‹ Lorenzo, ou, Le ConscritChapitre 38 sur 56 · G2 LE CHOLÉRA · texte numérisé non relu

G2 LE CHOLÉRA

mont d'un malade à l'autre et leur prodiguer ces solii-. affectueux que la charité seule suggère et auxquels Ii> cœur éprouve une grande douceur! C'était la nuit : diiriî la première salle du Lazaret, nous vîmes, k la lueur d'une petite lampe, une jeune religieuse de dix-huit ans, d'uno figure délicate et distinguée , au milieu de sept our.-; d'hommes qu'on aurait pris pour les fossoyeurs de la peste de Milan : la sœur donnait les ordres de la garde de nuit, et ces grossiers infirmiers à gage se tenaient devant elle dans une posture humble et respectueuse. On nous fit traverser tout le L^r/aret, où on n'entendait que gémissements, soupirs, hurlements convulsifs et cris d'angoisse et de terreur ; on voyait ces anges au milieu des vénérables pères Capucins, donner des soins aux corps des mourants pendant que les pores cherchaient à leur donner les consolations spirituelles. Nous fûmes conduits à la supérieure qui, depuis trois heures, était en proie aux spasmes et aux vomissements du choléra. Son visage nous parut celui d'un Séraphin, car, malgré le feu dont le mal colorait ses joues, ses yeux étaient pleins de douceur et tournés sur le crucifix qu'elle tenait a la main avec un amour de paradis.

Quelle résignation dans celte belle ame! quelle paix! Nous lui dîmes :

— Espérez, ma mère; Dieu à qui vous avez offert votre vie en sacrifice, accepte le vœu du cœur, et no voudra pas priver cette maison de douleur et de mort do vos soins, ni ces courageuses sœurs de vos conseils.

Elle leva les yeux au ciel et dit :

— 0 bon Jésus I je suis dans vos mains.

Dieu la rendit aux désirs de ses filles qui l'entouraient en pleurant.

Ce récit vous attendrit : mais que diriez-vous si vous vous étiez trouvés dans les plaines de la Crimée, et que

LA MORT d'un CONVERTI. 2G3

VOUS eussiez vu un nombreux essaim de filles de la Cliarilé montrer avec le clergé français, le courage des plus braves? Elles affrontaient les périls et les horreurs des combats pour courir au secours des blessés ; puis le choléra s'élant mis dans l'armée, elles volaient de bataillon en bataillon, de tente en tente au soulagement des cholériques Ces déserts, qui ont bu le sang de la plus belle et invincible jeunesse de l'Europe, sont devenus les jardins de la charité du Christ, d'où s'exhalaient de célestes parfums jusque dans le camp des infidèles stupéfaits, qui souvent demandaient 'a mourir dans les mains angéliques des Vierges de Dieu. Ah ! que ceux qui veulent arracher de l'Italie la foi catholique, commencent par en déraciner la charité qui l'honore; et si cette charité vivait encore en Angleterre, ses peuples ne gémiraient pas dans un abandon et une misère aussi cruels.

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