LES V.V.V\ ENFANTS ABANDONNAS
frère. Le pauvre homme regarda autour de lui pour voir si un homme ou une femme était agenouillé devant quelque aulel et viendrait reprendre ces deux enfants. Personuo n'apparaît : il secoue de nouveau et avec plus de bruit son trousseau de grosses clefs en disant d'une voix forte : « On ferme. » Silence partout, excepté les cris de la [Xititc créature. Que faire? le bon Spérendieu prend le petit ange dans ses bras, donne la main à l'autre, et sort sur le palier de l'escalier, espérant que leur mère viendrait les chercher. Il faisait nuit depuis une demi-heure, et après liiille questions faites au plus grand, il n'avait pu en tirer <]ue quelques mots inintelligibles pour lui. « Ils ne sont pas italiens, disait en lui-rnême Spérendieu, et ils paraissent être allemands. Qui sait qui les a apportés ici? jusiemerit dans i't'glise Sainte-Cécile! Ils savent que l'Archiprêlre est si bon, si charitable, si humain! Tout vient ici, tout le monde s'adresse à lui. Mais gare à Pasqua! » Pasqua, dit la duchesse en interrompant son récit, est la cuisinière de rArchij)rêtre, le faclulum du presbytère; elle CL-t ardente comme la bouche du four, mais bonne, cordiale, et, après le premier feu de l'emportement, elle est Icniln) comme du pain frais. Le sacristain donc, ne voyant venir personne, ferma l'tglise, et se dirigea avec ies bambins vers la sacristie , au moment où Don Giovanni entrait (ians l'église pour faire sa prière devant lesaint Sacrement: « Quels sont ces enfants, S|iorcndieu? dit l'Archiprêtre. — Qui le sait? répondit le tidèle sacristain un peu confus ; je. les ai trouvés dans l'église sur un banc, et j'ai attendu jusqu'à présent qu'on \îiit les chercher, mais je ne vois personne. y> Tout en parlant ainsi, ils étaient entrés dans la sacristie. Don Giovanni lève sa lumière et voit cette charmante petite tête bouclée, il baisse le flambeau et regarde l'autre petit, avec de jolis cheveux blonds et deux beaux veux bleus fixés sur lui. Les deux fiùres étaient
Lr<; uvvx enfants abai^uonnés. 207
SI proprement vôlus qu'on aurait pu les prendre pour des enfants de grand seigneur. L'aîné avait une chemise de loile de Hollande avec un collet rabattu sur une veste de drap bleu fermée par de jolis brandebourgs, des pantalons bien ajustés à sa petite taille, et des bas à raies rouges el blanches Le bambin avait une blouse à carreaux avec une ceinture élajlii|ue, et une petite culotte de basiii blanc.
« Don Giovanni prend l'innocente créature des bras do Spérendieu. Le petit enfant jette les bras autour de son cou et lui donne un baiser dont le bon prêtre se sent le cœur lo t ému. Il donne la main à l'autre et dit au sacristain : « Allez devant moi avec la lumière. » Arrivé à sa chambre, il appela Pasqua et lui dit : « Je vous ai ap])orté deux petits anges qui ont besoin de maman ; voudriez-vous leur faire un petit lit dans votre chambre pour cette nuit? — Oh! dans ma chambre je ne veux personne, commença k dire la marmotteuse; vous finirez, signor Archiprèlre, par ouvrir ici l'hôpital des innocents, et par mettre en bas sous le cloître le tour pour les enfants trouvés. Toujours des créatures à ses trousses I que voulez-vous que j'en fasse? — Eh bien! Pasqua, faites mettre deux sofas dans ma chambre, je les garderai moi -môme, ces pauvres petits. — Non, non, donnez-les ici, nous aviserons : il ne manquerait plus que cela, que vous vous fassiez le père nourricier des mioches! Ouf! ces Archiprô-
trcs... toujours une nouvelle idée... donnez-les-moi
Co: MG ils sont beaux ! le plus petit me regarde comme s'il me prenait pour sa mère. Mais, les pauvres mioches, comme ils sont ma'gresl comme ils sont pâles! Us ont les lèvres toutes blanches : qui sait depuis quand ils n'ont pas mangé! » Aussitôt elle les conduit à sa cuisine et leur prépare une soupe; elle fait cuire deux œufs frais, leur coupe des mouillettes de pain, et voila nos petits angcis