresserai-je à cette Reine sublime, qui pénètre d'un regard tout l'abîme de mes souillures ?

Mais, pendant que Lorenzo proférait ces paroles, et rugissait du fond de l'ame, ses yeux se portèrent sur cette jiieuse image, et il tomba à genoux au même instant, en s'écriant :

— Marie, secourez-moi!

A peine Lorenzo eut-il prononcé ces mots, qu'il senlit le trouble de son ame s'apaiser tout à coup et se glisser dans son cœur un sentiment de paix qu'il n'avait jamais éprouvé auparavant. Il déposa l'image sur la table, l'appuya contre un livre, et demeura plus d'une heure les yeux fixés, tantôt sur les traits endoloris de la Vierge, tantôt sur les plaies du Christ. Il ne disait rien, mais le langage de son ame était plus vif que celui qu'il aurait pu former dans son esprit ; car cette ame hautaine s'était humiliée devant le Crucifix, presque sans s'en apercevoir. Elle cherchait son salut dans ces plaies, s"abrcu\ait à la

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sonrre d'eau vive, qui coulait de la blessure faite au sacré côté du Sauveur, et lisait son espérance dans les traits de Marie.

Revenu enfin de sa stupeur, il chercha k s'endormir, mais les nouvelles pensées qui se pressaient dans son cœur, le tenaient éveillé, et il ouvrait les yeux presque instinctivement et les tournait vers l'imoge de Marie qu'il avait placée a côté de la veilleuse, et récitait cet Ave. que Marinetta lui avait demandé avec tant d'amour. Le lendemain il écrivit a sa bienfaitrice, en des termes pleins de la plus profonde gratitude, qu'un cœur reconnaissant puisse témoigner envers celui auquel il se sent redevable de la vie, qu'il était sur le point de perdre pour toujours. Les nouvelles pensées qui se pressaient dans son esprit lui fournirent de nouvelles paroles, que Marinetta, par ce discernement qui est le propre des âmes pures et pieuses, comprit et goûta parfaitement. Elle remercia Dieu et conçut la pleine confiance de mener ses désirs à bonne fin.

Mais il ne suffit pas de revenir à la vertu, il faut encore acquérir assez de force pour soutenir la lutte contre les mauvaises habitudes, et pouvoir toujours triompher de soi-même. Aussi, la prudente jeune fille eut-elle le soin de profiter do l'occasion, et d'ajouter aux vives félicitations , que lui dictèrent son amour et sa piété, les mots Suivants :

« Mon bon Lorenzo, tu deviens toujours plus noble et plus généreux dans tes idées, et je m'estime chaque jour plus heureuse d'avoir placé mon alfection dans un cœur si élevé. Il n'est pas possible que tu fusses intimement convaincu des erreurs que lu m'écrivais : car à peine t'ai-jc prié de recourir 'a Marie, que tu l'as fait de bon cœur, et qu'elle t'a obtenu de Jésus, la Sagesse éternelle, cette lumière qui t'a illuminé d'une si vive splendeur et t'a inspiré tant de magnanimité et de courage. Maintenant, n'as-

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iu pns acquis I? droit d'exiger de moi un gage digne d'un grand rœurV ïu l'as acquis plein et entier; et je suis la première aie reconnaître. Mais, avant que tu me demandes quelque chose, par quoi je puisse t'élre agréable, moi, toujours audacieuse à demander, et ferme à vouloir obtenir, je te demande un don, auquel j'attache le plus grand prix : voudrais-tu le refuser à ta Marinelta? Pourrais-tu ne pas me l'accorder, et m'écrire : « Mdrinetta, demando autre chose: cela m'est impossible? » Lorenzo!... Adieu! — Ta Marinltta. »

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